Tome V - Fascicule 2 - avril-juin 1992


Les abris de la position fortifiée de Liège en mai 1940 (2)

Franck VERNIER


Chapitre 3 - La position fortifiée de Liège 2


A. Introduction

En 1927, la Commission d'Études du Système Fortificatif du Pays proposa, vu l'importance stratégique de la région liégeoise et l'expérience des combats d'août 1914, la création d'une organisation défensive et permanente établie en profondeur. Il fallait donner à toute ligne défensive la plus grande profondeur possible afin d'éviter une rupture brusque en un point.

Cette organisation défensive devra comporter deux lignes :

- la première épousera, sur la rive droite, la ligne des forts Brialmont. La ligne défensive passera derrière le fort d'Embourg pour englober le village de Boncelles et le Val Saint-Lambert entre l'Ourthe et la Meuse. Comme ce tracé présente certains défauts, il est décidé de le corriger en créant des positions permanentes de défense constituées d'abris à Micheroux et à Magnée. Cette première position permanente de défense, ou ligne défensive, sera constituée par des abris pour mitrailleuses avec, comme ossature, les forts Brialmont reconditionnés de la rive droite.

- la seconde ligne de défense constituera une tête de pont sur ta rive droite de la Meuse, de Jupille à Chênée, composée d'une série d'abris de mitrailleuses assurant la continuité des feux. Nous verrons dans le chapitre suivant comment cette ligne d'abris de mitrailleuses sera transformée en une série d'abris contre-irruption.

Nous avons vu dans le chapitre précédent, qu'en 1931, on décida la construction d'une ligne défensive, 8 km en avant des forts Brialmont, qui deviendra la PFL 1.

La ligne défensive construite au niveau des forts Brialmont deviendra la PFL 2, tandis que la tête de pont sur la rive droite de la Meuse formera la PFL 3.

La construction de ta PFL 2 actuelle débuta en 1934. La majorité (environ 50 abris) des 62 abris sera terminée en juillet 1935. Cependant certains d'entre eux, à savoir BM 6, BM 7, devant être construits à proximité de la Meuse, à Cheratte, il fallait attendre la rectification du cours de la Meuse. De la sorte, BM 7 ne sera jamais construit, les travaux pour rectifier le cours du fleuve n'étant pas terminés en 1940.

Fin 1937, début 1938, on procède à l'étude de la transformation des abris avec cloche d'infanterie en postes d'observation de fort. Les projets les plus fous seront étudiés, tel la construction d'un abri au-dessus de la belle-fleur du charbonnage de Cheratte, devant servir d'observatoire extérieur sous abri au profit du fort de Barchon.

"L'aménagement de la belle-fleur par deux abris de coin, installés à la partie inférieure de l'étage et disposant de mâchicoulis pour le lancement de grenades, semble possible à construire... Le poids de chaque abri est estimé à 175 tonnes, total 350 tonnes. On ne peut surcharger de 350 tonnes une charpente calculée pour supporter 100 tonnes..." (Dossiers QGT, 1957, CDH à Evere). Ces deux abris ne seront jamais construits et on comprend aisément pourquoi.

Finalement, on procédera à la construction de quelques abris d'observation comme EC 1 bis et FE 2 sur le terril du charbonnage de La Lonnette. Les autres sont les anciens postes d'observation d'infanterie transformés ou parfois même un abri amélioré.


B. L?abri type PFL 2

Ce modèle standard diffère totalement des types d'abris standards de la position avancée et de la PFL 1 étudiés précédemment. Beaucoup plus gros que les deux premiers standards, il possède deux embrasures pour mitrailleuses ou FM dont les axes de tirs sont parallèles afin d'augmenter la puissance de feu dans un secteur donné. Il a la forme d'un carré de 7 m de côté dont un angle a été tronqué. Il comporte 3 chambres de tir :

- les deux premières possèdent un bac en béton rempli d'argile dans lequel les soldats des intervalles viennent placer la mitrailleuse 08/15 sur son affût de campagne. Elle était en effet amenée par les troupes de campagne, l'abri étant inoccupé en temps de paix, contrairement aux observatoires des forts. L'entretien de l'abri était effectué par les soldats des forts.

- la troisième chambre de tir, beaucoup plus petite que les deux autres, défend le sas d'entrée grâce à une embrasure pour un fusil ou FM et à une goulotte lance-grenades. La sortie de secours, placée sur la même face que l'entrée, était fermée à l'aide d'un mur de briques, un léger recouvrement de ciment la camouflant. En cas de problème, il suffisait de sortir les deux rangées de poutrelles de leurs rainures et de défoncer le mur de briques avec la crosse du fusil. Cette face était, de plus, défendue par une goulotte lance-grenades.


Abri standard PFL 2


À l'intérieur des deux chambres de tir principales, on peut encore voir des étagères, des crochets et la tablette devant supporter la machine à garnir les bandes de tissus pour les cartouches de mitrailleuse. Une porte à persiennes et une porte-grille fermaient l'accès à l'abri, tandis que les deux embrasures étaient camouflées extérieurement par deux volets basculant verticalement afin de dissimuler aux yeux indiscrets le type d'armement.


C. Les observatoires de PFL 2

Fin 1937, on décida de créer des observatoires sous abris dépendant des forts de la 2e ligne (PFL 2). Quoi de plus normal que de réutiliser les 13 abris avec cloches utilisés comme observatoires d'infanterie. D'autres abris seront cependant construits, tels EC 1 bis, sur le Trixhay à Chaudfontaine, et FE 2 sur le terril du charbonnage de La Lonnette situé à Retinne.

Comme en PFL 1, certains PO d'infanterie subiront diverses modifications dont les plus importantes seront :

- la suppression des deux bacs à argile,

- le murage d'une des deux embrasures principales, la chambre de tir devenant alors le local de détente,

- le placement dans l'autre chambre de tir d'un affût Chardome moins encombrant et plus performant que les bacs à argile,

- l'installation d'un ventilateur dans le local de détente.

Tous ces travaux se feront dans le cadre de la transformation des abris observatoires d'infanterie de toute la PFL, c'est-à-dire qu'aux PO de PFL 1 et PFL 2 il faudra ajouter 2 autres abris de la PFL 4 : PL 13 et PL 19.

Les 13 observatoires ont tous une cloche de type guet ou FM (FB 2, FB 3, BE 5, BE 8, EC 1 bis, CF 4, Mg 1, Mg 4, FE 5, EB 2, BM 3, AC 1) sauf l'abri de La Lonnette qui, situé au sommet du terril, devait recevoir une cloche d'observation totalement différente : une cabine blindée d'origine allemande et d'un poids approximatif de 2 tonnes. Son placement ne devait se faire que pendant la mobilisation.

Les 13 observatoires seront occupés le 10 mai 1940.

Leur action durant la campagne sera négligeable sauf EC 1 bis et AC 1 qui firent plus que leur devoir.

Garnison de EC 1 bis : MDL Bodson, Brig Pirson, Sdt Vannieuwenhuysen, Sdt Brevers.


Les forts de PFL 2 et leurs PO

Fort de Boncelles



Fort d'Embourg


Fort de Chaudfontaine


Fort de Fléron


Fort d'Évegnée


Fort de Barchon

FB 2, avec cloche FM (n'existe plus),

FB 3, toujours visible, sans cloche de guet,

BE 5, toujours visible, sans cloche de guet.

BE 8, toujours visible, sans cloche de guet,

EC 1 bis, avec cloche FM (n'existe plus).

CF 4, toujours visible, sans cloche de guet,

Mg 1, toujours visible, sans cloche FM.

Mg 4, toujours visible, sans cloche FM,

FE 2, La Lonnette (n'existe plus).

FE 5, toujours visible, sans cloche de guet.

EB 2, avec cloche FM (n'existe plus).

BM 3, toujours visible, sans cloche de guet,

AC 1, avec cloche FM (n'existe plus).



BE 5 Observatoire du fort de Boncelles. 1. Sas - 2. Chambre de tir avec affût Chardome - 3. Local de détente - 4. Puits de la cloche de guet - 5. Sortie de secours.



D. La PFL 2 et ses 62 abris

En octobre 1939, on projette la construction d'autres abris pour compléter la PFL 2 et lui donner ainsi de la profondeur (un deuxième échelon). Cette seconde ligne sera située en retrait. On prévoit 37 casemates pour canons de 47 mm et pour mitrailleuses. En mai 1940, 8 abris sont construits : CF 4 ter, CF 5 ter. CF 10 ter, FE 2 ter, FE 3 ter, EB 2 ter, EB 3 ter et BM 2 ter.

Ces abris, dont les deux chambres de tir sont pourvues d'un affût Chardome, possèdent des murs protecteurs contre un tir direct de l'ennemi. Ils ne tirent en effet qu'en flanquement, c'est-à-dire sur le flanc de l'attaquant. D'une construction plus tardive, ils présentent une nette évolution au niveau de la conception par rapport à l'abri type de PFL 2.


FE 3 ter. 1. Sas - 2. Chambres de tir avec affût Chardome - 3. Sortie de secours.


À partir de 1936, un réseau antichar est construit devant toute la position. La première méthode fut le champ de rails formé de 5 rangées de rails sortant alternativement de 80 cm à 1,20 m. Le premier champ de rails fut planté entre les forts de Barchon et d'Évegnée et prolongé jusqu'à la Bure de Soxcluse, soit une dizaine de kilomètres.

Dans chaque rangée, les rails émergent alternativement de 80 cm et 1 m 20

Des brèches pratiquées dans l'obstacle à la traversée des routes devaient être bouchées au moment opportun par des éléments Cointet fixés aux rails par de forts câbles d'acier. Dans la suite, l'obstacle Cointet fut préféré au champ de rails et la défense antichar fut achevée complètement à t'aide de barrières Cointet. Le flanquement de ce réseau antichar était assuré par les abris de la PFL 2.


Les secteurs de la PFL 2

- Secteur FB (Flémalle-Boncelles)

4 abris : 2 observatoires de fort, FB 2 (à 2 locaux et cloche FM) et FB 3 (à 2 locaux et cloche de guet) au profit du fort de Boncelles ; 1 abri observatoire d'infanterie, FB 1, à une cloche FM et 1 abri à 1 étage, FB 2 bis, pour 2 mitrailleuses ou FM.

Le fort de Flémalle ne possédait pas d'observatoire extérieur sous abri.

- Secteur BE (Boncelles-Embourg)

10 abris dont 2 observatoires de fort, BE 5 (à 2 locaux et cloche de guet, dépendant du fort de Boncelles) et BE 8 (à 2 niveaux et cloche de guet, dépendant du fort d'Embourg).

- Secteur EC (Embourg-Chaudfontaine)

5 abris : 1 abri standard PFL 2, EC 1 ; 1 observatoire du fort d'Embourg, EC 1 bis ; 1 abri contre irruption, EC 2 (grosse casemate armée d'un canon antichar de 47 mm et d'une mitrailleuse située le long de la route Chaudfontaine-Liège) ; 1 abri type PFL 1, EC 3 ; 1 abri de bombardement passif, EC 4, dépendant du fort de Chaudfontaine, qui servit d'abri à l'équipe Mi CA du fort.

- Secteur CF (Chaudfontaine-Fléron)

12 abris : 1 observatoire, CF 4, à 4 locaux et cloche de guet, dépendant du fort de Chaudfontaine ; 3 abris de 2e ligne, CF 4 ter, CF 5 ter et CF 10 ter ; 2 abris d'observation pour infanterie, CF 6 et CF 8 avec cloche de guet (les deux cloches ont été enlevées) et 6 abris type PFL 2.

- Secteur PA Mg (position avancée de Magnée)

4 abris dont 2 observatoires, Mg 1 à 2 locaux et cloche FM, dépendant du fort de Chaudfontaine et Mg 4 à 2 locaux et cloche FM, dépendant du fort de Fléron et 2 abris type de la PFL 2.

- Secteur PA M1 (position Avancée de Micheroux)

3 abris Mi 1, Mi 2 et Mi 3.

- Secteur FE (Fléron-Évegnée)

8 abris dont 2 de 2e ligne FE 2 ter, FE 3 ter et 2 observatoires FE 2 (sur te terril de La Lonnette et dépendant du fort de Fléron) et FE 5 (à 3 locaux et cloche de guet, dépendant du fort d'Évegnée).

- Secteur EB (Évegnée-Barchon)

8 abris, dont 1 observatoire, EB 2 (avec cloche FM, dépendant du fort d'Évegnée) et 2 abris de 2e ligne EB 2 ter et EB 3 ter.

- Secteur BM (Barchon-Meuse)

8 abris, dont 2 observatoires BM 3 (à 2 locaux et cloche de guet, dépendant du fort de Barchon) et AC 1 (à 2 locaux et cloche FM, dépendant du fort de Barchon), 1 abri contre-irruption avec canon de 47 mm, mitrailleuse, FM et phare, BM 6. 1 abri de 2e ligne, BM 2 ter.


Chapitre 4 - La position fortifiée de Liège 3


A. Les abris contre-irruption et les postes permanents

Dans le chapitre précédent, nous avons expliqué l'origine de la PFL 2 et de la PFL 3. Rappelons qu'en 1927, la Commission d'Étude du Système Fortificatif du Pays a proposé la création d'une position défensive constituée de deux lignes. La deuxième de ces lignes deviendra plus tard la PFL 3.

Celle-ci, le 10 mai 1940, se compose de 3 têtes de pont. La première, construite très tôt, est constituée d'abris contre-irruption (IR) dont la mission est d'empêcher, par le feu de leurs armes, le passage d'une colonne motorisée ennemie entrant par surprise dans Liège (réédition du 6 août 1914).

Cette tête de pont forme un arc de cercle de Jupille à Renory, via Chênée et Colonster, en s'appuyant sur la Meuse. Elle se compose de 9 abris de type fort (abri contre-irruption), IR 5, IR 6, IR 7, IR 8. IR 9, IR 10, IR 12, IR 13, PP 13 A1, et de 6 abris légers pour canons de campagne de 47 mm (poste permanent), PP 5 A. PP 8 A, PP 9 A, PP 9 B, PP 11 A et PP 13 A2. Ils sont occupés en permanence par les troupes occupant le secteur défensif.

Ensuite la tête de pont d'Argenteau est constituée de 10 abris Ag 1 à Ag 10 dont 2 abris contre-irruption Ag 1 et Ag 7.

Enfin, la tête de pont de Visé est formée de 17 abris de Vi 1 à Vi 15, plus Vi 6 bis et Vi 7 bis, dont 4 abris contre-irruption, Vi 2, Vi 6, Vi 7 et Vi 11.

Il existait aussi deux abris contre-irruption construits en PFL 2, EC 2 et BM 6, ainsi que 2 casemates contre-irruption en PFL 1, les casemates Vesdre et Mont.

Les abris de la première tête de pont défendaient les itinéraires routiers principaux que l'ennemi aurait dû emprunter en cas d'attaque surprise. Chaque abri contre l'irruption, du type fort (résistant au tir prolongé d'obus de 150 mm et à quelques coups de 220 mm) est armé d'un canon de 47 mm sur affût de casemate pour agir contre les véhicules, d'une mitrailleuse pour agir contre l'infanterie, d'un projecteur électrique et éventuellement d'une cloche (IR 5). Ces abris sont tous pourvus d'un ventilateur à main pour renouveler l'air dans les chambres de tir lorsque les armes fonctionnent. Ils sont électrifiés ; raccordés au réseau civil, ils possèdent un système d'accumulateurs rechargeables qui alimentent en courant le phare lorsque la ligne aérienne électrique est détruite. Ils sont aussi raccordés au réseau téléphonique militaire enterré pour signaler aux autorités supérieures toute tentative d'attaque surprise.

Les 3 premiers abris IR sont situés à Jupille.

Le premier, IR 5, était situé sur le côté droit de la rue de Visé, juste avant le carrefour de la rue de la Forêt, au garage Paisse V.A.G. Il gardait donc deux routes, celle de Visé à Liège et celle de Barchon à Jupille par Rabozée (Bois des Houtpais). Il était le seul IR à posséder une cloche d'observation. Malheureusement, l'abri a dû faire place à une station essence.

Le deuxième, IR 6, garde la route de Bellaire à Jupille. On peut encore le voir de nos jours. Il est situé rue du Couvent à Jupille, entre les maisons n° 34 et 36.

Le troisième et dernier abri IR de la commune de Jupille, IR 7, garde la route de Beyne-Heusay à Jupille, entre les maisons n° 7 et 9 de la rue de Beyne.

IR 8 était situé au kilomètre 5.600 de la grand-route d'Aix-la-Chapelle à Liège, sur la commune de Beyne-Heusay. À son emplacement, dans le virage, se trouve actuellement une station service ESSO.

Deux abris IR ont été construits à Chênée. Le premier gardait la route de Vaux-Chênée sur la rive droite de la Vesdre ; IR 9 se trouve sur le côté gauche de la rue Béchuron, entre les maisons n° 11 et 15. Le second, IR 10, tenait sous ses feux la route Chaudfontaine-Liège par la rive gauche de la Vesdre. On peut encore le voir, il est situé dans le jardin de la maison n° 126 du quai Henri Borguet.

Un abri contre l'irruption gardait la route de Tilff à Liège sur la rive gauche de l'Ourthe. IR 12 est situé près de la borne kilométrique K 3 de la rue de Tilff. L'abri, ouvert, possède encore de très belles inscriptions intérieures (faire attention pour parquer la voiture).

Les deux derniers abris contre l'irruption sont situés à Renory. IR 13 et PP 13 A1 gardaient la route d'Ougrée à Liège. Le premier, situé le long du chemin de fer de la station de Renory est démoli. PP 13 A1 était construit dans le pilier du pont-rail enjambant la Meuse à Renory. Ce PP 13 A1 avait la structure d'un abri contre-irruption mais il reçut le nom d'un poste permanent. Nous le considérerons arbitrairement comme étant un abri contre l'irruption. Bien que le pilier du pont existe toujours, il semblerait que l'abri ait été comblé, après la guerre, afin d'augmenter la résistance du pont lors du passage de trains de plus en plus importants.

L'armement principal des abris IR est le canon antichar de 47 mm monté sur affût de casemate. Celui-ci peut être décrit comme étant un petit chariot sur lequel on a fixé le canon. Ce chariot se déplace sur deux rails scellés dans le sol. Un dispositif de volets intérieurs coulissant dans des cornières verticales en forme de U augmente encore la protection des artilleurs.

En avant de ces abris, des obstructions furent réalisées au moyen de câbles d'acier tendus en travers de la route, remplacés ultérieurement par un barrage formé de barrières Cointet.

C'est pourquoi on peut encore voir de nos jours, en avant de certains IR : IR 5, IR 10, IR 12, par exempte, 2 séries de bornes scellées dans le sol.

Il existe 3 types de bornes, une pour attacher des câbles d'acier tendus en travers de la route, d'où son nom de borne à câbles, une autre ressemblant à un seau renversé et destiné à accrocher les barrières Cointet, d'où son nom de borne C ou Cointet. Enfin un modèle hybride ; celui-ci pouvait remplir les fonctions des deux bornes précédentes (exemple à IR 10).

Grâce à ces obstructions, l'abri IR tenait sous le feu de ses armes les véhicules ennemis immobilisés.

L'abri type IR est un gros bloc le plus souvent camouflé en une inoffensive maison des faubourgs liégeois. Il possède deux niveaux :

- au rez-de-chaussée, se trouve la chambre de tir pour le canon de 47 mm, le sas avec la porte d'entrée,

- au premier étage, la chambre de tir pour la mitrailleuse et le phare électrique afin d'éclairer l'obstruction.

Il existe cependant des exceptions :

- IR 13 possédait deux canons de 47 mm,

- IR 8 n'avait pas d'étage,

- IR 5 avait une cloche,

- IR 12 avait deux mitrailleuses en plus,

- PP 13 A1 se trouvait sur la culée d'un pont-rail et possédait un canon de 47 mm sur affût de campagne.



Aux 9 abris contre l'irruption, il faut ajouter 6 abris légers construits 2 ou 3 ans plus tard : PP 5 A, PP 8 A, PP 9 A et 9 B, PP 11 A, PP 13 A2.

Ils sont occupés en permanence et appelés pour cette raison postes permanents. Construits pour être occupés par une équipe de soldats chargés d'intervenir rapidement en un point du front où l'ennemi aurait brusquement attaqué, l'armement principal était constitué par un canon antichar de 47 mm monté sur son affût de campagne, pouvant être utilisé aussi bien dans l'abri qu'à l'extérieur, et d'un phare électrique similaire au modèle équipant les abris IR, éclairant l'axe routier dont le canon antichar défendait l'accès.

L'abri, relié au réseau électrique civil et au réseau téléphonique militaire enterré, comportait 3 pièces principales : la chambre pour le canon de 47 mm à l'extrémité droite ; au centre, la pièce de repos pour l'équipe ; à gauche, le garage prévu pour la chenillette Utility.


PP 9A. 1. Local de garde - 2. Local du canon de 47 mm - 3. Local du phare - 4. Garage de l'Utility - 5. Réserves - 6. Local du bac inodore.


La chenillette Utility était le tracteur d'artillerie du canon antichar de 47 mm. Ce blindé, d'origine anglaise, était construit en Belgique sous licence anglaise. Deux versions existaient : le modèle "cavalerie", équipé de deux sièges à l'arrière et le modèle "infanterie" équipé du seul siège du conducteur à l'avant. De nos jours, on peut encore voir un tracteur Utility type "cavalerie" au Tank Muséum, au Musée royal de l'Armée à Bruxelles. On peut aussi y voir un T 13 (char belge de 1940), des canons de 47 mm, une tourelle APX-B (identique à celles équipant les deux abris de Remouchamps).

Bien que défendant un accès secondaire, mais que l'ennemi aurait pu utiliser pour éviter les abris IR, l'équipe du poste permanent devait pouvoir se déplacer rapidement : en sortant le canon tracté par la chenillette de l'abri, il allait défendre le secteur menacé.

Construit à côté de IR 13, PP 13 A2 était le corps de garde de cet abri contre irruption.

Les six postes permanents sont :

- PP 5 A à Jupille,

- PP 8 A situé à Jupille,

- PP 9 A et PP 9 B situés à Chênée (Piedrous),

- PP 11 A à l'entrée de la gare de Chênée,

- PP 13 A2 à Renory.

Pour la localisation de ces PP, reportez-vous aux plans.

Le PP 11 A ne possédait pas d'embrasure pour son canon de 47 mm car il ne défendait pas un accès secondaire. Sa mission était de tenir sous ses feux les deux routes passant en-dessous du pont de chemin de fer de Chênée. Pour ce faire, deux phares fixés sur le tablier du pont éclairaient les routes que l'équipe d'intervention du poste permanent surveillait. En cas d'alerte, l'équipe sortait le canon de l'abri pour le mettre en batterie face à l'une ou l'autre route.

Remarquons que la plupart des postes permanents étaient construits dans le voisinage immédiat de leur IR correspondant :

- PP 5 A et IR 5,

- PP 8 A et IR 8.

- PP A et PP 9 B et IR 9

Camouflage

Les postes permanents et les IR étaient admirablement camouflés (Dossiers QGT 1957. CDH à Evere).

PP 5 A : la peinture de l'abri lui donne l'aspect de la maison de l'éclusier (situé au pont barrage de l'île Monsin), une fausse fenêtre peinte sur la face nord et une sur la face est.

IR 5 : les fausses fenêtres sont peintes avec carreaux noirs et châssis bruns; une fausse porte brune a été peinte en remplacement de la fausse fenêtre sur la face nord.

PP 9 A et 9 B : les peintures sont réalisées afin de leur donner l'aspect d'un bungalow en maçonnerie de briques.

IR 12 : l'abri a été repeint dans un ton plus foncé pour lui donner l'aspect du bois voisin.


B. Les têtes de pont de Visé et d?Argenteau

Leur construction fut décidée afin d'empêcher l'ennemi d'occuper, par une attaque brusquée et avant leur destruction, les ponts d'Argenteau et de Visé.

1. La tête de pont de Visé

Celle-ci se compose de 17 abris dont 4 contre l'irruption. Les travaux débutèrent mi-1934 pour être terminés le 22 août 1935. (Dossiers GDG, boîte 20, colis 26, CDH à Evere).

La tête de pont décrit un arc de cercle. Les 4 axes de pénétration principaux sont défendus par des abris contre l'irruption (Vi 2, Vi 6, Vi 7 et Vi 11), tandis que le reste de la ligne est constitué d'abris légers similaires à ceux de la position avancée, ayant en outre des goulottes lance-grenades dans les parois latérales. Des 4 IR de la tête de pont de Visé, 2 possédaient une cloche (Vi 2 et Vi 11), tandis qu'un seul ne possédait pas d'embrasure pour mitrailleuse (Vi 7).

Comme ces abris contre l'irruption furent construits quelques années après les abris IR de Liège, ils bénéficièrent d'une conception différente et d'améliorations notoires :

- Les abris n'ont qu'un seul niveau ; ils sont beaucoup plus larges, contrairement aux IR de Liège, qui, ayant moins de place à leur disposition, sont construits avec des étages.

- Les abris de ces deux têtes de pont possédaient des affûts FRC pour mitrailleuse ou FM.

- Mais ils ne sont pas reliés au réseau électrique ; leur phare sera donc un phare type Magondeaux à arc de décharge et alimenté par un mélange gazeux d'oxygène et d'acétylène.

Les deux abris Vi 6 et Vi 7, construits dans la caserne de Visé, sont soutenus dans leur mission par 2 petits abris (Vi 6 bis et Vi 7 bis) disposés 50 m en avant pour empêcher leur contournement.

Les 4 abris contre l'irruption de la tête de pont de Visé interdisent les voies d'accès principales venant de l'est :

- le premier, Vi 2, barre la route de Dalhem à Visé ; il est situé le long de la rue de Dalhem, sur les hauteurs de Visé,

- le deuxième, Vi 6 (qui possède un étage), construit dans l'ancienne caserne de Visé, rue de Mons, surveille la route de Bombaye,

- le troisième, Vi 7, situé de l'autre côté de l'ancienne caserne de Visé, rue de Berneau, tient sous ses feux la route venant de Berneau,

- le dernier, Vi 11, est construit en avant du pont de chemin de fer enjambant la rue de Maastricht. Il gardait la route de Mouland.

Les deux voies ferrées qui aboutissent à Visé, venant de Maastricht et de Montzen, sont tenues sous le feu des abris légers.

Il faut également ajouter que Visé, étant le point final de la PFL 1, celle-ci se termine en se noyant dans la Tête de Pont de Visé.


Vi 7. 1. Sas - 2. Chambre de tir pour le canon de 47 mm - 3. Chambre pour le phare - 4. Ventilateur - 5. Têtes de câbles.


2. La Tête de Pont d'Argenteau

Cette petite tête de pont située à l'est du village de Richelle comporte 8 abris pour mitrailleuses et 2 abris contre l'irruption.

Ag 1 est construit sur le côté droit de la route allant de Saint-Remy à Argenteau, tandis que Ag 7 est situé sur la gauche de la rue de Berneau, en entrant dans le village de Richelle en venant de Dalhem.

Les 8 autres abris du type position avancée, avec goulottes lance-grenades dans les faces latérales, sont disséminés en arc de cercle dans les champs et vergers de Richelle. Ils sont du type identique à ceux de Visé.

Leur mission était de soutenir les abris contre l'irruption, en empêchant les débordements, les infiltrations de l'ennemi. Une fois les mesures d'obstruction prises et les préparatifs de sautage des ponts de Visé et d'Argenteau réalisés, ils devaient être évacués.

Le 10 mai 1940, le 2e régiment Cyclistes-Frontière occupait la rive gauche de la Meuse, de Wandre jusqu'à Lixhe et seuls les abris contre l'irruption des têtes de pont de Visé et d'Argenteau étaient occupés.


(À suivre)


Date de mise à jour : Jeudi 26 Novembre 2015