Tome V - Fascicule 2 - avril-juin 1992


La pompe à haute pression, arme secrète allemande V3 (2)

Willy O. H. FRESON


Renseignements trouvés dans divers rapports concernant la HDP (Hochdruckpumpe)


Caractéristiques

(Tirées du rapport n° 3689/44 du 17.11.44 du major von Vangerow suite à la présentation de l'engin à Misdroy, le 14.11.44)

"L'engin ressemble à une conduite de pression d'hydrocentrale ; un long tuyau, reposant sur une pente raide, entrecoupé à certains endroits par des croisillons ressemblant à des raccordements, devant recevoir des charges additionnelles".

Tube : longueur 45 m ; diamètre extérieur 25 cm ; épaisseur de la paroi 5 cm ; diamètre intérieur 15 cm.

D'après les photos, on constate que le collier de raccordement est percé de 18 trous pour boutons de fixation.

Nombre de croisillons : 12.

Mise en batterie : de 3 à 4 heures.

Vitesse de tir : de 2 à 3 coups, maximum, par heure.

Dispersion : non encore mesurée, mais évaluée à 5.

La différence V° est de 40 m/seconde.

Projectile : sous-calibré, stabilisé sur sa trajectoire par des ailettes ; poids 7 à 9 kg de charge explosive ; produit l'effet de deux obus d'obusier lourd de campagne de 150 mm Mod. 1918.

Poids de la charge propulsive : 120 kg.

Affût : construit d'une manière fixe, sur une pente d'au moins 30 m de longueur, de 30° d'inclinaison. Le tube peut toutefois être décalé d'environ 1° en direction.

Temps de travail pour sa construction : environ 14 jours de travail pour une section de l'O.T.

La bouche du tube doit dépasser la pente sur laquelle l'affût a été construit, sinon des tourbillons de vent se produiraient, qui pourraient influencer la trajectoire.

Recul : absorbé par une plate-forme.

Emploi et mise en action de l'engin

Le tube n'ayant qu'une vie de 300 coups, cet engin ne peut donc être employé que pour battre un seul objectif.

Suite à la vitesse de tir, il faudra trois tubes, à une batterie, pour pouvoir exécuter un tir d'efficacité de deux journées.

Comme on ne construit que deux engins par mois, un groupe d'artillerie ne pourra engager que neuf buts avant que l'ensemble des engins ne soit épuisé. Le renouvellement complet de cette dotation ne serait réalisé qu'après quatre mois et demi.

Vu la dispersion, la surface d'un objectif devrait, au moins, être de 1 km en largeur sur 5 à 6 km en profondeur.

Une fois l'engin en batterie, il ne peut battre que des objectifs se trouvant dans la ligne initiale.

La portée est obtenue par le dosage des charges propulsives additionnelles.

Étant donné que le démontage, puis le remontage, demanderaient plusieurs jours, l'engin ne peut venir en ligne de compte pour effectuer des tirs de harcèlement.

Les charges, propulsive et explosive, n'ont aucun rapport entre elles.

L'effet du projectile ne vaut pas la dépense consentie pour l'engin.

L'Obergruppenführer Kammler est pourtant d'avis que l'engin doit, malgré tout, être immédiatement mis en action sur le front, car c'est le seul moyen de se rendre compte si l'engin est utilisable ou non.


Normes décidées après la présentation du 14.11.44.

Après cette présentation, des conversations eurent lieu entre l'Office de l'Armement/Groupe Artillerie (Wa. A. Ag. Art), le Bureau Général de l'Artillerie et l'Industrie de Guerre. Les normes suivantes furent décidées :

a) Matériaux et travaux nécessaires pour la construction d'un engin

400 jours de travail (40 hommes pendant 10 jours),

150 à 200 m3 de terrassement,

environ 10 m3 de bois,

3 à 10 tonnes d'acier.

b) Emplacement

Un terrain en pente d'une longueur de 30 à 50 m, dont l'inclinaison doit être de 30°, ou mieux encore 34°.

Comme ce terrain n'est, probablement, pas facile à trouver et qu'en plus, l'engagement de l'objectif est tributaire de la distance exacte, des troupes de reconnaissance devront être créées le plus tôt possible. Elles devront comprendre des spécialistes en arpentage, particulièrement important. Avec les topographes, ils devront relever immédiatement la direction de tir afin que la mise en batterie soit correctement orientée.

c) Vie du tube

Probablement 300 coups possibles, voire plus ; cela dépendra de la servitude. Jusqu'à présent, un tube était usé après 227 coups.

d) Fabrication

2 engins par mois.

Munitions : 700 coups au 13.01.45,

800 coups supplémentaires au 11.02.45.

e) Cadence de tir

2 à 3 coups, au plus, par heure.

f) Effet du tir

Environ la valeur de 2 obus d'obusier lourd de campagne de 15 cm. En tir de crise, le tube peut être usé en environ une semaine.

g) Dispersion

À 60 km de portée, 3 km en profondeur sur 800 m en direction, d'où des objectifs de 5 km en profondeur sur 1 km en largeur.

h) Tables de tir

Ne seront calculées qu'au début de janvier 1945 ; actuellement, manque de munitions. Seraient malgré tout calculées si l'engin devait être mis en action à bref délai. Il est possible d'obtenir des portées différentes en agissant sur le nombre de charges additionnelles. Pour parer à de petites erreurs et aux influences des conditions du moment (direction et force du vent, température, etc.), on exige que le tube, malgré ta construction rigide de l'engin, puisse être déplacé de 1°, en plus et en moins, en direction.

Tirs de guerre effectués en opérations, avec des LRK

Suite à des messages échangés entre l'Obergruppenführer Kammler et le Commandement Supérieur Ouest (Ob. West), il ressort qu'une batterie de deux tubes était en position, prête à l'action, pour le 15.12.44. Kammler voulait que la Div. z. b. V. (abréviation non identifiée) commence immédiatement les tirs.

La batterie était en position à Ruwer, près de Trèves et l'objectif était la ville de Luxembourg. K. voulait intervenir à tout prix dans les combats. L'ordre de tir fut reporté de quelques jours afin de ne pas mettre les propres troupes en danger.

Le 28.12.44, à 12 h 15 , K. envoyait un message urgent : "Ouverture du feu, des deux LRK, sur l'objectif prévu, probablement le 30.12.44. - Demande savoir immédiatement si des raisons tactiques existent encore, pouvant imposer des réserves concernant l'ouverture du feu ?"

L'Ob. West répondit : "Actuellement, il n'existe aucune raison tactique".

On ne possède aucun document officiel mais on sait que le bombardement de la ville de Luxembourg a bien eu lieu, ainsi d'ailleurs que celui de la ville d?Anvers, par une autre batterie.


La troupe

La mise sur pied et l'instruction de la troupe a eu lieu en Allemagne, sur un terrain d'exercice. Elles étaient entre les mains d'un colonel de l'Office d'Armement, qui devint chef de corps du régiment ainsi formé. L'effectif s'élevait de 800 à 1000 hommes (d'autres sources donnent 1200).

Dès le début, cette troupe participa aux essais de tir à Misdroy ; elle était opérationnelle au moment de la mise en action de l'engin sur le front.


"Unternehmen Wiese" (Opération Prairie)

Au début de l'année 1944, le Heereswaffenamt (Office de l'Armement de la Force Terrestre) donnait l'ordre d'entamer la construction d'une position de tir unique en son genre.

Emplacement

Village de Mimoyecques, près de Rixent, à l'ouest du Pas-de-Calais.

Destination

Prévue pour la mise en batterie d'armes de représailles n° 3 (Hochdruckpumpe - HDP - V3).

Description

Construite sous une colline de craie.

1. À 100 m de profondeur, une grande galerie de 100 m de longueur sur le fond de laquelle devaient reposer les culasses et les systèmes de freinage de recul des pièces.

2. Cinq galeries obliques, à inclinaison de 50°, partant de la galerie de 100 m et aboutissant à la surface de la colline.

Elles devaient contenir, chacune, 5 tubes superposés de 142 m de longueur (25 tubes au total) à 96 croisillons. La direction exacte de ces galeries obliques était ordonnée de ta façon suivante :

Les 5 tubes placés dans la galerie oblique du centre étaient exactement pointés sur le London Tower Bridge.

Les 5 tubes des galeries se trouvant immédiatement à gauche et à droite des tubes du centre étaient pointés, respectivement, plus à gauche et plus à droite du Tower Bridge. Les tubes des galeries extérieures étaient encore plus écartés, le tout formant un éventail.

Les endroits où les bouches des canons sortaient de terre étaient renforcés au moyen de fortes plaques en béton armé ; seules 5 fois 5 rangées de trous de 15 cm de diamètre étaient visibles à la surface de la coltine. Cette dernière fut conservée, le plus possible, dans son état naturel.

3. Une galerie horizontale creusée à 30 m de profondeur, dite "Galerie des 30 mètres", traversant la colline d'est en ouest, et devant abriter le régiment au complet, avec ses 5 batteries. Cette galerie était si large qu'en plus d'une route carrossable pour les camions, on put construire une ligne de chemin de fer à deux voies. Elle s'évasait, en son centre, en forme de dôme ; à cet endroit, on construisit les baraques pour les bureaux et la troupe, ainsi que des dépôts pour les munitions et les pièces de rechange.

Les deux problèmes principaux de cette construction étaient :

a) une aération suffisante, surtout pendant les tirs,

b) les infiltrations de la nappe aquifère.

Le premier problème semblait relativement facile à résoudre ; le deuxième donna de grosses difficultés. Des infiltrations continuelles se faisant jour dans la galerie inférieure, des pompes à eau devaient fonctionner sans interruption. À cet égard, l'emplacement choisi était très défavorable.

Dès que la position, qui ne possédait pas de FLAK, fut attaquée par l'aviation ennemie, on s'aperçut très vite que la résolution de la question de l'aération, prévue au début, devenait un critère de l'opération tout entière. Les petits canaux d'aération de la surface en furent les premières victimes. Ils furent ensevelis plus tôt que prévu.

Notons qu'une bombe "Tallboy" de 5 tonnes détruisit une des galeries obliques en éclatant, en plein dedans, à une quarantaine de mètres de profondeur.


Conclusions

Pas un seul coup n'a été tiré de cette position, qui tomba aux mains des Alliés ; ceux-ci la visitèrent, la mesurèrent, puis la firent sauter.

La construction était si stable que seules les plaques de béton armé, qui protégeaient les bouches des canons et les entrées de la galerie de trente mètres furent démolies.

Le terrain sur lequel la position a été construite appartient actuellement à la famille Wasseur qui l'a, en partie, remis à la culture. Un ancien soldat allemand, qui avait connu cette famille pendant la guerre, lui a donné l'idée de déblayer les éboulis et de transformer l'ancienne position en musée.

Ci-après, l'adresse de ce musée

Forteresse de Mimoyecques,

F 62250 Landrethun de Nord

Notons encore qu'à une trentaine de kilomètres de là, on peut visiter les restes d'une position de V2, à Éperlecques.


Sources

Waffenrevue, Nr 70 et Nr 73.

Remarques : les rapports repris dans les Waffenrevue ne font pas mention des plaques qui font l'objet de l'article de Monsieur Richely dans le Bulletin, Tome IV, fasc. 11 de septembre 1991. D'autre part, selon ces rapports, cinq puits étaient prévus à Mimoyecques.


Date de mise à jour : Jeudi 26 Novembre 2015