Tome V - Fascicule 4 - octobre-décembre 1992


La citadelle de Liège

Félix BRAIVE


Parmi nos membres, un bon nombre ont certainement séjourné dans ce bâtiment militaire dénommé Citadelle ou, tout au moins, l'ont visité avant sa démolition récente. Car elle a eu moins de chance que son vis-à-vis, la Chartreuse, qui garde encore un espoir de rester debout.

Mais peut-être l'histoire de cette fortification n'est-elle pas tellement connue ?

L'endroit, qui surplombe magnifiquement la ville de Liège, était un endroit rêvé pour y établir un emplacement militaire qui tiendrait la turbulente cité en respect.

En 1255, le prince-évêque Henri de Gueldre fit ériger une puissante redoute à la porte Sainte-Walburge, à la colère des Liégeois. Ceux-ci attaquèrent à plusieurs reprises la fortification avec des fortunes diverses.

C'est ainsi que, lors du sac de la ville par les troupes bourguignonnes de Charles le Téméraire, en 1468, les 600 Franchimontois y attaquèrent celles-ci à proximité ; mais ils ne purent empêcher la destruction de la Cité.

Durant deux siècles, il n'y eut plus d'exploit guerrier dans les environs de la porte Sainte-Walburge. Mais, malgré sa politique de neutralité, la principauté subissait le choc des belligérants par suite de la proximité de l'Empire, de la France et des Pays-Bas.

En 1650, le prince-évêque Maximilien-Henri de Bavière fit édifier un vaste pentagone fortement protégé. Cependant, en 1675, les Français en guerre firent sauter la construction. En 1684, sous le prince-évêque précité, les travaux de construction furent repris ; cette citadelle devait subir ultérieurement maints assauts de belligérants, toujours les mêmes.

Au début du  XVIIIe siècle, des traités de paix décidèrent que les redoutes installées du côté de la campagne seraient démolies. Ainsi diminuée, la fortification perdit son intérêt stratégique sans perdre son aspect militaire. Les alentours devinrent un jardin du gouverneur où les citadins aimaient se promener.

En 1789, la population, voulant imiter les révolutionnaires français, envahit et pilla la Citadelle. Elle fut de nouveau occupée par les régiments qui investirent le pays.

Après la chute de l'empire de Napoléon, le pays de Liège fut incorporé aux Pays-Bas, qui voulurent dresser contre la France un solide rempart.

La reconstruction de la Citadelle fut décidée et commencée en 1817.

Le duc de Wellington dirigeait ces travaux. L'ensemble fortifié qui subsista jusque récemment fut réalisé "à la Vauban". Il comprenait également un pentagone avec casernes, cinq bastions fortifiés, parapets, chemins couverts, fossés, contre-escarpes et glacis. Sur le linteau de la porte d'entrée, une inscription : Excetsus Animus Nec Minis - Nic Illata VI Commovetur.

Survint la révolution belge de 1830. La garnison hollandaise du fort, coupée de sa base, dut capituler, à l'allégresse des Liégeois : coups de canons, sonneries de cloches, vivats de la population enthousiaste.

Ce fut le deuxième bataillon du premier régiment de la Belgique indépendante qui occupa en premier l'édifice militaire.

En 1891, un arrêté royal déclassait la Citadelle en tant que fortification. Il fallait entourer Liège d'une ceinture de forts modernes conçue par le général Brialmont.

Le 12e de Ligne était caserné là-bas lorsque, en 1914, ce fut la violation de notre neutralité. Les fantassins prirent part à la défense de Liège avec un courage qui valut au régiment sa première citation. Ensuite ce fut le long repli derrière l'Yser, où le vaillant 12e décrocha cinq autres citations.

Durant la guerre 1914-1918, la Citadelle servit de logement aux troupes du Kaiser, de camp d'internement et d'hôpital pour les soldats alliés. Le jour de l'Armistice, des centaines de soldats malades abandonnés misérablement furent délivrés avec soulagement.

Le 12e de Ligne vint reprendre ses quartiers en 1921. Et ce fut, durant vingt années, la vie de garnison faite d'exercices, de corvées et de permissions. Puis, de nouveau, ce fut le départ pour une nouvelle guerre.

Au cours de cinq tragiques années, la Citadelle allait connaître une double destination de caserne et de prison. Caserne pour les Feldgraus, centre d'entraînement pour les gardes wallonnes et prison pour les patriotes.

Le bloc 24 restera à jamais glorieux ; aménagé en prison, de nombreux résistants y furent incarcérés, dont beaucoup pour être déportés vers les camps de mort, d'autres pour être fusillés dans cet enclos situé au nord-ouest du vieux fort. Il y reste la trace de ce sacrifice. Quatre cent douze tombes entourent maintenant la parcelle de terrain réservée pour conserver la trace d'un ardent héroïsme. Les cinq poteaux tragiques sont restés à leur emplacement. Avec un autel de pierre où se célèbre chaque fois une messe commémorative, c'est tout ce qui reste de la Citadelle.


Date de mise à jour : Lundi 30 Novembre 2015