Tome V - Fascicule 2 - avril-juin 1992


Quelques considérations sur l'historique des combats du 2e Grenadiers les 10 et 11 mai 1940

Lt Col BEM Y. DERAYMAEKER


La lecture de l'historique du 2e Grenadiers les 10 et 11 mai 1940 ainsi que celle de l'ouvrage de J.-L. Lhoest "Les paras allemands au Canal Albert" m'ont inspiré un certain nombre de réflexions que je me permets de vous livrer :


1. À propos du choix de l'endroit

La partie du front où les Allemands ont porté leur "Schwerpunkt" était idéalement choisie : le saillant de Maastricht n'était-il pas en effet la seule zone où la Meuse échappait au contrôle des Belges et où la ligne principale de défense, s'appuyant sur le canal Albert, était pratiquement au contact de la frontière néerlandaise, ne donnant de ce fait aucun recul à nos avant-postes ?

Il en allait tout autrement au nord de cette zone, où les défenseurs contrôlaient les deux lignes d'obstacles, de même que plus au sud, où les quelques dizaines de kilomètres séparant la frontière belgo-allemande du canal ou de la Meuse permettaient l'exécution d'une manoeuvre retardatrice : dans les deux cas, une percée rapide était difficilement réalisable par l'assaillant.

À noter également ici que les excellentes réactions néerlandaises (tirs de DCA contre les convois de planeurs, destruction des ponts de Maastricht) ne furent pas exploitées comme elles auraient pu l'être, suite au manque de coordination entre Belges et Néerlandais, bien illustré lorsque se posa le problème du recueil d'une compagnie néerlandaise devant les positions du 2 Gr. Que n'avons-nous souffert en 1940 de l'inexistence d'une défense intégrée telle que celle que nous connaissons aujourd'hui grâce à l'OTAN et bientôt peut-être grâce à l'UEO ? Celle-ci aurait permis par exemple à des troupes de couverture belges de se porter dès le premier coup de feu sur la Meuse à Maastricht, donnant ainsi à nos troupes en ligne sur le canal un répit précieux.


2. À propos de l'alerte

On n'insistera jamais assez sur l'importance du service rendu aux Alliés par le colonel Hans Oster, cet opposant allemand appartenant à l'Abwehr, qui parvint à prévenir de l'imminence de l'attaque le major Sas, attaché militaire néerlandais à Berlin. Celui-ci en informa aussitôt son collègue belge, le colonel Georges Goethals, qui en avisa Bruxelles par deux fois dans la soirée du 9 mai (avertissement à 19 h, confirmation à 21 h 30).

De ce fait, l'ennemi ne put bénéficier le 10 mai que d'une surprise technique (planeurs, charges creuses), à défaut d'avoir pu obtenir la surprise tactique.

Sans Oster, pas de mise en alerte des troupes belges et néerlandaises, avec des conséquences plus catastrophiques encore à l'aube du 10 mai : positions sur le canal occupées par les seuls détachements de sûreté, sautage des ponts de Maastricht et de Canne sans doute inopérant !

Comme le signale fort judicieusement Lhoest dans son ouvrage précité, sans ces destructions, c'est 24 heures plus tôt encore que des blindés allemands auraient fait irruption sur nos arrières, compromettant notre repli sur KW et rendant impossible le coup d'arrêt donné par la 1ère Armée française à Gembloux, voire même peut-être le rembarquement franco-britannique de Dunkerque.


3. À propos de la prise des ponts de Vroenhoven et de Veldwezelt

Il est navrant de constater l'absence de mise à feu électrique sur ces deux ouvrages : l'alerte ayant été donnée, il est probable que ceux-ci auraient sauté s'ils avaient pu être mis à feu électriquement : pas question pour le Gefreiter Stenzet d'arracher la mèche déjà allumée à Vroenhoven ; et, à Veldwezelt, il est vraisemblable que le caporal Cornée, des Cyclistes Frontière, aurait pu exécuter la mise à feu avant l'irruption des parachutistes allemands.

Dans son ouvrage "Guerre totale, guerre révolutionnaire", le professeur Bernard précise que les mises à feu électriques avaient été supprimées sur ces ouvrages du fait qu'ils ne disposaient pas de détachements de mise à feu du Génie. Terrible décision pour des ouvrages collés, comme on l'a vu plus haut, à la frontière néerlandaise...


En conclusion, il me semble que nous avons malgré tout bénéficié le 10 mai de deux avantages de taille : la mise en alerte, qui a permis à nos troupes d'occuper leurs positions de combat à temps, et le sautage réussi des ponts sur la Meuse à Maastricht, qui a bloqué les panzers pendant 24 heures.

Par son héroïsme et sa ténacité, le 2 Gr a su tirer le meilleur parti de ce double atout.


Date de mise à jour : Jeudi 26 Novembre 2015