Tome V - Fascicule 6 - avril-juin 1993


Monuments à la mémoire du bataillon Corée

Gilbert SPOIDEN


Le 25 juin 1950, les communistes de la Corée du Nord attaquent la Corée du Sud et balayent les forces US du général Walker.

L'ONU condamne l'agression et elle met une force expéditionnaire internationale à la disposition des défenseurs.

La Belgique crée, en août 1950, un bataillon d'infanterie fort de quelque 1000 hommes. Quelques volontaires grands ducaux en font partie.

Le corps de volontaires pour la Corée (CVC) quitte Anvers le 18 décembre 1950, à bord du bâtiment Kamina et débarque à Pusan le 31 janvier 1951. "Les Bérets bruns belges" sont placés sous la haute autorité du général Douglas Mac Arthur, commandant en chef des opérations, et affectés à la 3e Div US. Ils sont conduits par le lieutenant-colonel Albert Crahay (1).

(1) On peut lire, du lieutenant général er Crahay : Les Belges en Corée. Historique du bataillon belge dans la guerre de Corée, éd. La Renaissance du Livre, 1966 (épuisé), ainsi que Les bérets bruns en Corée, éd. J.-M. Collet, 1985 (livre de poche).

Dans un premier temps, ils mènent des actions de guérilla dans la région de Waegwan, puis, à côté de la 29e brigade britannique, ils participent aux durs combats de l'Imjin et de l'Hantan-Gane face à la 63e armée chinoise, avant de se retirer en bon ordre.

Le major Moreau de Melen, qui fut Ministre de la Justice (1948) et Ministre de la Défense nationale (1950) et dont nous saluons la mémoire car il nous a quitté l'an dernier, victime d'une crise cardiaque au moment même où il rendait hommage en l'église Saint-Jacques à Liège au doyen Renson nommé chanoine de la cathédrale, s'y illustra particulièrement à la tête d'une petite unité de chars du 7 Rgt US, le 23 avril 1951, et lors du passage de l'Imjin le 4 août 1951.

L'armistice ne fut signé que le 27 juillet 1953 à Pan Mun Jom. Jusqu'à cette date, les combats furent intenses.

Le CVC se conduisit vaillamment à "Broken Arrow" en octobre 1951 et à Kojakkol (fin 1951).

En février 1952, le lieutenant-colonel Vivario prend le commandement du bataillon. Les missions dévolues à celui-ci alternent en montées en ligne et missions de réserve. Rondes, patrouilles de reconnaissance et patrouilles de combat sont au menu quotidien.

Un an plus tard, c'est le lieutenant-colonel Gathy qui assure le commandement, lors de violents accrochages sur la position de Chatkol.

Après le cessez-le-feu, le CVC remplit un rôle humanitaire d'aide aux populations et les derniers éléments ne rentreront au pays qu'en juin 1955. 3.587 Bérets bruns se portèrent volontaires pour la guerre de Corée. Parmi eux, il y avait 69 commandos brevetés. Le bataillon a déploré 105 morts et disparus ainsi que plusieurs centaines de blessés.

Pour rappeler aux générations futures que des volontaires belges sont allés combattre en Extrême-Orient pour éviter que cette guerre de Corée n'engendre un troisième conflit mondial et que le sang qu'ils y ont versé le fut pour la noble cause de la Paix, divers monuments ont été érigés dans les différentes provinces.

Ce sont :

- le Monument national à Woluwé-Saint-Pierre, square de Corée,

- le Mémorial du 40e anniversaire du départ des premiers volontaires d'Anvers, le 13 décembre 1950, à bord du Kamina, quai n° 24,

- le Monument de Chaudfontaine, près du syndicat d'initiative,

- le Monument de Leopoldsburg, garnison où fut créé et entraîné le bataillon en 1950,

- le Monument d'Attert/Arlon,

- le Monument sur l'esplanade du centre d'instruction commando à Marche-les-Dames, qui assura en 1950 l'instruction des futurs bérets bruns,

- le Monument de Sint-Niklaas, dans le parc de la ville,

- le Monument de Dixmude (Grauwe Broederstraat),

- le Monument érigé à la mémoire du général-médecin Comte Albert Guérisse, médecin du bataillon Corée en 1950-1952, à Saint-Hubert, sa ville natale.

- la section du Hainaut de la fraternelle du corps des volontaires pour la Corée met tout en oeuvre pour réunir les fonds nécessaires pour implanter un monument sur le site du SHAPE à Casteau, à proximité de la chapelle où chaque année est célébrée la mémoire des disparus du régiment (compte n° 271-0363321-88 de ASBL FCVC - Section Hainaut, rue Belle Hélène, 20, 7110 Boussoit. Mentionner "Souscription Monument Hainaut").

D'autres hommages à des volontaires belges en Corée sont fréquemment rendus, comme en 1992 à l'Athénée royal d'Arlon où, à la demande de la fraternelle des volontaires belges en Corée, une plaque rappelant le souvenir de Roger Cornette a été scellée sur le mémorial aux morts des anciens élèves, victimes des guerres 1914-1918 et 1940-1945. La cérémonie d'inauguration eut lieu lors de l'assemblée générale des anciens élèves, en présence de nombreux anciens du bataillon belge de Corée conduits par leurs présidents, national et provincial, et des délégations avec drapeaux des diverses associations patriotiques arlonaises. Avant le dépôt de gerbes, le président de l'Association royale des anciens élèves de l'Athénée d'Arlon, Monsieur A. Ensch évoqua la mémoire de Roger Cornette, tué lors de la bataille de l'Imjin, le 23 avril 1951, alors qu'il combattait dans les rangs des troupes des Nations Unies.


Citation

Le bataillon belge et le corps de volontaires luxembourgeois pour la Corée (détachement) des forces des Nations Unies en Corée sont cités pour accomplissement exceptionnel de leurs missions et pour leur héroïsme remarquable dans leur action contre l'ennemi sur l'Imjin, près de Hantangang, en Corée, pendant la période du 20 au 26 avril 1951. Le bataillon belge et le détachement luxembourgeois ont infligé à l'ennemi des pertes trente fois supérieures aux leurs par leur action agressive et courageuse contre les communistes chinois. Pendant cette période, des forces ennemies considérables, appuyées par le feu de mitrailleuses, de mortiers et d'artillerie, menèrent des assauts furieux et répétés contre les positions du bataillon belge et du détachement luxembourgeois, mais ceux-ci repoussèrent vaillamment et continuellement ces attaques fanatiques en infligeant des pertes considérables aux troupes ennemies. Lorsque les communistes chinois parvinrent à occuper des positions menaçant les lignes de communication amies, les Belges et les Luxembourgeois lancèrent avec intrépidité des contre-attaques à la baïonnette. L'ennemi, surpris par la hardiesse de ces attaques, fut désorganisé et reflua en désordre. Sur ordre de l'autorité supérieure, le bataillon belge et le détachement luxembourgeois se replièrent finalement, évacuèrent leurs blessés, furent réapprovisionnés et demandèrent alors à être remis en ligne. Dès qu'ils furent remontés en ligne, des hordes d'infanterie et de cavalerie furent aperçues se déplaçant vers le sud. Quand l'ennemi se fut suffisamment approché, les forces amies amenèrent sur lui un barrage écrasant de mortiers, avec un résultat si dévastateur que le secteur fut jonché de tués. Les communistes chinois continuant à faire avancer un nombre sans cesse accru de troupes, les Belges et les Luxembourgeois livrèrent avec intrépidité et succès des combats retardateurs qui permirent le retrait méthodique des unités voisines avec un minimum de pertes en hommes et en matériel. Le bataillon belge et le détachement luxembourgeois déployèrent tant de bravoure, de résolution et d'esprit de corps en accomplissant leurs missions dans des circonstances extrêmement difficiles et hasardeuses qu'ils doivent être placés au-dessus d'autres unités ayant participé à l'action. L'héroïsme extraordinaire déployé par les membres de ces unités au cours de cette période fait rejaillir un grand honneur sur leur pays et sur eux-mêmes.

Par ordre du général Van Fleet,

Henry J. Hodes

Major General, US Army,

Chief of Staff


Date de mise à jour : Mercredi 2 Décembre 2015