Tome V - Fascicule 9 - janvier-mars 1994

La chute du rideau de fer

Joseph THONUS


Préambule : une ère nouvelle au pied d'un "mur" qui n'existe plus

Le 9 novembre 1989, la chute du "rideau de fer" et du "mur de Berlin" fut le point de départ d'une ère nouvelle, le début de l'histoire du futur, un grand jour pour la liberté et la démocratie !

Devant les yeux ébahis du reste du monde, l'édifice monolithique, aussi bien politique qu'idéologique, que constituaient jusque là les pays du Pacte de Varsovie, s'effondre, explose, s'émiette...

S'apprêtant à entrer dans une nouvelle phase de son histoire, l'Alliance Atlantique se retrouve d'un seul coup dans le contexte géostratégique d'une transformation radicale qui aurait semblé inconcevable, il y a seulement quelques années.

Les pays satellites de l'URSS recouvrent leur souveraineté. L'Union soviétique est le théâtre de bouleversements fondamentaux. Les républiques baltes retrouvent leur indépendance.

Les forces soviétiques quittent la Tchécoslovaquie et la Hongrie ; elles achèveront de se retirer de Pologne et d'Allemagne en 1994.

Les anciens adversaires de l'OTAN ont non seulement démantelé le Pacte de Varsovie, mais ont de plus abandonné toute hostilité idéologique envers l'Occident, mettant fin à la "guerre froide".

Apparemment l'Europe s'est débarrassée de ses craintes, l'Allemagne s'unifie, mettant fin à une séparation douloureuse et contre nature, mais, l'euphorie passée, l'on réalise alors que la disparition de l'affrontement lié à la guerre froide n'a pas éliminé une certaine incertitude, car l'on ne peut s'empêcher de se rendre compte que, suite à son éclatement, si gravement qu'elle ait été affaiblie par le désastre économique, si sincèrement qu'elle ait abandonné ses anciens principes politiques, et si réelle que soit son intention d'être admise dans la communauté des nations, l'ancienne Union soviétique (entendons par là les pays qui la composaient avant sa désintégration) reste une puissance militaire massive, dotée d'un formidable arsenal d'armes nucléaires (1) et d'une capacité conventionnelle tout aussi formidable, dont l'évolution de son contrôle est aujourd'hui moins prévisible qu'il ne l'a jamais été, si l'on n'exclut un éventuel réveil du nationalisme résultant d'une renaissance de "l'État-Nation". Appréhensions avivées d'ailleurs par la disparition de la scène politique de certains hommes qui symbolisaient la nouvelle politique étrangère d'ouverture et de coopération de ces pays, qui, déjà proches de l'asphyxie, après un demi-siècle de mauvaise gestion par un système décadent, doivent à présent relever d'immenses défis.

(1) Après la dissolution de l'URSS, à la fin de 1991, à elle seule, l'Ukraine hérita sur son territoire de la troisième force nucléaire stratégique mondiale et d'un nombre important d'armes nucléaires tactiques (ZLENKO Anatoly, Sécurité ukrainienne et dilemme nucléaire, août 1993).

L'on pourrait de ce fait être amené à penser qu'il s'agit à présent d'une modification de la "menace".

Durant les quatre années qui viennent de s'écouler, nous nous sommes habitués à ce nouveau "paysage de sécurité européenne", d'où a disparu la menace directe d'une agression soviétique massive et où la priorité n'est plus de faire face à un danger imminent. En réalité, à présent, les risques auxquels les Alliés (d'hier et d'aujourd'hui) se trouvent confrontés viennent moins d'une agression planifiée, motivée par une idéologie, que des conséquences stratégiques des risques et instabilités inhérents à une longue période de transformations économiques et sociales radicales se succédant à une cadence étourdissante, que les pays d'Europe centrale et orientale viennent de vivre ces dernières années.

Jusqu'en 1989, la structure de l'Europe en matière de sécurité était unidimensionnelle. La naissance de nouveaux états dans un climat de tension de résurgence nationaliste, aggravée de crises sociales et économiques ainsi que de problèmes de succession et de conflits frontaliers, créent de nouveaux dangers. Aussi l'orientation de la nouvelle architecture de sécurité de l'Europe est-elle devenue beaucoup plus complexe.

La tragédie yougoslave nous a montré que la fin de la confrontation Est-Ouest avait, si l'on peut dire, augmenté le risque de conflits localisés, avec tout le potentiel d'escalade que cela peut comporter. Cette expérience démontre également l'impuissance relative des institutions européennes, se révélant jusqu'à présent incapables de trouver une solution ou ne disposant pas de moyens propres à maîtriser cette crise actuelle ou d'autres s'il en survenait !

Paradoxalement, après avoir uni ses forces pour former l'alliance qui a connu le plus grand succès de tous les temps, le nouveau défi auquel l'Europe doit faire face est le fruit de son succès historique depuis la fin de la dernière guerre ! N'est-il pas dit que l'Histoire est un éternel recommencement ?


LA "guerre froide" instaure une frontière politique

Lorsque, en septembre 1944, les Alliés décidèrent de diviser l'Allemagne en zones d'occupation, le choix de la ligne de démarcation entre la zone russe et les zones anglaise et américaine se porta sur les anciennes frontières entre les "Länder" du Reich et, particulièrement, sur la limite occidentale du Mecklenburg, de la province prussienne de Sachsen-Anhalt et sur les limites ouest et sud de Thüringen.

C'est ainsi qu'un beau matin de juillet 1945 restera dans la mémoire de beaucoup d'Allemands habitant à l'est de cette nouvelle "frontière" car, bien qu'ayant été libérés et étant occupés par les troupes anglaises et américaines, ils se réveillèrent cette fois sous l'occupation des troupes soviétiques. La ligne de démarcation avait été modifiée !

Ce fut pour eux le début d'un nouveau régime, et bientôt d'une séparation, d'un isolement car, suite au développement de la politique des nouveaux "occupants", cette ligne de démarcation qui, à l'origine, n'était prévue que pour servir de limite administrative, devint la frontière la plus infranchissable et la plus gardée du monde.

Au début, les causes sont, d'une part, le nombre important de réfugiés quittant la future République démocratique allemande (RDA), pour gagner la partie libre de l'Allemagne et, d'autre part, les efforts faits par les pays du Bloc de l'Est pour se tenir à l'écart du reste du monde occidental.

Cet exode important de la RDA se fit remarquer très tôt, aussi, dès le 30 juin 1946, à la demande des Russes, le Conseil consultatif allié (aussi dénommé "Conseil consultatif européen") décida de fermer la ligne de démarcation entre la zone d'occupation soviétique et la zone d'occupation occidentale. En réalité, il s'agissait de la rupture entre deux mondes.

Deux doctrines, celle de Truman et celle de Jdanov (2), marquent le premier pas de la séparation idéologique : la "guerre froide" était née !

(2) Andreï Jdanov : homme politique soviétique (1896-1948). Membre du Politburo (1939), il dirigera la politique culturelle de l'ère stalinienne.

Une véritable frontière s'établit ; il sera désormais interdit de quitter le sol de cette République démocratique allemande (RDA) fraîchement née, avec son nouveau système instauré : le communisme. Une barrière qui, non seulement, sépare deux zones, mais aussi des êtres humains d'une même nation et aussi, surtout, qui doit servir aux idéologues comme moyen d'éducation.



Figure 1. Ligne de démarcation (1946-1948)
1. Dès le 30 juin 1946, le barrage de la ligne de démarcation entre en vigueur. Il est matérialisé sur le terrain par une clôture en fils barbelés et des panneaux d'avertissement.
2. À partir du 12 février 1948, afin d'empêcher le passage illégal de la frontière, des barrages sont érigés sur les routes.


L'Est est maintenant au stade de la dictature devant garantir l'éducation du prolétariat pour une nouvelle société : la société sans classes, le socialisme qui, après une réorganisation consciente des rapports économiques, mène droit au communisme, l'abolition de l'État, du code pénal, de la religion, l'auto-administration de la société et l'abolition des distinctions sociales. Un genre de paradis sur terre, état qui restera longtemps illusion. Désormais deux modes de vie s'opposent. L'un d'eux repose sur la volonté de la majorité caractérisée par des institutions libres, un gouvernement représentatif, des élections libres, des garanties assurant la liberté individuelle, la liberté de parole et de religion et l'absence de toute oppression politique.

Quant à l'autre, il repose sur la volonté d'une minorité imposée par la force à la majorité. Il s'appuie sur la terreur et l'oppression, une presse et une radio-télé contrôlées (3), des élections truquées et la suppression des libertés personnelles.

(3) Par exemple, les postes de TV en usage en DDR étaient conçus de telle sorte qu'ils ne pouvaient capter que les émissions du "bloc communiste".

"Les semences des régimes totalitaires sont nourries par la misère et le dénuement. Elles croissent et se multiplient dans le sol aride de la pauvreté et du désordre. Elles atteignent leur développement maximum lorsque l'espoir d'un peuple en une vie meilleure est mort" (Harry S. TRUMAN, Mémoires, 1956). Rien n'appartient plus à personne, tout appartient à la collectivité, aussi commence-t-on en priorité par exproprier les biens, terres, sociétés, exploitations, etc. Les propriétaires, ou toute personne ayant eu, ou pouvant avoir une mauvaise influence au sein du régime, sont déportés, voire expatriés ; beaucoup disparaissent sans plus donner aucun signe de vie.


Le Pacte Atlantique et la coupure de l'Allemagne

Plus on s'éloignera de la fin de la guerre, et plus nettement apparaîtront les deux directions principales de la politique internationale de l'après-guerre, correspondant à la disposition en deux camps principaux des forces politiques qui opèrent dans l'arène mondiale : le camp "impérialiste" et le camp anti-impérialiste et "démocratique".

Dans son rapport sur la situation internationale, à la conférence de Szklarska, Andreï Jdanov dira : "Les États-Unis sont la principale force dirigeante du camp impérialiste. L'Angleterre et la France sont unies aux États-Unis [...] Le camp impérialiste est soutenu par les pays possesseurs de colonies, tels la Belgique et la Hollande, ainsi que par des pays dépendant politiquement et économiquement des États-Unis, tels que le Proche-Orient, l'Amérique du Sud, la Chine. Les forces anti-impérialistes et anti-fascistes forment l'autre camp. L'URSS et les pays de la démocratie nouvelle en sont le fondement. Le camp anti-impérialiste s'appuie dans tous les pays sur le mouvement ouvrier et démocratique, les partis communistes frères, sur les combattants de mouvements de libération nationale dans les pays coloniaux".

Les conséquences de la crise de Berlin sont considérables. Les État-Unis ont montré leur détermination. Après l'endiguement économique (plan Marshall), Truman organise l'endiguement militaire. Le 4 avril 1949, est signé à Washington le Pacte Atlantique entre douze pays occidentaux.

Cette alliance qui, conclue en temps de paix, rompt avec la tradition diplomatique américaine, se concrétise, à partir de 1950, avec la création du Conseil de l'Atlantique nord, conseil permanent qui vise à mettre sur pied un commandement unifié des forces alliées (l'OTAN : Organisation du Traité Atlantique nord).

D'autre part, la crise de Berlin a créé entre les Américains et les Allemands de l'Ouest un sentiment très fort de solidarité. Outre-Atlantique, l'Allemand n'est plus perçu comme l'ennemi, mais comme un allié qu'il faut aider.

La France s'inquiète de cette nouvelle attitude car elle craint le relèvement de son puissant voisin, mais, ayant obtenu le rattachement de la Sarre à l'économie française, Paris ne s'oppose plus à la création de la République fédérale d'Allemagne, en 1949, dont la Constitution, la loi fondamentale de Bonn, avait été approuvée par les trois puissances occidentales.

L'URSS réagit en suscitant en octobre la création à l'Est de la République démocratique d'Allemagne. L'ancien Reich est désormais coupé en deux.

Cette division de l'Allemagne en deux états achève ce partage de l'Europe, qui ne s'est pas fait à Yalta, mais qui est le fruit de quatre années d'hésitations, de méfiance réciproque et de ruptures.

En 1949, au moment où l'URSS ne réussit pas à mettre la main sur Berlin-Ouest et où la guerre civile en Grèce se termine par la victoire des monarchistes, l'Europe ne compte plus de "case vide" échappant au contrôle des "super grands". La guerre froide, fondée désormais sur l'équilibre de la terreur depuis que l'URSS possède aussi la bombe atomique (septembre 1949), se déplace donc sur un autre continent.

En Corée, comme en Allemagne, une simple ligne de démarcation militaire se transforme en frontière politique, opposant irréductiblement, au sein d'une même nation, deux états et deux régimes : une dictature communiste soutenue par l'URSS et une dictature de droite appuyée par les États-Unis. Mais l'affrontement tourne à la violence : le 25 juin 1950, l'armée nord-coréenne franchit le 38e parallèle et envahit la Corée du Sud.

L'attaque, si brusque, si bien préparée, n'a pu se faire sans l'aval de Staline. Que recherche ce dernier, si loin de son glacis défensif ? Une compensation pour son échec de Berlin ? Un moyen de maintenir son influence idéologique sur les Nord-Coréens, impatients et prêts à écouter le langage plus révolutionnaire des "frères chinois" ?

En tout cas, il est persuadé que les États-Unis ne bougeront pas pour ce morceau de presqu'île accroché à un continent communiste. Le Secrétaire d'État américain Dean Acheson avait en effet déclaré quelques mois plus tôt que "la Corée ne faisait pas partie du périmètre de sécurité des États-Unis". Ceux-ci réagissent cependant et prennent le risque d'intervenir directement. La tension entre les deux blocs est extrême !



Figure 2. La ceinture de barrage de la zone soviétique
Début du Blocus de Berlin (24 juin 1948)


Le rideau de fer

Le lundi de la Pentecôte 1952, la RDA érige tout au long de la ligne de démarcation, entre Lübeck et Hof, soit sur 1393 km, une bande de terre rendue impraticable, qui, serpentant par monts et par vaux, coupant aveuglément champs, ponts, routes, villages, maisons, est débarrassée de toute végétation, labourée et hersée afin de rendre visible toute trace de pas.

L'on y dresse une clôture de barbelés d'environ 1,50 m de hauteur, doublée d'une bande de surveillance de 10 m de largeur. Elle s'appellera "Todesstreifen" (bande de la mort) dès que l'on apprendra que la police des frontières de la RDA (Grenzpolizei) a reçu l'ordre de tirer à vue sur ceux qui tenteraient de la franchir.

Le "rideau de fer" est établi !

Désormais, il sera pratiquement impossible aux habitants de la RDA de s'enfuir vers la République fédérale. Pendant près de 40 ans, 17 millions de "citoyens allemands" seront isolés du monde libre.

Avant d'arriver à ce barrage, les habitants de la RDA auraient dû franchir la zone frontalière dénommée "Zone interdite des 5 km", où seuls les habitants de cette "Zonengrenz" sont autorisés à pénétrer, demeurer ou séjourner et circuler "sous contrôle", avec l'autorisation spéciale de l'auto­rité frontalière régionale.

De fait, les routes d'accès de cette bande de 5 km sont contrôlées en permanence par des postes de contrôle "fixes" et "volants" où, chaque jour, ceux qui travaillent hors zone doivent exhiber leur carte d'identité (munie d'un cachet spécial). Vérification rendue d'autant plus efficace que ces "navetteurs" sont généralement connus du personnel de la Volkspolizei (VOPO) habituellement de service aux mêmes endroits de la région qui, de plus, est journellement parcourue par des "postes volants". Ajoutons que tout rassemblement ou manifestation quelconque y est interdit après 22 heures.

Enfin le réseau de la "Sécurité de l'État" (STASI) opère une surveillance discrète mais permanente sur tous mouvements, toutes circulations ou présences pouvant être suspects, à l'aide d'agents dont la population elle-même ne soupçonne pas la présence et qui cependant, en collaboration avec les "Commissaires politiques", quadrillent la zone des 5 km.

Ensuite vient la "Bande de protection des 500 mètres", zone interdite par excellence, même pour les habitants de la zone des 5 km. Dans cette bande, contrôlée 24 heures sur 24, seuls quelques autochtones, dont l'on s'est assuré que la "fidélité politique" (dûment vérifiée) offre suffisamment de confiance, sont autorisés à habiter. Ces personnes doivent se présenter au commandement compétent de la police frontalière, où un second "cachet spécial" donnant le droit d'habiter dans cette zone est délivré. Les autres sujets sont "évacués" ou déportés. Les personnes habitant dans la "zone interdite des 5 km" et travaillant dans la "zone de protection des 500 m" sont tenues de se faire enregistrer auprès du commandement de la police frontalière. Seules les personnes reprises sur la liste établie par ce commandement ont le droit de pénétrer dans la "bande de sécurité des 500 m".

Précédée d'un chemin de ronde, cette zone n'est en réalité qu'un terrain réservé à l'aménagement des installations de contrôle et de sécurité (tours de surveillance, bunkers, clôtures, chemins de ronde, installations électriques et téléphoniques, installations de détection, etc.). Aussi, au fil des ans, les exploitations agricoles y sont-elles pratiquement abandonnées. Les constructions existantes considérées comme gênantes seront détruites. Le couvre-feu y est permanent du coucher au lever du soleil. Les locaux susceptibles de permettre le rassemblement de personnes (cafés, salles de fête, etc.) sont interdits, de même que les rassemblements de quelque espèce que ce soit.

Dans cette zone, seuls les travaux commandés ou autorisés par l'autorité frontalière peuvent être effectués, sous la surveillance directe de la Grenzpolizei armée (aménagement et entretien des installations du rideau de fer).



Figure 3 - Verrouillage de la ligne de démarcation (26 mai 1952)



Figure 4 - Établissement du mur de Berlin (1961)
Renforcement du rideau de fer


Afin de renforcer les mesures de contrôle, des itinéraires de déplacement sont imposés, limitant ainsi la liberté de circulation.

Après la construction du mur de Berlin en août 1962, une bande de visibilité de 80 à 200 m de largeur, dite "champ de tir", est aménagée. Le terrain est miné sur une trentaine de mètres de largeur, délimité par une seconde clôture de barbelés. Un fossé de 1,20 m de profondeur est creusé afin d'empêcher la fuite en véhicule.

Une bande de contrôle d'une largeur de 6 m est nivelée et ratissée (pour détecter les traces de pas) et est éclairée par des projecteurs. Des pistes avec longes pour chiens sont aménagées ainsi que des zones avec fils de butée actionnant des systèmes d'alerte.

Enfin les tours d'observation sont améliorées et l'on en augmente le nombre. Les liaisons téléphoniques sont perfectionnées et étendues jusqu'aux abris et bunkers d'observation.

En 1966, les clôtures de barbelés sont remplacées par des grillages métalliques de 3,20 m de hauteur dont certaines parties sont électrifiées. Des barrières et grillages sont équipés de dispositifs à signaux électriques et acoustiques. Un mur de fondation de 1,20 m de profondeur empêche de creuser sous le grillage.

Le chemin de patrouille longeant la ceinture de barrage et reliant les tours d'observation est rendu carrossable (bétonné) afin de rendre les interventions éventuelles de la Grenzpolizei plus rapides et les relèves du personnel de garde plus aisées.

Le fossé barrant le passage aux véhicules est agrandi et garni de plaques de béton afin d'en protéger l'efficacité.

Les miradors sont remplacés par des tours d'observation en béton, plus spacieuses et plus hautes (rondes ou carrées). Elles sont dotées de liaisons téléphoniques et radio perfectionnées.

Des tours de "commandement" (4 x 4 m) sont équipées d'un système électronique sophistiqué indiquant et donnant simultanément l'alarme au secteur et au poste de guet ou de tir de l'endroit où le franchissement est détecté.

En plus d'un éclairage permanent de la bande de contrôle des 6 m par des lampadaires, les tours d'observation sont équipées de phares orientables très puissants.

Enfin, à environ 500 m de ce "barrage" (côté zone interdite des 5 km), on a érigé une clôture supplémentaire appelée "grillage de bande de protection" dont la hauteur est comprise entre 1,60 et 1,80 m.

Les secteurs se prêtant particulièrement aux fuites ont été dotés d'installations dissimulées à signaux optiques et acoustiques déclenchant des fusées éclairantes. Ailleurs, ce sont des chiens dressés qui aboient à l'approche de toute personne.

Les villages à proximité de la bande des 500 m sont entourés de murs écran pare-vue en béton de 3 m de hauteur.

En 1970, alors que la réalisation des installations précitées s'achève, le dispositif est complété par le placement de "tromblons" disposés au niveau des grillages afin d'en interdire l'approche (4).

(4) Ces tromblons lancent, dans une direction voulue et sous un certain angle, une centaine de billes d'acier sur l'homme qui en déclenche le système de mise à feu infrarouge.

De plus, des "shrapnels-mines" de type SM 70 sont posées dans l'inter­valle entre le fossé et le grillage métallique (5).

(5) En n'explosant qu'après avoir été projetées à une certaine hauteur du sol (± 3 m), ces mines arrosent avec quelque 120 éclats métalliques à arrêtes vives, d'une portée mortelle de 25 m (mise à feu par fil de butée).



Figure 5. Les clôtures sont remplacées par des grillages métalliques (1966)



Figure 6. Aspect transversal des installations


Les points de passage

Dès 1948, l'application des mesures de contrôle pour le passage des barrages de la ligne de démarcation et la mise en circulation de trains spéciaux inter-zone pour les personnes et les marchandises allant vers la zone "ouverte" ou venant de celle-ci, limite le franchissement officiel de la frontière à 15 points (Grenzübergänge), sous un contrôle qui, au fil des ans, deviendra d'une sévérité inouïe, tant pour les citoyens de la RDA que pour les "étrangers", sévérité où l'inanité des chicaneries de mauvaise foi portée au paroxysme n'aura d'égale que la stérilité des ergotages administratifs.

Ces 15 points sont répartis en : 4 points de passage par la route de personnes et de marchandises, 7 points de passage par chemin de fer (trains spéciaux inter-zone) pour personnes et pour marchandises et 3 points de passage par voie fluviale, uniquement pour le transport de marchandises.

Tous ces moyens de transport sont répartis également en possibilités de destinations bien précises, à savoir : soit vers la RDA, soit vers la RDA et Berlin-Ouest, soit uniquement Berlin-Ouest (voir tableau ci-dessous).

Inutile de rappeler que des mesures adéquates avaient été prises pour une stricte application des autorisations de circulation.



Figure 7. Schéma des points de passage de la ligne de démarcation


Points de contrôle de passage de la ligne de démarcation (Kontrollstellen - Übergänge) dans les "Länder" de la République fédérale pour la circulation avec la RDA et Berlin-Ouest

Villes
Arrondissements
Provinces

Points de contrôle en RFA

Points de contrôle en RDR

Passages routiers (personnes et marchandises)

Chemin de fer (personnes et marchandises)

Voies fluviales (uniquement marchandises)

Lüneburg

Hohnstorf (Elbe)

Boizenburg Dümitz

-

-


Z

Lüchow-Dannenberg

Schnackenburg (Elbe)

Cumlosen

-

-


ZB

Helmstedt

Rühen (Mittelandkanal)

Buchhorst

-

-


ZB

Helmstedt

Vorsfelde Helmstedt

Oebisfelde Marienborn

ZB

B

ZB


ZB

Wolfsburg

Wolfsburg

Oebisfelde

-

Z


B

Osterode

Herzberg

Ellrich

-

-


Z

Schleswig- Holstein

Schlutup

Selmsdorf

Principalement circulation vers la Scandinavie

-


-

Herzogtum- Lauenburg

Lübeck

Herrnburg

-

Principalement circulation vers la Scandinavie


-


Bücken

Schwanheide

-

ZB


Z


Lauenburg

Horst

ZB

-


-

Hessen







Zschwege

Herleshausen

Wartha

ZB

-


-

Rothenburg

Bebra

Gerstungen

-

ZB


Z

Bayern







Kronach

Ludwigsstadt

Probstzella

-

ZB


Z


Hof

Saalebrücke

ZB

-


-


Hof

Gutenfürst

-

Z


Z

Abréviations : ZB = pour circulation en RDA et à Berlin-Ouest ; Z = pour circulation uniquement en RDA ; B = pour circulation uniquement à Berlin-Ouest


Historique du verrouillage d'une frontière politique

Pour bien comprendre, à défaut s'imaginer, ce que fut le "rideau de fer", il faut retracer l'histoire de son origine et considérer l'escalade de mesures et de moyens qui l'ont fait ce qu'il était durant la "guerre froide" : une "barrière infranchissable qui tue".

Comment cette ligne de séparation s'est-elle érigée à travers l'Allemagne ?

En octobre 1943, la Conférence des Ministres des Affaires étrangères de Moscou avait mis en oeuvre un "Conseil consultatif européen" (aussi dénommé "Conseil consultatif allié") qui, en 1944, délibéra sur la question du partage des zones d'occupation de l'Allemagne. Par son procès-verbal du 12 septembre 1944, celui-ci statue que la ligne de démarcation entre la zone ouest et la zone soviétique fera désormais l'objet d'une gestion frontalière "interne" de l'Allemagne, à savoir les frontières ouest du Mecklenburg, Sachsen-Anhalt, Thüringen et la frontière nord du Bayern.

Conformément à ce procès-verbal, décision fut prise lors de la conférence de Potsdam, qui eut lieu du 17 juillet au 2 août 1945.

De plus, ces dispositions de contrôle en Allemagne, prévues par le procès-verbal du 12 septembre 1944, furent complétées par les accords de Londres du 14 novembre 1944. Enfin, le 1er mai 1945, la France donna son accord (supplémentaire) à ces dispositions.

Le 2 mai 1945, les troupes soviétiques occupent Berlin !

Six jours plus tard (le 8 mai 1945), lorsque l'armée allemande capitule, les USA retirent leurs troupes ayant poussé leur avance jusqu'à Torgau et Dresden. Dès lors, jusqu'au 30 juin 1945, la ligne de démarcation entre les troupes américaines et les troupes soviétiques sera délimitée à partir de la ville de Dessau, vers le sud, par la Mulde et vers le nord par l'Elbe jusqu'à Wittenberge et une ligne vers le nord-est de Wittenberge, passant par Ludwigslust, Schwerin jusqu'à Wismar.

Le 5 juin 1945, au QG du Commandement suprême des troupes en Allemagne du maréchal G. K. Jukov, les représentants des gouvernements de l'Angleterre, des USA, de la France et de l'URSS (le maréchal Montgomery, le général Eisenhower, le général de Lattre de Tassigny, le maréchal Jukov) signent une "résolution" concernant la "procédure de contrôle en Allemagne".

Par la suite, en Allemagne, le pouvoir supérieur du Commandement en chef de Grande-Bretagne, des États-Unis, de l'Union soviétique et de France sera exercé suivant les instances de leur propre gouvernement, chacun pour leur zone d'occupation et en commun dans toute l'Allemagne en tant qu'autorité territoriale compétente et souveraine dans ses décisions.

Les quatre Commandements en chef forment ensemble le "Conseil de contrôle". Ce Conseil de contrôle, dont les décisions doivent être prises à l'unanimité, a la responsabilité de l'homogénéité convenable des procédures appliquées par les Commandements en chef de chacune des zones d'occupation et veille à une entente réciproque dans les décisions concernant les questions essentielles relatives à l'Allemagne en général.

La gestion du territoire du "Gross-Berlin" sera conduite par une autorité interalliée qui travaillera sous la direction du Conseil de contrôle, se composant des quatre commandants, dont chacun, à tour de rôle, prend la fonction de commandant en chef.

Simultanément, du côté des gouvernements du Royaume-Uni, des États-Unis d'Amérique et de l'Union des Républiques soviétiques, de même que du Gouvernement provisoire de la République française, sont publiées les résolutions concernant les zones d'occupation en Allemagne :

1. L'Allemagne, dans l'espace de ses frontières comme elles se trouvaient au 31 décembre 1937, sera, pour des raisons d'occupation, partagée en 4 zones. Les troupes d'occupation de chaque zone sont sous le commandement du commandant en chef déterminé, de la puissance responsable.

2. Le territoire du "Gross-Berlin" sera occupé par des troupes de chacune des quatre puissances. Dans le but d'assurer une direction commune de la gestion de ce territoire, une autorité interalliée sera mise en oeuvre, laquelle sera composée des quatre commandants en chef correspondants.

Le 16 juin 1945, le président Truman et le premier ministre Churchill proposent au maréchal Staline de retirer les troupes américaines et britanniques occupant les zones à l'est de la future ligne de démarcation (6) et d'envoyer simultanément des troupes occuper Berlin en commun.

(6) Procès-verbal du "Conseil consultatif allié" du 12 septembre 1944.

Le 1er juillet 1945, comme convenu, les troupes soviétiques s'installent dans les territoires West-Mecklenburg, Thüringen, Sachsen-Anhalt et Sachsen, jusqu'alors occupés par les Anglais et les Américains. Quelques jours après, les premières troupes américaines et anglaises prennent garnison à Berlin.

Le 30 juin 1946, soit un an plus tard, le barrage de la ligne de démarcation entre la zone d'occupation soviétique et la zone "Ouest" de l'Allemagne entre en vigueur. Ce décret fut promulgué par le Conseil de contrôle à la demande de l'Administration militaire soviétique : depuis octobre 1945, 1,6 millions d'Allemands de la zone d'occupation soviétique avaient émigré vers la seule zone d'occupation anglaise !

Le 29 octobre 1946, la directive "43" du Conseil de contrôle facilite (autorise) la circulation officielle inter-zones presque interdite jusqu'alors. Cette directive introduit le "passeport inter-zones" (Interzonepass) et autorise le passage pour des raisons commerciales et familiales urgentes.

Le 11 février 1948, afin d'empêcher le passage illégal de la frontière de la zone d'occupation, des barrages sont érigés sur les routes du territoire de la zone d'occupation soviétique. La surveillance de la ligne de démarcation par les troupes soviétiques est renforcée.

Le 26 mars 1948, se conformant à la pression de l'administration militaire soviétique, le parlement de Mecklenburg, Sachsen-Anhalt et Thüringen décide le Gouvernement à promouvoir le renforcement de la protection de la zone frontalière.

Quelques jours plus tard, le 30 mars 1948, l'administration militaire soviétique informe que le contrôle et la réglementation du trafic des marchandises entre Berlin et la zone "Ouest" seront plus sévères. La raison invoquée est que le ravitaillement de la zone d'occupation soviétique est "mis en danger" parce que beaucoup d'Allemands fuient la famine régnant dans la zone "Ouest" de l'Allemagne (RFA), cet exode étant de nature à introduire des trafiquants et agents politiques pouvant créer le désordre et l'insécurité en zone d'occupation soviétique.

Le 1er avril 1948, l'administration militaire soviétique (Sowjetische Militäre Administration = SMAD) publie des dispositions complémentaires relatives au passage du barrage de la ligne de démarcation. Entre autres, la fouille des bagages personnels, à l'exception des objets privés de l'organe du gouvernement militaire. De ce fait, l'introduction de nouveaux documents d'identité est exigée. Les routes et entrées portuaires sont également concernées.

Le 18 juin 1948, l'administration militaire soviétique ordonne :

1. La mise en circulation de trains spéciaux inter-zones, pour le passage des personnes allant vers la zone "Ouest" ou venant de celle-ci (future RFA) ;

2. Le blocage (ou interdiction) de la circulation des véhicules et piétons, venant de ou allant vers la zone "Ouest" ;

3. Les bateaux et embarcations nécessitent une autorisation spéciale et sont méticuleusement contrôlés.

Ces interdictions sont soi-disant appliquées pour le bien de la population et la protection du commerce de la zone d'occupation soviétique.

Dans la nuit du 24 juin 1948, pour des raisons de "difficultés techniques", l'activité de la ligne de chemin de fer Berlin-Helmstedt-Hannover est arrêtée. C'est le début du blocus de Berlin !

Le 3 juillet 1948, la SMAD ordonne la mise en place dans des casernes de forces armées d'intervention de la police allemande, dénommée plus tard "Garnison de police du peuple" (Kasernierte Volkspolizei ou KVP). Apparemment, ces forces sont prévues pour la protection de la zone frontalière.

Le 13 juillet 1948, la SMAD promulgue un décret par lequel, avant tout voyage de l'Allemagne de l'Ouest vers la zone est, soviétique, et Berlin-Ouest, une demande doit être introduite à l'autorité locale de la zone soviétique à visiter, afin d'obtenir un permis de séjour, "Aufenthalsgenehmigung".

Le 12 mai 1949, la circulation par chemin de fer, routes et canaux, entre l'Allemagne de l'Ouest et Berlin est à nouveau autorisée. De ce fait, après 12 mois, le blocus de Berlin prend fin.

Le 12 décembre 1949, la Bundesrepublik (RFA) est fondée.

Un mois plus tard, le 17 octobre 1949, le Conseil populaire met en place le projet de constitution de la Deutsche Demokratische Republik (DDR) (République démocratique allemande) qui, en fait, était accepté depuis le 30 mai 1949, et se déclare en tant que "Parlement".

Le 21 avril 1950, la Chambre populaire de la DDR arrête une loi pour la protection du commerce intérieur ayant pour objet de soumettre toutes importations et exportations d'objets, même personnels, des Berlinois de l'Ouest à l'obtention d'une autorisation spéciale.

Le 20 juillet 1951, le Ministre de l'Intérieur de la DDR interdit la circulation des véhicules de la DDR et de Berlin-Est dans Berlin-Ouest. Un "péage" est instauré, dès le 1er septembre 1951, pour l'utilisation de certaines autoroutes de la DDR par les véhicules de la RFA et de Berlin-Ouest.

Le 26 mai 1952, le Conseil ministériel de la DDR arrête un décret relatif aux mesures qui seront d'application à la ligne de démarcation entre la DDR et la RFA.

Par la suite, celles-ci seront modifiées par le décret relatif à la "protection de la frontière de l'État de la DDR" du 19 mars 1964. Le Ministère de la Sécurité d'État aura pour mission de mettre tout en oeuvre pour assurer le "verrouillage" complet de la ligne de démarcation (établissement de la bande de surveillance de 10 m et des zones interdites contiguës des 500 m et 5 km.)

Les 16 et 17 juin 1953, la DDR connaît sa première insurrection.

Le 14 novembre 1953, à la requête du gouvernement de la RFA, le Haut Commissaire de la Puissance de l'Ouest abolit le "passeport inter-zones" à la date du 16 novembre 1953. Il en informe le Haut Commissaire de l'Union soviétique, en mentionnant que la RFA renonce à l'avenir aux permis de séjour établis jusqu'alors par les postes de police de la RFA pour les visiteurs venant de la DDR en RFA.

Le 21 novembre 1953, le Ministère de l'Intérieur de la DDR ordonne de nouvelles règles pour la circulation inter-zones. En lieu et place du passeport inter-zones en vigueur jusqu'alors, il "suffira", dès le 25 novembre 1953, pour un visiteur habitant la RFA, de présenter sa carte d'identité, accompagnée d'un "permis de séjour" délivré par l'autorité locale de la Police du Peuple. Les habitants de l'Allemagne centrale (DDR) ayant l'intention de voyager en RFA doivent, avant le début de leur voyage, déposer leur carte d'identité auprès de la Police du Peuple, en échange d'une "attestation d'identité".

Le 20 septembre 1953, la DDR obtient sa souveraineté par un contrat d'État avec l'Union soviétique, avec cependant la restriction que les Soviétiques conservent le contrôle de la circulation du personnel, des troupes et marchandises des garnisons française, anglaise et des USA stationnées à Berlin-Ouest.

Le 10 décembre 1955, la DDR déclare la zone frontalière (entre les deux zones d'occupation) "Frontière d'État" et reprend la surveillance de la frontière aux troupes soviétiques.

En février 1956, en exécution d'une loi relative à la circulation des devises, les habitants de la RFA sont déclarés "étrangers".

Le 24 avril 1958, le Gouvernement ordonne que toutes les embarcations fluviales non enregistrées en DDR devront acquitter une "taxe" pour l'utilisation des entrées des voies fluviales de la zone.

Le 13 août 1961, un "mur" est érigé en travers de la ville de Berlin ! L'accès de la partie libre de la ville est interdit aux habitants de Berlin-Est et de la DDR. Quelque 60.000 personnes perdent leur emploi à Berlin-Ouest. Les habitants de Berlin-Ouest ne sont plus autorisés à pénétrer dans Berlin-Est (exception faite par des autorisations spéciales).

Le 14 septembre 1961, l'ordre du Ministère de l'Intérieur de la DDR n° 39/61 contient des directives pour la garantie de la sécurité dans le territoire de l'État à la frontière ouest de la DDR. Elles concernent les caractéristiques de marquage du territoire de l'État, de la bande des 10 m, des dispositions relatives à la "zone interdite", ainsi que d'autres mesures complémentaires de sécurité et des dispositions concernant le "visa d'entrée" dans la "zone interdite".

Le 15 septembre 1961, une force de 50.000 hommes de la Police frontalière allemande de la DDR est incorporée à l'Armée nationale du Peuple (Volksarmee) en tant que "Force d'intervention frontalière" (Kommando Grenze). Les soldats frontaliers communistes ont l'ordre d'empêcher le franchissement de la ligne de démarcation, si nécessaire par des tirs précis.

Le 19 mars 1964, le décret du Conseil ministériel de la DDR du 26 mai 1952 est annulé, ou plus exactement "remplacé" par un nouveau décret pour la protection de la frontière de l'État de la DDR du 19 mars 1964 (Page du registre des lois de la DDR du 21 avril 1964).

Le 21 août 1964, abrogation d'un arrêté du Conseil d'État de la DDR duquel, entre autres, il est établi qu'un citoyen de la DDR habitant hors de la DDR a le droit, en tout temps, de revenir en DDR. Il perd ce droit lorsque sa nationalité lui a été refusée ou contestée par suite d'une faute grave commise à l'encontre des devoirs civiques. Les citoyens de la DDR qui, avant le 13 août 1961, se sont rendus coupables d'un séjour en dehors de la DDR, à l'encontre des dispositions des lois en la matière, doivent être sanctionnés d'emprisonnement. De par ce décret, certaines clauses fondamentales des lois relatives aux passeports, de décembre 1957, sont abrogées ; cela concerne également les autorisations prévues pour la circulation inter-allemande, l'entrée ou la sortie de la DDR. De ce fait une infraction sera punie par un emprisonnement jusqu'à 3 ans.

En décembre 1964, l'autorité de la DDR impose aux habitants de la RFA et de Berlin-Ouest, en visite à Berlin-Est, le change d'un montant minimum de 5 DM par journée de séjour. Cette mesure sera par la suite étendue aux visites dans toute la DDR.

Le 13 juin 1965, la DDR augmente le tarif de circulation des trains de marchandises et propose dans le courant du mois la mise en application d'une autorisation spéciale pour l'entrée des voies navigables, de et vers Berlin.

En septembre 1966, la Chambre populaire de la DDR publie une loi pour la protection des citoyens de la DDR. La loi menace d'une peine élevée d'emprisonnement toute personne qui applique la loi pénale de la RFA aux citoyens de la DDR, et leur assure la "réparation" des dommages encourus.

Le 20 février 1968, le Ministère de l'Intérieur de la DDR interdit les voyages d'entrée et de transit aux membres du NAD (Parti national allemand).

Le 13 avril 1968, le Ministère de l'Intérieur de la DDR interdit jusqu'à nouvel ordre les voyages vers et via Berlin aux ministres et aux fonction­naires du Gouvernement de la RFA.

Le 11 juin 1968, imposition du passeport et du visa pour la circulation inter-zones et taxation de la circulation des marchandises pour Berlin-Ouest, augmentation du péage de l'autoroute, etc. Les personnes en âge de retraite (60 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes) peuvent, à leur demande, obtenir une autorisation de séjour en RFA pour une durée d'un mois (visite à la famille), une fois par an. Octroyée à l'origine uniquement à l'un des conjoints, cette mesure sera, dès 1972, étendue aux deux conjoints pour une même période.

Fin des années 1970, afin d'éliminer autant que possible la déprimante provocation de la vue des barbelés et autres réalités contrariantes des installations du rideau de fer et lui donner une optique plus reposante, le tracé du barrage sera rectifié en certains endroits et camouflé selon les possibilités du terrain, sans cependant pour cela nuire à son efficacité, qui sera maintenue jusqu'au 9 novembre 1989.



Figure 8. Organisation des obstacles à la frontière de la RDA dès 1970

1.      Tracé frontalier avec bornes-frontières.

2.      Panneau ou poteau-frontière immédiatement avant le tracé frontalier.

3.      Poteau-frontière de la RDA (noir, rouge, jaune, portant l'emblème de la RDA, d'une hauteur de 1,80 m environ).

4.      Bande de contrôle (déboisée et aplanie) d'une largeur pouvant aller jusqu'à 100 m.

5.      Double clôture de grillage métallique (environ 2,40 m de part et d'autre d'un champ de mines.

6.      Passage dans la clôture de grillage métallique.

7.      Simple clôture de grillage métallique (environ 3,20 m).

8.      Fossé barrant le passage aux véhicules (garni de plaques de béton ?)

9.      Bande de contrôle de 6 m, destinée à détecter toute trace de pas.

10.    Chemin carrossable.

11.    Mirador en béton.

12.    Mirador en béton (carré).

12a.  Mirador de commandement en béton (4 x 4 m).

13.     Abri d'observation en béton.

14.     Lampadaires.

15.     Poteau de raccordement au réseau téléphonique enterré.

16.     Guide-laisse de chiens policiers.

17.     Barrière avec dispositifs de signaux électriques et acoustiques. En partie double clôture de grillage métallique avec des chiens.

18.     Mur en béton/écran pare-vue (environ 3,30 m).

19.     Passage dans la barrière.

20.     Point de contrôle.


Les troupes frontalières de l'armée nationale du peuple

Afin d'enrayer la fuite massive de la population de la DDR, la Chambre populaire décrète une loi applicable aux "évasions de la république" (délit passible d'une peine d'emprisonnement allant jusqu'à 3 ans).

Cette loi, et le fait que divers obstacles et engins du système de barrage installé sur la ligne de démarcation sont placés de telle sorte que leur efficacité est exclusivement dirigée de l'Est vers l'Ouest, attestent la mission principale de la troupe frontalière de la DDR, à savoir l'isolation et la surveillance des concitoyens.

Cela ne signifie pas seulement le maintien d'une partie du peuple allemand au moyen du pouvoir militaire mais de plus une contradiction à l'article 13 de la Charte de l'ONU : "Toute personne a le droit de quitter tous pays, y compris le sien".

Les troupes frontalières de la DDR ont été instituées en tant que "police frontalière" de l'administration militaire soviétique, le 1er janvier 1946. En 1951, c'est-à-dire alors que la RFA décrétait la mise en place d'une protection frontalière "Bundesgrenzschutz", la police frontalière en garnison sous le commandement du pouvoir de Berlin-Est comptait déjà plus de 18.000 hommes, très bien équipés (avec chars).

À la date du 1er février 1955, la police frontalière prit en charge, à elle seule, la surveillance de la ligne de démarcation.

En septembre 1961, sa force, portée à 40.000 hommes, est incorporée dans l'Armée de Défense nationale (Nazionale Verteidigung Armee = NVA) en qualité de troupe frontalière, sous l'autorité du Ministère de la Défense nationale sur décision du Comité central (SK) de la SED (Socialistich Einheits Partei) ou Parti socialiste de l'Unité nationale, du 5 novembre 1963, l'ins­truction politique de la NVA est établie, sans compromis, sur la ligne des principes de la SED.

Les soldats de la NVA sont sévèrement punis lorsqu'ils tirent sur un fuyard sans l'avoir réellement visé.

Par contre, les tirs sur les fuyards couronnés de succès sont récompensés : promotions, décorations et cadeaux.

À l'arrestation d'un fugitif, le soldat reçoit une prime de 150 DM-Est, pour les arrestations suivantes, une décoration à laquelle une "rente à vie" est attachée.

Néanmoins, de janvier 1953 à janvier 1971, 20.000 soldats NVA de tous grades se sont enfuis en RFA.

Par ordre du Conseil ministériel du 5 juin 1958, dans les zones interdites de 5 km, avec l'appui des troupes frontalières, des soi-disant "aides-troupes frontalières" sont mis en service. Ces derniers sont pour la plupart des membres ou partisans du SED. Ils reçoivent l'instruction de l'arme d'infanterie et leur mission principale consiste en la surveillance de l'arrière-pays de la ligne de démarcation.

En 1980, le détachement frontalier comptait quelque 60.000 hommes. Six brigades étaient engagées sur la frontière de la RFA.


Le Service de sécurité de la frontière de la RFA

L'on peut s'imaginer que, considérée du côté de l'Allemagne de l'Ouest (RFA), cette "ligne de démarcation" devint une zone frontalière extrêmement dangereuse pour tout qui, volontairement, par mégarde ou par ignorance, s'aviserait de la franchir. En effet, par endroit, avec le temps, certains marquages de la bande de contrôle des 10 m (bande de la mort) s'étaient détériorés ou n'étaient plus bien matérialisés sur le terrain et ceux qui la franchissaient, l'escaladaient ou tout simplement "l'effleuraient" se trouvaient en danger de mort.

De fait, les soldats de l'Armée du Peuple (DDR) avaient l'ordre de tirer sans sommation sur tout individu violant le marquage de la frontière.

Aussi, du côté de la RFA, des dispositions et mesures furent prises afin d'éviter tout incident pouvant être provoqué par l'insouciance ou la curiosité de certains visiteurs.

Dès 1949, le service frontalier de la RFA a repris la charge de la garde de la ligne de démarcation qui, jusque là, avait été assurée par les troupes anglaises et US, contrôle qui, en fait, n'avait eu pour but que d'empêcher la circulation de marchandises interdites, au travers la ligne de démarcation (produits manufacturés et objets d'usage courant acheminés clandestinement en RDA).

Cette circulation frauduleuse fut fortement réduite dès 1952, lorsque la "bande des 10 m" (Todestreifen) fut mise en vigueur. Dès le 13 août 1961, le "rideau de fer" étant miné, les passages clandestins seront pratiquement impossibles.

La protection de la frontière fut assurée par une police spéciale du "Bundes" qui, sous la juridiction du Ministère de l'Intérieur, opérait un contrôle "discret" jusqu'à 30 km en deçà de la ligne de démarcation.

Créée en 1951, suite aux nombreuses usurpations frontalières de la part de la RDA, cette "Bundesgrenzschutz" atteindra une force de 20.000 hommes.

En dehors de leur mission d'observation, de renseignement et de surveillance des activités frontalières de la ligne de démarcation, dans de nombreux cas, cette police frontalière a fourni la protection et l'aide nécessaire aux fugitifs, épuisés, parfois blessés, ayant réussi à franchir le "rideau de fer".


Le rideau de fer en chiffres

La ligne de démarcation, ou frontière de la zone d'occupation, tout en traversant le coeur de l'Allemagne sur une longueur de 1381 km, déchirait les relations économiques, culturelles et humaines existant depuis des siècles, isolant 17 millions d'Allemands du monde libre.

Elle interrompait :

-    32 lignes de chemin de fer,

-    3 autoroutes, 31 routes nationales,

-    140 routes départementales et des milliers de routes et chemins communaux.

Jusqu'au printemps 1969, elle fut fortifiée par :

-    79 km de grilles métalliques de 3 m de hauteur,

-    1182 km de fils barbelés,

-    778 km de champs de mines,

-    490 km de clôtures de barrage,

-    259 km de parcours de chiens.

Fin de l'année 1976, pratiquement achevé, le "rideau de fer" comprenait :

-    1083 km de grillages métalliques de 3,20 m de hauteur,

-    1119 km de barbelés simples,

-    316 km de barbelés doubles,

-    810 km de champs de mines,

-    268 km d'installations de tir automatique au grillage métallique (tromblons),

-    788 km de bandes protectrices (avec dispositif d'alerte électrique),

-    369 km de pistes pour les chiens (réparties en 224 pistes),

-    1075 chiens spécialement dressés,

-    736 km de tranchées,

-    212 km de barrières lumineuses,

-    939 abris souterrains,

-    1660 abris d'observation fortifiés en béton (bunker),

-    547 tours d'observation en béton,

-    838 tourelles de garde (miradors).


À Berlin

-    la ceinture isolant la moitié de la ville (Berlin-Ouest) couvrait 160 km dont 37 km traversaient la ville en son milieu ;

-    le "mur" en plaques de béton avait 120 km de long, le reste était constitué de clôtures métalliques, le plus souvent électrifiées, de barbelés et de ruines d'anciennes maisons ;

-    derrière, dans une bande de terrain soigneusement dénudée, se trouvaient une seconde rangée de clôtures électrifiées munies d'appareils de tir automa­tique, de charges explosives et de mines, des chemins de patrouilles, des parcours pour chiens policiers dressés, des chevaux de frises, des lignes téléphoniques ;

-    le tout était couronné de 285 tours d'observations, 69 bunkers, 265 installations pour chiens, de béliers et de barrages pour véhicules ;

-    193 rues principales et secondaires étaient coupées ;

-    et 13 gares de métro mises hors service.

En outre, près de 10.000 Berlinois de l'Ouest furent froidement expropriés de leurs maisons et jardinets se trouvant sur le tracé de la ligne frontière du secteur d'occupation ouest de la ville. Jamais, la RDA ne leur accorda l'ombre d'un dédommagement. Les occupants furent tout simplement expulsés manu militari !

Ayant été officiellement érigé comme "rempart de protection anti-fasciste et anti-capitaliste", le rideau de fer avait aussi surtout comme but d'arrêter l'hémorragie de personnes fuyant la RDA.

Jusqu'au début des années 1960, moment où le "rideau de fer" devint quasi infranchissable, chaque année, environ 160.000 personnes s'enfuyaient clandestinement, au prix d'énormes risques. Beaucoup de ces fugitifs désespérés ont été arrêtés, blessés ou tués par coups de fusils ou par explosions de mines. Aussi, après que le verrouillage de la frontière fut achevé, on ne dénombrait plus qu'à peine une dizaine de fuites par an !

Comptant 17 millions d'habitants, pour une surface de 107.771 km2 et comprenant : 15 départements (districts), 26 chefs-lieux d'arrondissements, 191 cantons et 9021 communes, la République démocratique allemande était complètement isolée du monde extérieur par un "mur" qui aura duré près de 40 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Quarante années durant lesquelles, en République fédérale allemande, le long de cette "frontière", l'on trouvait, de loin en loin de vastes pancartes où l'on pouvait lire :

"Vous qui visitez la ligne de démarcation,

"Sachez bien

"Qu'au-delà, il n'y a pas que des ennemis !

"Là-bas, c'est aussi l'Allemagne !

"Là-bas, vivent des Allemands comme nous !"

Pourriez-vous imaginer une frontière pareille dans votre pays ?


Documentation consultée

-    Informations publiées par les Ministères de Hesse et de Basse-Saxe, des Affaires fédérales pour Réfugiés et Fugitifs (Ministère de l'Intérieur).

-    Service de consultations et d'informations des administrations des arrondissements de Duderstadt et d'Osterode.

-    Documentation Revues de l'OTAN, 1989-1993.

-    Photos de l'auteur prises à l'ex-frontière de la RDA (Hessische-Thüringische Grenze) ainsi qu'au "Grenzmuseum" près de Sooden-Allendorf (actuellement le seul musée du rideau de fer de l'ex-RDA).


Date de mise à jour : Jeudi 10 Décembre 2015