Tome V - Fascicule 4 - octobre-décembre 1992


Les gaz de combat

Jules LEBEAU


Après la Première Guerre mondiale, une crainte des états-majors est l'utilisation des gaz de combat dans une guerre future. Pour soutenir cette affirmation, il suffit de constater les travaux réalisés dans les fortifications permanentes, afin que les occupants soient à l'abri des effets funestes de l'arme chimique.

Le principe général de protection dans ce cas est de capter de l'air le moins contaminé possible, de le filtrer et de l'envoyer à l'état pur dans les locaux hébergeant le personnel, avec une légère pression et un débit suffisant (pour quelques centaines d'hommes dans les fortifications importantes). Cette technique est toujours d'actualité, mais avec des moyens plus perfectionnés.


I. Origine des gaz de guerre ou de combat

La recette d'une bombe asphyxiante est déjà donnée dans un manuscrit d'origine allemande de 1483.

C'est le 22 avril 1915, à Langemark, que les Allemands commencent à utiliser des produits suffocants, en nappes d'abord, puis par projectiles. Il s'agissait de vagues de chlore dont les effets se faisaient sentir sur 3 km.

Cet emploi des gaz s'est fait au mépris absolu des lois de la guerre et en opposition flagrante avec les Actes de La Haye (contresignés par les Allemands en 1899) (1).

(1) La première conférence de La Haye a été réunie sur initiative du tsar Nicolas II, du 18 mai au 21 juillet 1899. Cette conférence adopta trois déclarations :
     1° interdiction des bombardements aériens ;
     2° interdiction des gaz asphyxiants ;
     3° interdiction des balles explosives.

Prise au dépourvu, la France, afin de pouvoir lutter à armes égales, institua au plus vite un service chimique de guerre et fut vite en mesure de répondre à ses adversaires, malgré la pénurie de ressources industrielles du moment.


II. Généralités

Les gaz de combats sont des produits qui, émis dans l'atmosphère sous la forme gazeuse, liquide ou solide, peuvent provoquer des effets toxiques sur l'organisme.

Les gaz ou vapeurs formés par ces produits sont plus lourds que l'air, collent au sol et s'infiltrent dans toutes les anfractuosités du terrain.

En particules solides, ces produits tombent très lentement sur le sol.

Classification

1. On classe souvent les gaz de combat suivant leurs effets physiologiques.

Les principaux produits sont :

- le phosgène : combinaison de chlore et d'oxyde de carbone; c'est un gaz suffocant à la température ordinaire ;

- la chloropicrine : composé nitré de chlorure de chaux ; est émise sous forme de gouttelettes dont les vapeurs sont suffocantes et lacrymogènes ;

- la chloracétophénone : produit solide dont les vapeurs sont lacrymogènes ;

- la déphénylaminechlorarsine (DM) : émise dans l'atmosphère sous forme de particules solides qui ont un effet sternutatoire ;

- la lewisite : liquide huileux vésicant préparé par action de l'acétylène sur le trichlorure d'arsenic ;

- l'ypérite (2) : à base de sulfure d'éthyle dichloré.

(2) L'ypérite a été employée pour la première fois par les Allemands sous forme d'obus toxiques à Ypres en juillet 1917 (d'où son nom). En raison de son odeur, l'ypérite est souvent appelée gaz moutarde.

Ces deux derniers produits sont émis sous forme de gouttelettes sur le sol.

Les symptômes sont tardifs et surviennent plusieurs heures, même jusqu'à 48 heures après l'exposition dans l'atmosphère infectée.

Tels sont les gaz de combat repris avant 1940 dans le manuel de protection contre les produits toxiques de l'armée belge.

2. Suivant leur emploi tactique, ces produits sont classés comme suit :

- fugaces (qui disparaissent rapidement) : phosgène, DM ;

- persistants immédiats : chloropicrine, chloracétophénone ;

- persistants retardés : lewisite, ypérite.

3. Les produits se caractérisent en général par l'odeur :

- le phosgène a l'odeur du terreau pourri ;

- l'ypérite, celle de la moutarde, d'ail ou d'oignon ;

- la lewisite, celle du géranium.

On doit admettre comme suspect tout nuage de vapeur ou de particules solides et tout liquide, lancés par l'ennemi.

À la moindre alerte, au moindre indice, le devoir du chef est de faire placer par ses subordonnés l'appareil filtrant et il lui appartient de décider quand il doit être enlevé. La mise correcte du masque en temps opportun est une question de vie ou de mort pour le soldat.

Vis-à-vis d'un personnel instruit et soigneux de son matériel, les effets des gaz sont restreints ; par contre, ils sont graves lorsque le personnel est négligent ou insuffisamment instruit.


III. Mode d'emploi des produits toxiques

Les produits peuvent être employés, purs ou mélangés,

- en vagues,

- en chargement de projectiles,

- en chargement de bombes pour projectors,

- en grenades,

- en bombes ou récipients transportés par avions.

1. La vague est émise par une batterie de bonbonnes ou par des chandelles à fumées toxiques. Les premières contiennent le toxique à l'état liquide ; les secondes le produisent par la combustion de poudre sans fumée dont les gaz entraînent les particules des corps toxiques qu'elles contiennent. Pour ce genre d'émission, on peut utiliser en bonbonnes : le chlore ou le phosgène mélangé au chlore ; en chandelles : la DM ou la chloracétophénone.

L'efficacité d'une vague émise par bonbonnes peut s'étendre jusqu'à 20 km de la ligne d'émission. L'efficacité des chandelles ne dépasse pas 5 km.

La hauteur des vagues est d'environ 10 m.

Les conditions météorologiques de ces émissions sont :

a) vent de 3 à 5 mètres par seconde,

b) temps sec (la pluie détruit les vapeurs).

La nuit, l'aube ou le crépuscule sont les moments propices pour ce genre d'émission.

2. Les projectiles d'artillerie sont chargés en fugaces, persistants immédiats ou retardés et sternutatoires.

- Au moment de l'explosion, le projectile fugace forme un nuage de 16 m³ pour l'obus de 75 mm et de 1000 m³ pour le 155 mm. Suivant l'intensité du vent, il parcourt 50 à 100 m avant de se dissiper. La limite de vent pour l'emploi de ce genre de projectile est de 3 m par seconde.

- Pour les obus à persistants immédiats, une grande partie du chargement se répand en gouttelettes sur le sol en infectant une zone de 5 m² (obus de 75 mm) ou de 50 m² (obus de 155 mm). La durée d'efficacité varie avec le produit. Pour la chtoropicrine, elle est de 6 heures. La limite de vent s'élève pour ces produits à 6 m par seconde.

- Les produits persistants retardés se répandent presque entièrement au moment de l'explosion, en gouttelettes, sur des zones de 20 m² pour l'obus de 75 mm et de 200 m² pour le 155 mm. Il n'y a pas de limite de vent pour l'emploi de ces projectiles. La durée d'efficacité peut atteindre 15 jours.

- Les projectiles chargés avec produits sternutatoires sont comparables aux fugaces : formation d'un nuage de particules solides, efficacité immédiate et de très courte durée.

- Les "projectors", lance-bombes simplifiés, s'emploient par batteries tirant simultanément sur une même zone des bombes chargées de produits fugaces (par exemple, phosgène). La portée des projectors peut atteindre 5 km. La nappe toxique formée produit des effets toxiques jusqu'à 3000 m des points de chute. Les conditions de vent sont comprises entre 1 et 3 m par seconde.

- On peut utiliser les grenades à main et à fusil, chargées de produits suffocants, lacrymogènes et sternutatoires. Elles forment des nuages de faibles dimensions ou recouvrent de gouttelettes de petites parties de terrain.

- L'avion peut être utilisé pour le transport de produits toxiques, soit en bombes, soit dans des réservoirs que l'on vide par des dispositifs particuliers. Les produits ainsi lancés sont des fugaces (en bombes de 200 à 300 kg) ou des persistants retardés (en bombes de 50 kg environ). Le nuage formé par les bombes à produits fugaces peut atteindre 40 m de haut. On admet que 10 grammes d'ypérite suffisent pour infecter 1 m² de terrain.


IV. Protection contre les produits toxiques

La protection, qui comporte l'ensemble des moyens réduisant ou annihilant les effets des produits toxiques, comprend :

1. la protection individuelle par les matériels protégeant soit les voies respiratoires, soit les autres parties du corps.

2. la protection collective comportant les dispositions tactiques et les mesures techniques à prendre pour protéger les combattants, les animaux, le matériel.

Protection individuelle

Elle est réalisée par :

- les appareils filtrants purifiant l'air inspiré en retenant les produits toxiques (masque à gaz),

- les appareils isolants créant une atmosphère isolée de l'air extérieur,

- les vêtements spéciaux protégeant contre le pouvoir vésicant de certains produits.

Il est indispensable d'avoir constamment sur soi son appareil de protection individuelle quand on se trouve dans une région exposée à subir les attaques par gaz. Pendant le sommeil, il faut l'avoir à proximité immédiate et être certain de pouvoir le saisir instantanément, même en cas de réveil brusque dans l'obscurité. Cet appareil doit être entretenu avec autant de soin que les armes.

L'appareil filtrant en usage en 1940 est le modèle 29-31. Il se compose d'un couvre face en caoutchouc (3 tailles), d'un tube chenille (65 cm de long) et d'une boîte filtrante, contenus dans une besace. Il protège durant de nombreuses heures dans les conditions ordinaires du champ de bataille.

Les appareils isolants et les vêtements spéciaux sont destinés à certaines unités qui peuvent être chargées de missions particulières (décontamination).

Protection collective

Les dispositions tactiques relèvent du commandement.

Les dispositions techniques de protection collective consistent dans :

- l'utilisation de signaux d'alerte pour avertir de l'arrivée ou de la présence de gaz,

- l'aménagement de locaux pouvant servir d'abris contre les gaz,

- la protection des aliments et des animaux,

- la désinfection du terrain et des objets souillés par les gaz.

Certaines de ces mesures ne sont applicables que sur un front stabilisé.

Signaux d'alerte

Les moyens à appliquer pour alerter sont :

les signaux acoustiques (avertisseur - clairon - cloche),

les signaux optiques (fusée),

le téléphone.

Les règles d'emploi des divers signaux sont fixées par le commandement.

Abris

Les abris sont organisés en abris étanches ou en abris avec régénérateur d'air s'ils doivent être occupés par une garnison importante pendant plusieurs heures.

Pour l'organisation d'un abri étanche, il faut choisir un terrain approprié, réduire les ouvertures et les entrées au minimum, organiser des sas et préparer des tampons pour boucher les fissures. Ces dispositions n'empêchent jamais parfaitement l'entrée des gaz, qu'il faut traiter à l'aide de pulvérisateurs contenant une solution neutralisante (solution Solvay au carbonate de soude - 1½ litre pour 10 litres d'eau ou la solution au foie de soufre) (3).

(3) Foie de soufre : les anciens chimistes donnaient le nom de "foie" à diverses substances qui, toutes, renfermaient du soufre. Le foie de soufre est un polysulfure de potassium, qui résulte de la fusion du carbonate de potassium et du soufre en vase clos. Il sert à la préparation de bains, lotions, pommades, utilisées dans les affections cutanées et comme parasiticide.

Ces neutralisants n'ont aucune action sur l'ypérite et les arsines (sternutatoires).

Pour l'organisation d'un abri avec régénérateur d'air, il faut :

1. de nombreuses prises d'air camouflées et placées autant que possible en des points élevés,

2. un ventilateur,

3. un filtre pour l'épuration de l'air puisé à l'extérieur.

Ce dispositif crée à l'intérieur de l'abri une légère surpression empêchant l'entrée d'air infecté par les fissures et les issues.

Remarque

Les forts modernes (Eben-Emael, Battice, etc.) ont plusieurs prises d'air tandis que les forts réarmés n'en possèdent qu'une (4).

(4) Voir article de Francis TIRTIAT, Les tours d'air des forts réarmés des positions fortifiées de Liège et de Namur, dans le Bulletin du CLHAM, tome III, fascicule 8, de décembre 1987.

Désinfection du terrain et du matériel

Le terrain et le matériel infectés par des produits autres que l'ypérite ne nécessitent aucune mesure spéciale de désinfection. Les abris infectés par ces produits sont assainis par l'aération ou les feux.

Aliments

Les vivres de réserve sont protégés par leur enveloppe métallique étanche. Les autres vivres, l'eau, les boissons, le tabac, qui ont séjourné dans une atmosphère toxique ne peuvent être utilisés.

Pour les soins de propreté, l'eau peut être désinfectée par l'extrait de Javel du commerce (6 à 7 cm³ par litre d'eau) (5).

(5) On appelle verdunisation le procédé de purification de l'eau par addition de chlore à très faible dose. Ce procédé d'assainissement des eaux a été inventé par l'ingénieur français Philippe Bunau-Varilla, directeur du service des eaux à l'armée de Verdun pendant la Première Guerre mondiale.

Animaux

Les animaux peuvent être protégés par des dispositifs basés sur la neutralisation chimique (masque pour chevaux et chiens, housse pour paniers à pigeons). Un moyen de fortune consiste, pour le cheval, à lui coiffer les naseaux d'une musette doublée contenant, entre la doublure et la musette, du foin imprégné d'une solution neutralisante.


V. La protection contre l'ypérite

Avant 1940, l'ypérite est supposée être le produit toxique qui serait le plus employé sur les champs de bataille.

Le combattant dispose de peu de moyens de protection contre le pouvoir vésicant (qui fait naître des ampoules sur la peau) de ce produit ; il doit donc en connaître les caractères généraux et les particularités pour pouvoir s'écarter des endroits infectés par ce gaz.

Le danger de l'ypérite subsiste tant que son odeur est perceptible, si faible soit-elle. Cette odeur est souvent masquée par celle d'autres produits lancés en même temps qu'elle.

L'atmosphère infectée par l'ypérite est d'autant plus nocive que la température est plus élevée ; on doit donc redoubler de précautions quand le soleil luit et surtout au lever du jour, après un bombardement de nuit.

La contamination du corps par le liquide ou ses vapeurs est immédiate mais n'est pas douloureuse au moment même ; les effets sont retardés parfois assez longuement (12, 24 et même 48 heures). L'infection latente peut être reportée par contact, généralement par les mains, sur les autres parties du corps. Les voies respiratoires, les yeux, les parties sexuelles, l'anus sont très sensibles à l'ypérite.

Soins immédiats aux ypérités

Tout homme atteint par l'ypérite doit être isolé et dirigé sans retard sur le poste de secours. Si celui-ci est éloigné, il y a lieu de procéder sur place à une première désinfection si on dispose des moyens indiqués ci-après.

Pour désinfecter une partie du corps touchée par l'ypérite liquide, notamment les mains, y appliquer, dans les 3 minutes, une bouillie épaisse au chlorure de chaux que l'on laisse pendant quelques minutes ; laver ensuite à l'eau puis savonner. Pour les parties du corps où la peau est plus fine, savonner seulement car le chlorure de chaux est irritant.

À défaut de chlorure de chaux, se savonner, si possible à chaud ; à défaut de savon, se laver abondamment avec de l'eau pure, de préférence chaude.

Pour les yeux, employer de l'eau pure, qu'ils soient atteints par le liquide ou par la vapeur de l'ypérite.

Les vêtements souillés par le liquide doivent être changés le plus tôt possible.

Désinfection des matériaux et du matériel ypérités

La désinfection du terrain, des abris, du matériel souillés par l'ypérite se fait en principe au chlorure de chaux par les équipes de désinfection des unités.

Il faut 14 kg de chaux pour neutraliser l'ypérite contenue dans un projectile de 75 mm et 35 kg pour un projectile de 155 mm.

a) Les abris et le terrain sont désinfectés au chlorure de chaux solide ou au moyen de la bouillie au chlorure de chaux (3 volumes de chlorure pour un volume d'eau).

b) Pour désinfecter le matériel :

1. Enlever les souillures apparentes avec un chiffon.

2. Saupoudrer au chlorure de chaux ou plonger l'objet dans la bouillie pendant 2 heures.

La désinfection du terrain, des abris et du matériel traités comme ci-dessus peut être considérée comme achevée après 3 heures.


VI. Personnel "Z"

Dans chaque compagnie, 2 ou 3 gradés ou hommes sont choisis pour remplir les fonctions d'éclaireurs "Z". Ils reçoivent une instruction spéciale.

Équipes de désinfections

Les équipes de désinfection sont chargées de désinfecter le matériel et le terrain souillés par des produits tels que l'ypérite qui, pendant un temps plus ou moins long, rendent dangereux le contact du matériel ou le passage sur le terrain. En principe, il est organisé une équipe de désinfection par bataillon d'infanterie.


VII. Conclusion

Cet exposé scolastique est nécessaire pour comprendre les dangers des gaz de combat de l'époque, et permet de se faire une idée de ce que devait connaître un gradé, ainsi que les raisons pour lesquelles une grande quantité de chlorure de chaux était stockée dans les fortifications permanentes.


VIII. Historique

La prohibition de l'emploi des gaz asphyxiants à la guerre a été renouvelée par le protocole de Genève du 17 juin 1925.

Cette interdiction n'empêcha cependant pas l'emploi de gaz moutarde par les Italiens lors de la guerre d'Éthiopie en 1935-1936.

Durant la Deuxième Guerre mondiale, l'emploi de gaz de combat n'a pas eu lieu. Cependant cette hypothèse ne fut pas exclue.

Dans une lettre du Premier Ministre anglais, adressée au Ministre des Fabrications aériennes en date du 22 décembre 1940, nous relevons :

"Je suis troublé de voir, dans les rapports que m'envoie le Ministre de la Production, que les délivrances à la Royal Air Force de bombes et de récipients chargés en gaz ont diminué très sensiblement au cours du dernier mois.

"Le total, pour les 4 semaines qui vont du 11 novembre au 9 décembre, se répartit ainsi :

Bombes de 30 livres

Bombes de 250 livres

Récipients de 250 livres

Récipients de 500 livres

Récipients de 1000 livres

Néant

18

Néant

25

9


Cette lettre stipule encore :

"II est, néanmoins d'une importance capitale que nous puissions disposer d'un approvisionnement aussi vaste que possible pour être en mesure de riposter sans délai, le cas échéant" (6).

(6) Winston S. CHURCHILL, Mémoires sur la Deuxième Guerre mondiale, tome II, page 389.

Il est indéniable que chaque adversaire possédait des gaz de combat prêts à être utilisés et que la lutte contre les effets physiologiques des gaz de combat a conduit à la découverte par les Anglais du BAL (British Anti Lewisite) en 1941, efficace contre les arsines,  employé depuis dans la lutte contre le cancer.

Du côté russe, la crainte de l'emploi des gaz existait également ; c'est ainsi que la Grande-Bretagne leur livra, entre octobre 1941 et le 30 juin 1942, un million et demi de masques à gaz.

Si la Deuxième Guerre mondiale n'a heureusement pas connu l'emploi des gaz sur le terrain, de nouveaux produits ont cependant été inventés et fabriqués.

Lors du procès de Nuremberg, à la question de savoir pourquoi les gaz de combat n'avaient pas été employés, le maréchal Keitel déclara que cette éventualité avait été envisagée lors du débarquement allié en Normandie, mais, par peur des représailles, cette arme ne fut pas utilisée. À cette époque, les transports dans les villes bombardées s'effectuaient en majorité par traction chevaline et il n'existait pas de protection pour équiper les chevaux, d'où la crainte de perturbations dans l'industrie déjà fortement réduite par les bombardements.

Et les Belges ?

Dans un tableau reprenant les munitions afférentes aux bouches à feu de l'armée belge, nous trouvons :

a) pour le canon de 75 mm T.R. (tir rapide) : obus toxique n° 5, peint en vert avec couronne blanche au renflement et à ceinture de forcement type français ;

b) pour le canon de 75 mm G.P. (grande portée) : obus toxique n° 5, marquage idem ;

c) pour le canon de 155 Schneider modèle 17 : obus toxique n° 5, marquage idem ;

d) pour le canon de 155 L.S. 17 (Long Schneider modèle 17) : obus toxique n° 5, marquage idem.

Les obus toxiques n° 5 sont chargés de toxiques violents mais fugaces. Les produits contenus dans ces obus sont très volatils. Ils se vaporisent entièrement au moment de l'explosion du projectile en formant un nuage susceptible de donner des effets mortels, mais qui perd plus ou moins rapidement son efficacité en se diluant dans l'air environnant.

Des questions se posent :

1. Quelles étaient les unités équipées de ce matériel ?

2. Qui pouvait donner l'ordre de les employer ?

3. Que sont devenues ces munitions et où étaient-elles entreposées ?

L'auteur de cet article continue ses recherches et compte trouver les réponses à ces questions.

Si par hasard, vous découvrez un de ces engins avec des traces de couleur verte, ainsi que tout autre obus d'ailleurs, avertissez les autorités compétentes. Surtout ne vous improvisez pas démineur.

C'est un conseil d'ami !


Date de mise à jour : Lundi 30 Novembre 2015