Tome V - Fascicule 6 - avril-juin 1993


La forteresse "Île Monsin" (2)

Émile COENEN


La défense de la Meuse


Les abris MeMo 1 et MeMo 1 bis

Bien que la défense de l'île Monsin ne soit basée que sur l'aménagement d'abris dans les culées des futurs ponts, un abri est projeté à la pointe amont de l'île, dès 1931, lors de la première étude réalisée. Jusqu'en 1935, cet abri est repris sous la dénomination "abri du polygone". Il sera situé dans un terrain appartenant à la Défense nationale, qui érigera à cet endroit un polygone de pontage pour le 3e Génie. L'abri est de dimension réduite (6,50 m x 4,30 m) et comporte une seule embrasure. Il est construit vers la fin de l'année 1935 et son camouflage présente l'aspect extérieur de deux latrines installées près du polygone.



Plan de l'abri du polygone


En janvier 1938, on décide d'élever un monument en l'honneur du Roi Albert, dont le canal Liège-Anvers porte maintenant le nom. Ce monument est projeté à l'entrée du canal, donc à la pointe ouest de l'île, où se trouve le polygone.

L'architecte Moutschen (1) dessine les plans du futur mémorial. Il s'agit d'une tour, haute de 40 m, au sommet de laquelle un phare signalera l'entrée du canal. Contre la tour, sera accolée une imposante statue du Roi Chevalier.

(1) L'architecte Jean Moutschen deviendra directeur de l'Académie des Beaux-Arts et a notamment fait partie du jury du concours organisé pour la réalisation de la Maison du port (à côté du Musée Curtius).

À l'arrière, s'étendra une esplanade avec des bahuts (murs bas) latéraux et des allées de verdure menant à un mur où sera représenté le tracé du canal.

Au point de vue de la défense, l'édification du mémorial réduit sensiblement l'action des Mi du flanc amont de l'abri du pont Marexhe, et il entraîne aussi la disparition de l'abri du polygone qui assurait la protection du plan d'eau du fleuve en direction du pont barrage.

De plus, l'apparition d'une tour de 40 m représente un repère que l'on a intérêt à renverser au début des hostilités, sauf si elle peut servir, il est vrai comme observatoire à nos troupes. De toutes façons, l'ennemi tentera de l'abattre par son feu d'artillerie.

À la suite d'assez longues tractations avec l'architecte, la 3e DGnF réalise un avant-projet d'abris à installer dans un des bahuts du monument et dans le socle de béton supportant la tour et qui seront reliés entre eux par une galerie. Un dispositif de destruction sera mis au point pour la tour.

Entre-temps, l'EMGA décide de ramener la distance entre deux abris de 1660 à 300 m, pour la défense du canal dans le Limbourg. Suite à cette décision, on envisage de construire un abri entre le pont de Coronmeuse et le monument puisque la distance qui les sépare est de 1250 m.

Une nouvelle étude de l'ensemble est entreprise et il ressort que : vu qu'une exposition est prévue en 1939, il faut différer l'exécution de cet abri jusqu'à la fin de celle-ci. De plus, le projet d'aménagement des abris prévus dans le monument n'est pas encore adopté. Aussi, il faudra doubler les embrasures des flancs de tir des abris MeMo 3 et 3bis, qui seront construits en aval du pont barrage.

Le 16 avril 1938, le Lt Gen Van Den Bergen marque son accord pour le remplacement de l'abri du polygone par les deux abris, dont il a reçu le dernier avant-projet, qui seront aménagés dans le mémorial. Par contre, il refuse la construction de l'abri supplémentaire entre le pont de Coronmeuse et la pointe ouest de l'île ; il rejette également l'idée de doubler les embrasures des futurs abris MeMo 3 et 3bis. Il estime que la défense de la Meuse, à l'intérieur de PFL 2, ne peut pas être comparée à celle du canal Albert dans le Limbourg.

En ce qui concerne la tour du monument, elle doit être effectivement détruite, mais il est impératif d'empêcher qu'elle ne tombe mal, soit en obstruant le canal, soit en détériorant les abris ou en encombrant leurs champs de tir. Pour cela, il faut prévoir des fourneaux de mine disposés de façon à n'abattre que la partie supérieure et que cette partie tombe en arrière suivant l'axe du monument.

Les travaux débutent en septembre 1938 par la pose de 600 pieux de fondation en avant de la pointe de l'île, et qui serviront de base pour le futur mémorial dont les plans définitifs ne sont pas encore dressés. Durant la période s'étendant d'avril à novembre 1938, des changements successifs dans la conception du mémorial entraînent de nombreuses tractations entre l'architecte et la 3e DGnF. Au début du mois de décembre, le plan final du monument est arrêté et, dès lors, les dessinateurs de la DGnF peuvent enfin dresser les plans définitifs des abris qui prendront les dénominations MeMo 1 et MeMo 1 bis.



Plan d'ensemble de la situation des abris MeMo 1 et 1 bis


Ceux-ci, au nombre de deux, seront indépendants l'un de l'autre, car la galerie les reliant est supprimée. Ils seront totalement intégrés dans le mémorial et seront construits en béton armé. À des fins de camouflage, ils seront recouverts par des minces plaques de même matériau que celles du monument, y compris les embrasures qui seront, en temps de paix, obturées par une maçonnerie légère en briques.


MeMo 1

Ce premier abri est aménagé dans le socle de béton supportant la tour et la statue du Roi. Son accès est situé au centre de la petite esplanade, face à la tour. L'entrée est en puits et elle est obturée par une plaque type "Elkington". Au pied de ce puits, un couloir de 9 m de long mène à la chambre de tir. Un peu en retrait de celle-ci, un double barrage de poutrelles protège le local et deux petites niches, placées de part et d'autre du couloir, permettent l'entreposage de ces poutrelles. Une porte renforcée donne accès à la chambre de tir qui contient un affût "Chardome" pour tireur assis, ainsi que deux goulottes lance-grenades et l'équipement habituel.

Ce local comporte également une chose peu courante dans un abri : un évier, alimenté en eau courante, est fixé à droite de la porte. Une issue de secours est créée dans la partie droite de l'abri, mais par quel moyen les hommes rejoignaient-ils la terre ferme ?

Le couloir d'accès de l'abri est renforcé par la pose de 5 pieux Franki et, tout le long de ce couloir, court une rigole rejoignant un puisard où une pompe à main permet l'évacuation des eaux d'infiltration ou d'inondation.


Plan de l'abri MeMo 1
1. Puits et couloir d'accès ; 2. Pompe à main ; 3. Pieux Franki ; 4. Barrage de poutrelles ; 5. Logement des poutrelles ; 6. Porte à persiennes ; 7. Évier ; 8. Chambre de tir ; 9. Sortie de secours


Plan en coupe
1. Plaque "Elkington" ; 2. Puits et échelle ; 3. Pompe à main ; 4. Couloir ; 5. Barrage de poutrelles ; 6. Logement des poutrelles ; 7. Portes à persiennes ; 8. Évier ; 9. Étagères et crochets ; 10. Chambre de tir ; 11. Sortie de secours ; 12. Ventilation


MeMo 1bis

Le second abri est implanté dans le bahut de gauche (côté Meuse) flanquant l'esplanade. À des fins de camouflage, une porte portant le sigle A (Albert) est installée dans chacun des bahuts. Celle de droite est fausse tandis que celle de gauche cache la porte grille fermant le sas de l'abri. Après cette porte grille, cinq marches descendent vers la porte à persiennes. La chambre de tir est dotée de l'affût "Chardome" pour tireur assis et de l'équipement standard. Ici aussi, un évier a été installé. Une goulotte lance-grenades assure la défense rapprochée. À l'arrière du local, un petit couloir, fermé par un double barrage de poutrelles, mène à un puits muni d'échelons. Ce puits débouche dans le parterre de fleurs créé au sommet des bahuts. Cette issue de secours était obturée par une dalle "Elkington".



Plan de l'abri MeMo 1 bis
1. Fausse porte ? ; 2. Porte grille ; 3. Porte à persiennes ; 4. Pompe à main ; 5. Chambre de tir ; 6. Évier ; 7. Barrage de poutrelles ; 8. Issue de secours ; 9. Goulotte lance-grenades


C'est la société anonyme "Béton et Matériaux", mieux connue sous l'appellation "Bemat", qui entreprend la construction du mémorial en cette fin d'année 1938. La pose de la "tête du Roi", pesant près de 5 tonnes, s'effectue en juillet 1939. Le jour de l'inauguration de l'Exposition internationale de l'Eau, c'est-à-dire le 20 mai 1939, des échafaudages recouvrent encore le monument et ce n'est que le 5 août 1939 que l'ensemble est inauguré.

La mission dévolue aux deux abris est la suivante : pour MeMo 1, battre le plan d'eau du fleuve en direction de la berge opposée et croiser les feux des Mi aval du pont de Coronmeuse ; en ce qui concerne MeMo 1bis, défendre l'accès au pont barrage et battre le plan d'eau en amont de cet ouvrage, mais aussi croiser les feux des Mi de l'abri MeMo 2.



Plan de feux des abris MeMo 1 et 1 bis


Il était prévu de relier ces deux abris au réseau téléphonique enterré par un câble de 4 paires et également d'installer l'éclairage électrique. Bien entendu, cela n'a pas été réalisé.

Lorsque nous avons dressé l'inventaire des archives mises en dépôt au CLHAM, nous avons trouvé un plan au 1/1000, représentant l'implantation des bâtiments et de l'infrastructure créée pour l'Exposition de l'Eau. Sur ce plan, sont indiqués en rouge, tous les champs de tir des abris du pont de Coronmeuse, de MeMo 1 et 1 bis, de MeMo 2 et du pont Marexhe. Dans cette zone, aucun bâtiment ne pouvait dépasser une certaine hauteur, afin de ne pas créer des angles morts et c'est souvent à ces endroits que sont réalisés des parterres de fleurs ou des allées de verdure.

Revenons à la destruction de la tour. Nous avons vu qu'un dispositif de destruction précis a été imaginé pour cette tour qui gêne l'abri MeA 1 et qui peut être un repère pour l'ennemi. Malgré toutes mes recherches, je n'en ai pas trouvé de trace dans le réseau de destructions. Comme on le sait, elle n'a pas sauté en mai 1940. Les troupes sur place n'ont pas jugé utile de l'abattre. L'histoire nous a appris que cela aurait été inutile. Nous pouvons donc encore admirer cette belle réalisation.


MeMo 2 - Le pont barrage

La réalisation d'un pont barrage sur la Meuse, à hauteur de Jupille, est adjugée en février 1928.

La Défense nationale prévoit d'aménager deux abris pour Mi dans la culée de la rive gauche du fleuve.

La construction du pont commence en mai 1928 et la société Cockerill entame la réalisation de toutes les parties métalliques.

Le 22 septembre de la même année, la Direction des Services extérieurs des Bâtiments militaires envoie une note au MDN dans laquelle on définit un peu plus le travail nécessaire pour la réalisation des deux abris prévus. Il est décidé d'aménager, dans la culée de la rive gauche, un abri à deux chambres de tir pour Mi du côté amont. Du côté aval, on envisage de créer une chambre de tir dans la culée et une seconde dans une cabine renfermant la machinerie pour le service des vannes. Ces deux chambres de tir sont réunies par un puits vertical doté d'une échelle et d'une trappe.

Les deux abris du pont seront reliés entre eux par une galerie de communication. Divers autres aménagements sont prévus, notamment la construction de galeries supplémentaires permettant d'accéder aux abris à partir de différents endroits.

Les abris seront protégés par du béton armé d'un mètre d'épaisseur en ce qui concerne le ciel et les parois et de 50 cm d'épaisseur pour le radier.

En tenant compte de ces critères, la 3e DGnF réalise le plan de l'abri MeMo 2 dans le pont barrage, mais celui de l'abri aval n'est qu'un avant-projet car le type de cabine pour le service des vannes n'est pas encore définitivement fixé par les Ponts et Chaussées.

Après de nombreuses recherches dans les archives militaires, j'ai enfin pu découvrir un plan de cet abri MeMo 2. Malheureusement ce plan est très complexe et n'est qu'une ébauche de ce qui devait être réalisé. En effet, après une visite extérieure des lieux, j'ai pu me rendre compte que le plan d'ensemble de l'ouvrage ne correspondait pas avec la réalité. Ceci pourrait provenir du fait que le barrage fut en partie détruit le 11 mai 1940 ou d'une transformation ultérieure de celui-ci.

Donc, pour me faire une idée exacte de ce qui avait été finalement réalisé, je devais impérativement visiter l'abri MeMo 2. Mais on n'entre pas dans le pont barrage comme dans un moulin. Après avoir adressé quantité de lettres aux services s'occupant du pont barrage, qui sont très nombreux, et après avoir fait appel au dévouement de bon nombre de personnes, j'ai enfin obtenu l'autorisation de me rendre sur place.

Ce n'est que ce 24 mars 1993, soit après quatre années d'attente, que j'ai pu visiter les abris, et jusqu'au dernier moment, j'ai craint de ne pas pouvoir vous soumettre le plan définitif de MeMo 2. Ce plan, que vous découvrirez ci-après, est très simplifié mais reflète la réalité.

L'abri MeMo 2 est constitué de deux abris à deux chambres de tir incorporés dans la structure du pont barrage.

Le premier abri, situé en amont du pont, est aménagé dans sa culée. L'entrée s'effectue par la galerie de service du barragiste, qui passe sous le pont routier et donne accès aux vannes et au rez-de-chaussée de la cabine de manoeuvre. Cette galerie se situe à 55 cm au-dessus du niveau de la berge ; à l'origine, quatre marches rattrapaient cette différence ; actuellement, il s'agit d'une rampe en béton.

À environ 2,50 m de l'entrée de cette galerie, et dans sa paroi gauche, une porte en chêne obture l'accès de l'abri amont. Lors de la réalisation de ces abris, c'est-à-dire, en 1928, les portes grilles et à persiennes habituelles n'étaient qu'au stade de l'ébauche, aussi l'accès des abris à cette époque était-il barré par de lourdes portes en chêne. C'est encore le cas pour l'abri MeMo 2 ainsi que pour celui du pont Atlas V ou pont de Coronmeuse. Un peu en arrière de cette porte, un barrage de poutrelles renforce la fermeture du couloir d'accès, d'une longueur de 2,15 m, qui aboutit dans la première chambre de tir.

Cette chambre de tir, de 2 m x 2 m, est séparée de la seconde par un muret de 1,15 m x 0,90 m. L'équipement est ici tout à fait différent de celui que l'on rencontre habituellement dans les abris construits plus tardivement. L'abri ne comporte pas de crochets porte fusils, porte habits et porte lampes. Le plafond n'est pas pourvu de tôles ondulées galvanisées. La tablette chargeur, placée sur le muret, est de forme identique à celle que l'on connaît mais a des dimensions nettement supérieures (50 cm x 10 cm). Les étagères et leurs supports sont, par contre, déjà du modèle standard. Une étagère de ce type est placée sur la paroi arrière de chaque chambre de tir.



Plan d'ensemble de l'abri MeMo 2


Ici, il n'y a pas non plus de support d'affût "Chardome", car celui-ci sera créé plus tardivement. Afin de permettre aux occupants de stabiliser les pieds des différents affûts de mitrailleuses, un évidement est réalisé sous l'embrasure et un autre à une certaine distance de celle-ci. Une semelle de chêne est placée dans l'évidement de l'embrasure tandis que le second est rempli d'argile. Ce support de Mi se rencontre dans les abris type IR.



Coupe d'une embrasure et du support de Mi des locaux 1 et 2 du pont barrage


La seconde chambre de tir comporte également une issue de secours. Celle-ci étant obturée à 1 m de profondeur et n'étant pas reprise sur le plan original, je suis incapable de vous dire où elle débouche. On peut simplement supposer qu'elle fait probablement un angle droit afin de déboucher à l'extérieur, à proximité de l'embrasure du local n° 2 (voir plan d'ensemble ci avant).

L'embrasure du local n° 2 a son axe de tir fortement décalé par rapport à l'axe du local, ceci pour permettre un tir pratiquement parallèle au pont. A droite du débouché du couloir d'accès, une volée de 21 marches permet d'atteindre la galerie de communication des deux abris. Cette galerie, située à 3,75 m sous le niveau de la galerie du barragiste, a une longueur de 15 m et mène aux accès des locaux n° 3 et 4 constituant l'abri aval du pont barrage. Cette galerie, qui a une légère pente, devait être voûtée à l'origine et avoir une hauteur de 2,25 m à la clef de voûte. En visitant l'ensemble, j'ai pu constater qu'elle n'est pas voûtée mais elle garde malgré tout sa hauteur originale.

À l'extrémité de cette galerie, une série de cinq marches placées perpendiculairement à la galerie, descend dans la première chambre de l'abri aval (local 3).

Cette chambre, de 2 m x 2 m, est voûtée et son radier est à 1,20 m sous le niveau de la galerie. Elle possède le même type de support de Mi et a son axe de tir fortement décalé par rapport à l'axe du local, et ce pour la même raison signalée plus haut.

Une étagère de 1,90 m de long est fixée dans la paroi arrière et une gaine de ventilation est créée dans la paroi de droite. Malheureusement, je n'ai pu qu'entrevoir cette chambre car elle est inondée. Un puisard est prévu à proximité de l'embrasure et devait être équipé d'une pompe à main. Une rigole de récolte des eaux est réalisée tout le long de la galerie de communication, le long des marches et dans une partie de la chambre de tir pour aboutir à ce puisard. La personne qui m'a aimablement guidé lors de cette visite, et que je remercie encore une fois, m'a fait remarquer que cette embrasure se trouve, lors de crues importantes, sous le niveau de la Meuse (?).

Face aux escaliers d'accès à la chambre de tir, une étagère a été fixée dans la galerie.

Revenons maintenant au début de la galerie de communication. En parcourant une dizaine de mètres dans cette galerie, on trouve, dans la paroi de droite, un puits vertical de 1 m de côté. Ce puits muni d'échelons permet de monter dans la dernière chambre de tir de l'abri (local 4), qui est aménagée dans la cabine de manoeuvre des vannes. Le puits est fermé par une trappe métallique et aboutit à l'extrémité gauche d'un couloir d'accès.

En effet, cette chambre de tir possède en fait deux accès : le premier, via la galerie de communication, le second, via la galerie du barragiste (ouverte sur l'extérieur) et le passage à hauteur des vannes qui nous mène au pied de la cabine où est aménagé le second accès obturé par une porte en chêne, (protégée par un barrage de poutrelles).

Derrière cette porte, un couloir, d'une longueur de 1,75 m, qui comporte donc l'extrémité du puits, conduit à la chambre de tir, située à 3,20 m au-dessus de la galerie de communication (voir le plan en coupe).

Cette chambre est relativement grande : 2,30 m x 2,85 m. Elle comprend deux étagères, un lance-grenades et une tablette porte chargeur.

Ici, le placement de l'affût pour Mi se fait sur un énorme bac en béton rempli d'argile. Ce type de support se rencontre dans les abris de PFL 2, mais celui-ci est nettement plus important. Le bac a une longueur de 1,50 m et une largeur de 0,92 m. Vu la hauteur de l'embrasure, le niveau supérieur du bac se situe à 50 cm du sol et une marche en béton a été coulée à l'arrière du bac.



Coupe de l'abri MeMo et ses 4 locaux de tir


Il est à noter qu'ici chaque embrasure possède encore son volet d'embrasure. À l'origine, la partie extérieure des embrasures était maçonnée et n'était ouverte qu'en cas d'hostilités. Ce n'est qu'en 1933, que certaines embrasures d'abris vont être équipées de volets de protection et notamment celles des abris qui sont inclus dans les lignes de défense.

Je vous signale également qu'à l'étage supérieur de la cabine de manoeuvre, au niveau de la porte d'accès vers l'extérieur, le guide m'a montré une goulotte lance-grenades protégeant l'extérieur de la cabine. C'est l'unique trace d'utilisation à des fins militaires de cet étage.

La mission de MeMo 2 est, en ce qui concerne l'abri amont, de croiser le feu de l'abri MeMo 1 bis et de défendre le fleuve en avant du pont et une partie de l'avenue Georges Truffaut. Quant à l'abri aval, il croise le feu de l'abri MeMo 3 et défend également une partie de l'avenue précitée et le débouché du tunnel ferroviaire (voir MeMo 3).


Plan de feux de l'abri MeMo 2


Le pont barrage est également repris dans le réseau de destruction, sous l'indicatif Mon/R 1. Sa destruction fut réalisée, le 11 mai 1940 à 11 h 30, par le 3e Bon Gn. Les charges étaient appliquées dans deux voûtes du pont ainsi que dans deux voûtes de la passerelle de service. La nuit du 10 au 11 mai, pour que le barrage ne soit pas détruit, on plaça une vanne de secours dans chacun des quatre pertuis non chargés et deux vannes de secours dans les pertuis chargés. La destruction du pont routier est "réussie" et le barrage continue à remplir son office.

Le pont barrage était également protégé contre l'irruption soudaine d'engins motorisés. Cette protection était réalisée par une obstruction au moyen de barrières "Cointet". Ces barrières étaient maintenues par un câble fixé à deux bornes C. Ces deux bornes devant se situer de part et d'autre du pont routier et sur le trottoir, elles auraient entravé la circulation et été soumises aux feux directs de l'ennemi.

La solution adoptée fut très simple, elles furent tout simplement enterrées dans chaque trottoir. Pour ce faire, on a pratiqué une fouille de 1,10 m de profondeur, maçonné un tube en acier d'un diamètre de 16 cm et d'une hauteur de 85 cm. Ensuite, ce tube reçut un corselet en béton armé ayant, à son sommet, la forme d'un seau renversé, forme traditionnelle des bornes C.

L'accès à cette borne, situé sous le niveau du sol, était obturé par un châssis hermétique "Elkington" du type 1711 C, mais dont la partie supérieure était remplie de béton. Aujourd'hui, ces deux bornes existent peut-être encore, mais les trottoirs du pont routier ont reçu une couche importante de tarmac recouvrant vraisemblablement les deux châssis.



Coupe d'une borne C du pont barrage


Les abris MeMo 3 et MeMo 3bis

Dans les projets d'aménagement de l'île, il est prévu de construire deux ponts rails, un à chaque extrémité de l'île, qui permettront de raccorder les infrastructures ferroviaires du port à la ligne de Maastricht. Déjà on prévoit d'établir un abri double dans la culée de la rive gauche du pont rails qui sera établi un peu en aval du pont barrage.

En 1937, les Ponts et Chaussées remettent à la 3e DGnF le plan définitif de ce pont rails et il s'avère que la culée est trop réduite pour accueillir un abri. Une nouvelle étude est entreprise aussitôt et elle préconise la création de deux abris de berge situés de part et d'autre du pont.

Ils sont à deux embrasures par flanc de tir pour compenser la disparition de l'abri du polygone. Suite à la décision du Lt Gen Van Den Bergen de ne pas doubler les embrasures, un nouveau plan est dessiné, en avril 1938.

Il s'agit de deux abris du type de ceux adoptés pour la défense des canaux et des voies navigables. Ils seront encastrés dans le talus formant les berges de la Meuse, tout en surplombant le plan d'eau. Ils auront donc deux flancs de tir à une embrasure réduite et recevront la protection "type fort", c'est-à-dire que les parois devant subir le tir ennemi auront une épaisseur de 1,30 m de béton armé.

Ces deux abris sont approuvés le 16 mai 1938.

Les abris sont relativement imposants puisque leurs façades ne mesurent pas moins de 11,40 m et ont une largeur de 7,5 m.

L'entrée en est protégée par un châssis en treillis métallique rabattable. Cette grille a été créée en fait pour l'abri MeMo 4 en avril 1936. Vu le type d'entrée de cet abri, il se crée en surface une ouverture béante de 2,50 m x 1 m. Les abris n'ayant pas de clôture, on réalise cette barrière rabattable afin d'éviter la chute de l'une ou l'autre personne et l'emploi de ce trou comme dépotoir.

Après avoir descendu les 14 marches de l'escalier d'accès, on arrive au niveau de la porte grille et à l'évidement devant servir de communication vers les tranchées avoisinantes (voir MeMo 4).

En franchissant le sas, fermé en son centre par une porte à persiennes, on trouve, à droite, un couloir chicané qui est obturé par un barrage de poutrelles. Au fond du couloir, un second barrage de poutrelles ferme l'accès à un puits muni d'échelons. Cette issue de secours est fermée par une dalle "Elkington".

Les deux chambres de tir sont placées dos à dos, de part et d'autre du couloir d'accès. Elles renferment l'équipement habituel et ont un affût "Chardome" pour tireur assis.

La chambre de tir aval est dotée d'une goulotte lance-grenades qui défend le sas d'entrée. Dans la paroi longeant la Meuse, on trouve deux goulottes lance-grenades dont une est équipée d'une muselière située à l'extérieur de l'abri et dont le rôle est d'empêcher la grenade de s'éloigner et, dans ce cas, de tomber dans l'eau. Entre les deux goulottes, une fente d'observation, obturée à l'intérieur par une plaque en acier, permet d'observer dans l'angle mort de l'abri.

Les abris MeMo 3 et 3 bis sont identiques ; la seule différence réside dans leurs angles de tir. L'embrasure droite de MeMo 3 bis a un angle de tir de 38° alors que toutes les autres ont un angle de 30°. De ce fait, l'orillon (massif de maçonnerie à l'angle d'épaule d'un bastion) de protection de l'embrasure est un peu différent (voir plans).

Toutes les embrasures disposaient d'un volet métallique rabattable.

Les Ponts et Chaussées commencent la construction du pont rail et procèdent à l'endiguement de la rive gauche du fleuve. En vue d'éviter le chevauchement des chantiers, on reporte la réalisation des abris à juillet 1938. Ce sont les entreprises Pierre Bousmanne, de Bruxelles, qui reçoivent le marché.


Plan de l'abri MeMo 3
1. Escalier d'accès ; 2. Accès aux tranchées ; 3. Puisard ; 4. Porte grille ; 5. Porte à persiennes ; 6. Barrage de poutrelle ; 7. Issue de secours ; 8. Fente d'observation ; 9. Goulotte lance-grenades ; 10. Chambre de tir ; 11. Ventilation



Partie du plan de l'abri MeMo 3 bis (à remarquer l'orillon différent)


On procède au bétonnage en octobre et novembre de la même année et ce, malgré un mois d'octobre particulièrement froid. Les travaux s'achèvent en février 1939. L'entrepreneur doit cependant encore procéder à une modification des berges du fleuve, réalisées récemment, afin de dégager les champs de tir.

La remise des abris au 12e régiment de Ligne est faite le 21 février 1939, en présence du capitaine Émile Renkin, délégué du commandant de ce régiment et qui, à cette occasion, rédige un inventaire des deux abris (voir annexe ci-dessous).

Ici aussi, il était prévu de relier les abris aux réseaux téléphoniques, tant aérien qu'enterré.

La mission de l'abri MeMo 3 consiste à flanquer le plan d'eau à l'aval du pont barrage, de protéger celui-ci et de battre une partie de l'avenue de l'Indépendance.

MeMo 3bis flanque le plan d'eau, le débouché du tunnel du chemin de fer au-delà de la Meuse ainsi que le pont rails, avec sa amont. La Mi aval croise le feu de l'abri h1eelo 4 et protége une partie de l'avenue.

Quant aux créneaux d'observation, ils observent le débouché du tunnel et la rampe d'accès du poste permanent d'alerte n° 5 (PP 5a) situé sur la rive opposée.


Plan de feux des abris MeMo 3 et 3bis


À proximité de l'abri MeMo 3, le pont rail est repris dans le réseau de destruction sous l'indicatif : Mon/f1. C'est le 3e Bon Gn qui procède à sa destruction le 11 mai 1940. Elle est réussie bien qu'un raté ait pu se produire, car la tête de la 3e pile de la rive droite émerge encore. Actuellement, on peut encore voir l'obstruction réalisée à l'entrée du pont du côté de la rive gauche. Il s'agit d'une borne "Cointet" et d'une borne de conception particulière. Elles permettaient l'arrimage de deux éléments "Cointet".


Annexe : Inventaire des abris MeMo 3 et MeMo 3 bis

Estampillé du cachet "SECRET"

Le 21 février 1939

Renkin, Émile, Capitaine

Délégué du Commandant du 12e régiment de ligne

avons procédé, le premier à la remise au second, le second à la remise au premier et à la reprise au troisième, le troisième à la reprise au second des bâtiments précisés dénommés MeMo 3 et MeMo 3 bis.

Ces bâtiments sont situés sur la rive gauche de la Meuse aux abords du pont rails de l'île Monsin.

Ces bâtiments sont recouverts extérieurement d'un peinturage de camouflage.

Le bâtiment MeMo 3 comprend :

2 locaux de tir - 1 couloir d'accès - 1 puits d'accès

Dans les locaux de tir sont fixés à demeure ou déposés :

2 bancs en chêne type Bn2

2 affûts métalliques "CHARDOME"

8 m ct d'étagères type Et en chêne avec consoles métalliques galvanisées

2 tablettes en chêne pour le chargement.

8 blochets de calage pour barrage de poutrelles

2 crochets porte lampe type L1

8 crochets porte fusils type L2

8 crochets porte habits type L3

2 volets métalliques type Vo4 avec 1 cadenas et 1 clef chacun

2 leviers en fer forgé galvanisé type Lv

1 volet métallique Vo1 pour gaine en tôle galvanisée type Gn4

Dans le couloir d'accès et le puits de sortie sont fixés à demeure ou déposés :

1 porte grille type PI galvanisée avec volet à charnières avec 1 cadenas et 1 clef.

1 porte à persiennes type P2.

1 trappe à déclic type Tr3 avec dispositifs de manoeuvre

1 châssis métallique en deux pièces avec cadre en cornières avec 2 cadenas et 2 clefs.

2 volets métalliques Vo avec gaine en tôle galvanisée type Gn4

1 grille muselière type M.S. pour gaine Gn4.

1 échelle en fer galvanisé à dix échelons

1 grille en fer forgé galvanisé pour puisard

1 plaque en acier, spéciale pour observatoire

24 profilés de 0.84 m pour barrage poutrelles

24 profilés de 1,04 m pour barrage poutrelles

Extérieurement

10 plans Ampelopsis veitchi

7 plans Polygonum baldschuanicum


L'abri MeMo 4

Voici un abri qui a fait couler beaucoup d'encre. La première étude réalisée pour la défense de l'île préconise la construction d'un abri, repris sous la lettre A, dans la future courbe de la Meuse. Cet abri, du type des voies navigables, comprend un double flanc de tir et une cloche FM. Chaque flanc sera pourvu de deux embrasures pour Mi.

Le Gen Maj Fontaine, directeur du Génie et des Fortifications en 1935, estime que : vu les principes admis jusqu'à présent pour la défense directe de la Meuse et du canal, seul l'aménagement d'abris dans les ouvrages d'art est à envisager et, de ce fait, l'abri A sera purement et simplement supprimé. Par contre, si de nouveaux crédits étaient accordés à la PFL, on pourrait envisager la construction de cet abri, mais il ne comprendrait plus qu'une embrasure par flanc et la cloche serait supprimée.

En octobre 1935, ce même directeur donne l'ordre aux dessinateurs de la 3e DGnF de réaliser les plans d'un abri des voies navigables avec une cloche FM et qui prendra la dénomination MeMo 4 à la place de la lettre A.

En novembre de la même annexe, les dessinateurs réalisent le plan du futur abri, que je vous livre ci-dessous.


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Plans de l'abri MeMo 4 avec une cloche


Mais revenons un peu en arrière pour comprendre ce qui va suivre.

En avril 1935, suite à une demande de l'état-major français pour que nous fortifiions la Meuse entre Givet et Namur, et entre Namur et Liège, on entreprend la construction d'abris de contre irruption devant chaque pont-route et chaque pont rails franchissant le fleuve.

Le général Van Den Bergen rédige une note qui est envoyée à la 3e DGnF, le 22 novembre 1935. Elle dit ceci : "L'abri MeMo 4 projeté est à revoir car les abris de contre irruption de la Meuse ne seront pas équipés de cloches. Dès lors, il apparaît exagéré de consacrer 175.000 francs pour doter cet abri, coûtant 65.000 francs, d'une cloche FM. Ainsi, il convient de revoir le plan de l'abri et je suggère de percer la face avant de deux fentes horizontales permettant de voir la rive opposée et de les aménager pour permettre le tir avec un FM".

La suppression de cette cloche pose malgré tout un problème. Celle-ci permettait une action sur l'arrière de l'abri afin de lui assurer une bonne défense rapprochée, mais également, elle empêchait toute infiltration ennemie dans une bonne partie de l'île car le terrain environnant étant plat, le FM pouvait battre une superficie importante.

Pour pallier cette suppression, on va tout d'abord doter l'abri de trois embrasures pour FM dans sa façade, ce qui permet de couvrir tout le secteur avant non défendu par les deux Mi. Pour défendre la zone arrière, on creusera des tranchées, accessibles aux occupants de l'abri par l'issue de secours.

En décembre 1935, le plan remanié de l'abri MeMo 4 est soumis à l'approbation de l'EMG, qui approuve les trois créneaux pour FM mais rejette catégoriquement que l'issue de secours serve de seconde entrée pour l'abri.

Il est bien évident que le raccordement de l'abri au réseau des tranchées par la sortie de secours oblige les occupants à dégarnir celle-ci de ses poutrelles de protection et, dans ce cas, elle devient une entrée supplémentaire qui n'est en aucun cas étudiée pour cet usage. En cas de bombardement, un projectile tombant dans le voisinage immédiat de l'abri pourrait avoir des effets néfastes à l'intérieur de celui-ci. Une patrouille ennemie pourrait également utiliser cette voie et faire irruption dans l'abri.

D'autre part, l'usage courant d'une ouverture de 60 cm x 30 cm est très malaisé. C'est pour toutes ces raisons qu'une baie de communication est envisagée et finalement adoptée en janvier 1936.

Cette baie consiste en un accès voûté de 1,50 m de haut et 0,80 m de large, créé au pied des escaliers menant à la porte grille du sas d'entrée. La baie est fermée, en temps de paix, par une maçonnerie de briques liées par du mortier pauvre. Cette maçonnerie est ensuite recouverte par un crépi de ciment pour parfaire le camouflage. En temps de guerre, le parement sera détruit par les occupants de l'abri qui, par une sorte de tunnel, aboutiront sans se découvrir au réseau de tranchées.

Le tunnel d'accès aux tranchées est en matériaux différents suivant la nature du terrain. En ce qui concerne MeMo 4, il est simplement creusé dans la roche et renforcé par des rondins.

Cette baie de communication sera adoptée pour de nombreux abris construits en Belgique.


Coupe de la baie de communication


Suite à tous ces changements, un nouveau plan est dressé et approuvé. L'accès de l'abri est identique à ceux de MeMo 3 et 3 bis, bien qu'à un certain moment, il ait été envisagé d'entrer par l'arrière de l'abri grâce à une porte à double battant du type de celles qu'on rencontre dans les fortifications allemandes.

Après avoir franchi le sas, un couloir mène à une sorte de caponnière ou se situent les trois embrasures FM. Cette caponnière est séparée des deux locaux de Mi par un piédroit qui permet de diminuer la portée de la dalle de ciel, de renforcer la caponnière, de limiter les conséquences d'un coup d'embrasure et de permettre néanmoins une utilisation aisée des deux embrasures FM pour tireur debout.

Le support FM consiste en un volet rabattable à 90° sur lequel se pose le bipied du FM et, lors de la fermeture du volet, une fente verticale permet l'observation. Plutôt qu'une longue description de ce type de support, je vous renvoie aux deux photographies prises au fort de la Chartreuse qui possède, dans le PC de la 3e DI, aménagé dans une de ses poternes, le seul exemplaire connu de ce volet.

La chambre de tir aval possède une issue de secours qui débouche dans le couloir d'accès. Celle-ci est prévue en cas d'obstruction de la caponnière. La chambre de tir amont comporte une issue de secours du même type que celle de MeMo 3 et 3 bis.

Trois goulottes lance-grenades sont prévues : une d'elles défend le sas d'entrée et est située dans le local de tir aval ; les deux autres devaient être aménagées dans la caponnière mais ne sont pas reprises sur le plan de l'abri.


Plan de l'abri MeMo 4
1. Escalier d'accès ; 2. Baie de communication ; 3. Porte grille ; 4. Caniveau ; 5. Porte à persiennes ; 6. Caponnière ; 7. Piédroit ; 8. Embrasures FM ; 9. Issue de secours ; 10. Lance-grenades ; 11. Chambre de tir pour Mi ; 12. Sortie de secours


Le chantier de l'abri est terminé en 1937 ; pourtant l'odyssée de MeMo 4 n'est pas encore finie. Le 10 mars 1939, on envisage de reboucher les trois embrasures FM suite au projet de construction des abris MeMo 3 et 3 bis.

L'EMGA considère, seulement maintenant, que les trois embrasures aménagées dans la façade avant constituent un point faible pour l'abri car elles déforcent considérablement la résistance de celle-ci à un tir de face. Malheureusement, je n'ai pas trouvé de document me permettant de vous dire si ces embrasures ont été réellement rebouchées et, de plus, l'abri a probablement été démoli bien avant que ma passion pour les abris ne voie le jour.

En considérant que ces embrasures soient opérationnelles, MeMo 4 croise les feux de l'abri MeMo 5 et MeMo 3 bis et les trois FM défendent une partie de l'avenue de l'Indépendance avec un champ de tir de 120°.

Le camouflage de l'abri est réalisé par peinturage se rapportant aux talus gazonnés des berges.


Plan de feux de l'abri MeMo 4


L'abri MeMo 5

Auparavant cet abri, repris sous la lettre B, était du type des voies navigables à deux flancs de tir ayant chacun une embrasure pour Mi. Il était situé un peu en aval du pont Milsaucy, sur la pointe de terre séparant la Meuse du canal Albert.

En juin 1935, on renonçait provisoirement à sa construction, vu le manque de crédits.

Mais l'abri est de nouveau projeté, vers décembre 1935, et une étude du terrain est réalisée car, à l'endroit défini au préalable, de nombreux travaux ont été entrepris. Il s'avère que l'emplacement choisi se situe sur un égout collecteur qui se déverse un peu en amont du pont de Wandre. Dès lors, la masse de l'abri ne pouvant s'appuyer sur la voûte du collecteur, des fondations spéciales devront être envisagées.

Mais les crédits sont minimes et il faut prévoir un nouvel emplacement pour l'abri.

La mission dévolue à MeMo 5 est d'assurer la continuité des feux des abris MeMo 4 et MeMo 6. Or, vu son déplacement à la pointe nord de l'île, il convient de changer le type de l'abri afin que cette mission puisse être assurée. Les dessinateurs se repenchent sur leurs tables à dessin et réalisent un avant-projet qui tient compte des angles de tir particuliers résultant de l'emplacement des deux abris à couvrir.

La 3e DGnF soumet à l'approbation de l'EMGA un abri comportant deux chambres de tir avec un affût "Chardome" pour tireur assis, une entrée en sas sur la façade latérale et une issue de secours en puits sur l'arrière de l'abri. Ce projet est approuvé et MeMo 5 est construit et terminé vers 1936-1937.

Je ne possède pas d'autres renseignements sur cet abri qui ne figure sur aucun document disponible au CDH, à part le plan que je vous livre ci-dessous.


Plan de l'abri MeMo 5
1. Escalier d'accès ; 2. Sas d'entrée ; 3. Créneau FM et observation ; 4. Goulottes lance-grenades ; 5. Chambres de tir pour Mi ; 6. Issue de secours


La mission de Meo 5 consiste donc à couvrir les feux de l'abri MeMo 6 et ceux de MeMo 4.


Plan de feux de l'abri MeMo 5


L'abri MeMo 6

Cet abri se trouve dans l'énorme culée du pont de Wandre située sur la bande de terre séparant le canal du fleuve. Elle supporte le pont enjambant le canal et la première travée du pont qui enjambe la Meuse. Ici aussi, l'entrée de l'abri pose un problème car si celle-ci est aménagée à hauteur du halage, elle expose les occupants aux coups directs de l'ennemi. Par contre, la culée possède un escalier monumental qui permet de descendre sur la berge. La solution préconisée consiste à créer, à hauteur du palier, une entrée aboutissant à un escalier conduisant à une galerie qui rejoindra l'abri proprement dit.

C'est cette solution qui est retenue et réalisée par le service des Ponts et Chaussées qui construit l'abri MeMo 6 pour le compte du département de la Défense nationale. La somme allouée à ce service par la DN est de 200.000 francs.

Donc l'entrée de l'abri se situe à hauteur du palier où démarrent les deux volées de marches conduisant au sommet du pont. Une fois la porte franchie, nous descendons 13 marches qui aboutissent au niveau du couloir d'accès. Ce couloir a une longueur de 13,50 m. Sa largeur est de 1 m et sa hauteur est de 2 m. À peu près au milieu du couloir, un second couloir, perpendiculaire au premier, mène à une porte qui débouche sur la bande de terre. Cette issue permet aux occupants d'accéder au réseau de tranchées créé à cet endroit.

À l'extrémité du couloir d'accès, une volée de 8 marches mène au pied de la porte à persiennes qui obture la première chambre de tir de l'abri. Cette chambre de tir est identique à toutes celles que l'on connaît et comporte un affût "Chardome" pour tireur debout.

À l'arrière de ce local, un couloir d'une longueur de 12 m accède à la seconde chambre de tir. Au centre de ce couloir, un petit local est aménagé et comporte l'issue de secours ainsi que l'emplacement des deux tablettes supportant la machine à charger les bandes de Mi.



Plan de l'abri MeMo 6
1. Accès ; 2. Couloir d'accès ; 3. Accès au réseau de tranchées ; 4. Porte à persiennes ; 5. Chambre de tir n° 1 ; 6. Couloir de communication ; 7. Local de chargement ; 8. Sortie de secours ; 9. Chambre de tir n° 2


Plan en coupe de l'abri MeMo 6


J'ai pu entrer dans cet abri en passant par l'ouverture de l'embrasure amont (à déconseiller). Là, j'ai constaté que la galerie d'accès a été abaissée à environ 40 cm du sol, sur une longueur d'une dizaine de mètres, par du béton armé.

Cette réduction de la hauteur de la galerie d'accès fut probablement réalisée lors de la création du tunnel du chemin de fer dans le pont de Wandre, permettant de relier le réseau ferroviaire de l'île à l'usine de Chertal.

L'abri MeMo 6 a pour mission d'assurer le flanquement vers l'amont et vers l'aval du plan d'eau et du chemin de halage de la rive gauche de la Meuse. L'embrasure amont doit croiser les feux de l'abri MeMo 5.

Le pont de Wandre est repris dans le réseau de destruction sous l'indicatif : Hr/r1/r2. C'est le 3e Bon Gn qui procède à la destruction de ce pont ainsi que des piles de l'ancien pont.

Les deux parties du pont de Wandre et les piles de l'ancien sautent le 11 mai 1940.



Plan de feux de l'abri MeMo 6


L'abri MeMo 7

Au préalable, cet abri est repris sous la lettre C et est projeté loin en aval du pont de Wandre, sur la berge de la Meuse.

Il est le dernier abri de ce secteur et doit assurer la continuité des feux entre le pont de Wandre et le premier abri de l'intervalle Pontisse-Lixhe (PL). À cette fin, il aura deux flancs de tir ayant chacun deux embrasures pour Mi, et possèdera également une cloche FM.

Lors du nouveau plan de défense de l'île, dressé par le Gen Maj Fontaine en juin 1935, l'abri C ne comporte plus qu'une seule embrasure par flanc et sa cloche FM est supprimée.

C'est ce type d'abri qui est adopté et sa construction peut être envisagée. Mais l'emplacement choisi par l'EMGA pour l'édification de MeMo 7 n'est pas encore aménagé, et de ce fait, sa construction est postposée.

À cet endroit, le cours de la Meuse sera rectifié par les Ponts et Chaussées car le fleuve a un cours très sinueux et sa largeur change constamment, ainsi que sa profondeur, entre le pont de Wandre et celui de Hermalle-sous-Argenteau. Il y a aussi de nombreuses îles qui se sont formées au fil du temps, notamment celle de Franche Garenne, et on veut les voir disparaître.

Ce travail doit être réalisé en trois phases : la première consiste à supprimer le coude de Chertal, à ramener la largeur du fleuve de 250 m à 180 m, et à construire un boulevard le long de la rive droite.

La seconde phase comprend la rectification, l'approfondissement et l'élargissement du fleuve entre Vivegnis et l'aval du pont d'Argenteau ainsi que la suppression d'une bonne partie de l'île de Franche Garenne.

Enfin, la troisième phase réside dans la construction de barrages et d'écluses.

L'emplacement de l'abri MeMo 7 est donc dépendant de la première phase des travaux qui, en 1936, ne sont pas encore entamés.


Emplacement prévu pour l'abri MeMo 7


Tous ces aménagements du fleuve prennent de plus en plus de retard et, le 10 mai 1940, cette partie de la Meuse n'est pas encore terminée. Notre abri MeMo 7 ne verra jamais le jour.

Cet abri devait se situer à 500 m en aval du pont de Wandre et sa mission consistait à croiser les feux des abris MeMo 6 et PL a.

L'abri PL a devait être le premier abri de l'intervalle Pontisse-Lixhe et il était prévu à 1800 m de MeMo 7, sur la berge du fleuve. Cette partie n'étant pas encore modifiée, l'abri ne verra pas le jour, lui non plus.

Autrement dit, malgré toutes les études réalisées par les différents services de la Défense nationale en vue de couvrir d'un feu continu de mitrailleuses tout le plan d'eau du fleuve, il existera, le 10 mai 1940, une zone de 2300 m non défendue. Les événements feront que ceci ne portera pas à conséquence.


L'abri M 26

En avril 1935, lors d'une conférence à Paris, les Français nous demandent de fortifier la Meuse entre les villes de Givet et Liège. Une étude est entreprise et, vu le manque important de crédits, on décide de ne construire des abris que devant chaque ouvrage d'art permettant le passage du fleuve.

Ces abris seront du type contre irruption, équipés d'un canon de 47 mm et d'une ou de plusieurs mitrailleuses. Ils ne posséderont pas de cloche mais seront dotés d'un phare puissant.

Le pont de Wandre étant repris dans la liste des ouvrages d'art, un abri sera construit dans l'axe du pont et portera l'indicatif M 26 (Meuse n° 26). Il est bien entendu que ces abris ne font pas partie de la PFL et que M 26 n'entre pas dans le plan de défense de l'Île Monsin mais, vu qu'il le complète, je me permets de vous le décrire.

L'abri est construit à l'intersection de la rue des Princes et de la rue du Grand Puits, en plein milieu de la chaussée. Il est très important puisqu'il comprend un sous-sol et trois niveaux.

Le canon de 47 mm, devant empêcher le franchissement du pont par un engin blindé, est situé au dernier niveau de l'abri car la rue des Princes est en pente, et, afin de rattraper cette déclivité, il faut élever le canon pour que celui-ci puisse prendre en enfilade l'entièreté du pont.

Le sous-sol de l'abri sert probablement pour le stockage des vivres et munitions et un WC y est aménagé. Le rez-de-chaussée comprend l'entrée de l'abri, créée dans la façade arrière, ainsi que deux créneaux pour fusils ou FM. Cette pièce servira également de corps de garde permanent.

Le premier étage abrite un affût "Chardome" placé pour tirer dans l'axe du pont. Chaque face latérale est percée d'un créneau pour fusil et d'une goulotte lance-grenades, tandis que la face arrière reçoit un créneau pour FM.

Le second étage comprend le canon antichar et le phare dont les embrasures sont orientées vers le pont.

Chaque ouverture de tir est protégée par un volet placé à l'extérieur.

Le camouflage de l'abri est particulièrement soigné. L'abri est camouflé en maison d'habitation. En mars 1939, le corps de garde en planches, installé à côté de l'abri, devra être démoli afin de respecter l'ensemble. Mais ce camouflage devra être revu suite à des travaux prévus par les Ponts et Chaussées. Je vous cite une partie de la note émise, le 17 avril 1939, par la Défense nationale : "Le camouflage réalisé à M 26 vaut dans le site actuel mais il sera entièrement à revoir lorsque l'autostrade Londres-Istamboul sera construite". À l'époque, on voyait déjà grand et je pense qu'il est inutile de vous dire que la note était nettement prématurée et que le camouflage de l'abri n'a pas été modifié.

Le premier phare, en dotation dans les abris de contre irruption, est du type Magondeaux. Il fonctionnait grâce à un chalumeau alimenté par de l'acétylène et de l'oxygène et l'éclat provoqué était envoyé vers un miroir de la marque Manguin. Sa portée était de 500 m par temps clair, et son autonomie était de plus ou moins 15 heures. En avril 1939, la Direction supérieure du Génie de Forteresse préconise l'emploi de projecteurs de la marque Willocq-Bottin (de Bruxelles) qui, eux, fonctionnent grâce à l'alimentation électrique. Ce type de projecteur a un meilleur rendement que l'ancien et il équipe depuis peu tous les IR de la PFL 3.

Afin de standardiser le matériel, les abris de contre irruption de la Meuse seront équipés de ce projecteur. Pour ce faire, il faut évidemment relier les abris à un réseau d'alimentation électrique et ce sont les établissements Pire (Boulevard d'Avroy à Liège) qui vont effectuer les travaux de raccordement de l'abri M 26.

Ce raccordement est réalisé en souterrain sous une tension de 110 volts en alternatif et l'abri est équipé de prises de courant, d'interrupteurs et de hublots d'éclairage.

Pour l'installation du matériel indispensable au projecteur, une armoire est installée au 2e étage de l'abri. Elle renferme les batteries d'accus et un groupe redresseur à oxymétal de la marque Westimghouse, pour le chargement des batteries.

En septembre 1939, tous les travaux sont terminés. L'entretien des projecteurs et des batteries sera assuré par du personnel du Bon TTR/CA dont la formation sera faite par le directeur de la 3e DGnF, à l'abri M 26, le 25 septembre de la même année.

Cet abri était occupé en permanence.


Plan des feux de l'abri M 26


Je n'ai jamais connu cet abri car il fut démoli très vite, vu sa situation. Après la guerre, il servait d'abri aux personnes qui attendaient le tram desservant la commune de Herstal. Il n'existe aucun dossier concernant M 26 au CDH. Le seul plan que je possède et que je vous livre est celui réalisé pour le raccordement électrique et fourni aux établissements Pire.


    


    

Plans de l'abri M 26



    

L'abri MeMo 1 bis - Vue d'ensemble du Mémorial


    

À l'avant-plan, le puits d'accès de l'abri MeMo 1 bis - Accès de l'abri MeMo 1 bis (fausse porte)


    

Issue de secours de l'abri MeMo 1 bis - L'entrée de l'abri MeMo 2 et les volets d'embrasure des locaux de tir 1 et 2 (volet de gauche à peine visible)


         

La cabine de man?uvre et les deux volets d'embrasure des locaux 2 et 3 - Porte en chêne fermant le second accès du local 4 - À l'avant-plan, borne spéciale. À l'arrière-plan, borne "Cointet" du pont rails


    

Volet d'embrasure du local n° 3 de MeMo 2 - Vue de la façade de l'abri MeMo 3


    

Vue sur une embrasure de l'abri MeMo 3. À l'arrière-plan, le pont rails reliant Monsin à la ligne de Maastricht à hauteur de Jupille - La barrière rabattable protégeant l'accès de l'abri MeMo 3


    

Embrasure amont de l'abri MeMo 5 - Embrasure aval de l'abri MeMo 5


    

Accès de l'abri MeMo 6 - Vue de l'embrasure aval de MeMo 6


    

Vue de l'embrasure amont de MeMo 6 - Vieille photo de l'abri M 26


(Suite et fin dans le prochain Bulletin)


Date de mise à jour : Jeudi 3 Décembre 2015