Tome V - Fascicule 5 - janvier-mars 1993


La Citadelle de Liège en août 1914

Gilbert SPOIDEN


Dans la nuit du 5 au 6 août 1914, le général major Lüdendorff est aux portes de Liège, accompagnant la 14e brigade d'infanterie composée des 27e et 165e régiments, unités centenaires, le premier créé en 1815, le second en 1813. Le commandant de la brigade est le général major von Wüssow, qui sera tué au carrefour de Liery, entre Micheroux et Queue-du-Bois.

En 48 heures, Liège doit être investie et ses forts muselés. C'est le plan de Lüdendorff, officier d'état-major, chef de la section Plan. Le coup de main, "Der Handstreich auf Lüttich", c'est son idée.

La réalisation de ce plan va être un échec. Les derniers forts ne se rendront que les 16 et 17 août et il faudra concentrer 120.000 hommes et un matériel d'artillerie important (500 bouches à feu, dont les fameux 420) pour venir à bout de la résistance opiniâtre de la position fortifiée de Liège.

Quel rôle a joué la Citadelle dans la défense de la place forte ?

Aucun puisque le vieil ouvrage est déclassé depuis 1891. Il sert de caserne pour réservistes non affectés à une unité déterminée et ne possède que six canons de 15 cm (modèle 1889) inutilisables.

Le 12e de Ligne, qui y était caserné depuis le 28 septembre 1911, a quitté la Citadelle dans la nuit du 1er au 2 août 1914 pour défendre les ponts de Visé et d'Argenteau.

Les généraux Von Emmich, commandant du Xe corps d'armée, et Lüdendorff ont installé leurs canons à proximité du château de Fayembois. Le 6 août 1914, dès 7 heures, les pièces ennemies bombardent Liège et tirent sur la Citadelle que les Allemands croient, à tort, QG de la position.

Soudain apparaît un drapeau blanc au sommet de la Citadelle. C'est la joie chez les Allemands. Il est 13 heures. Un parlementaire est délégué auprès du général Leman, accompagné du commandant Jean Simonis, qui a été fait prisonnier avec ses hommes, après la défense héroïque de la Redoute 25, dans l'intervalle Évegnée-Fléron.

Les yeux bandés, le capitaine Harbou, délégué par l'assaillant, se présente à Loncin, pour discuter avec le général Leman des conditions de la reddition. Il s'entend dire que le drapeau blanc n'a pas été hissé sur ordre du commandant de la place et que la résistance continue.

Le drapeau a été arboré sur ordre du colonel Eckstein, commandant de la Citadelle, qui montre, depuis le bombardement de son quartier, des signes d'aliénation mentale et a tenté de se suicider. Il sera d'ailleurs évacué, le soir du 6 août, pour être interné.

La Citadelle subira encore le 7 août à 5 h 30 un bombardement qui provoquera un incendie dans les combles de la caserne 13.

Vers 7 h, une troupe ennemie à pied, dirigée par un général allemand, se présente à l'entrée du quartier et s'en empare sans coup férir. Le général est Lüdendorff. Il se glorifiera, dans ses Souvenirs de Guerre, d'avoir à lui seul conquis la Citadelle et fait prisonniers ses quelque cent occupants.

Parmi les militaires belges présents au quartier le 5 et le 6 août se trouve l'écrivain belge Fr. Martial Lekeux. Il quitte la Citadelle le 6 à l'aube, participe aux combats de Boncelles et de Herstal. Puis commence pour cet officier d'artillerie, Franciscain ayant repris du service, la voie douloureuse de la retraite : Hannut, Anvers, la Hollande, Knokke pour arriver enfin à l'Yser après bien des péripéties qu'il raconte avec beaucoup de réalisme et de sentiment dans son ouvrage Mes Cloîtres dans la Tempête.


Bibliographie

LOMBARD Laurent, Lüdendorff à Liège, Stavelot, éditions Vox Patriae.

LHOEST J.-L. et GEORIS M., Liège Août 1914, Presses de la Cité, 1964.


Date de mise à jour : Mardi 1er Décembre 2015