Tome V - Fascicule 1 - janvier-mars 1992


La construction du fort d'Eben-Emael

Rodolphe LECLERCQ


Suite à une demande de renseignements que lui avait adressée notre Président, Monsieur Rodolphe Leclercq, aujourd'hui décédé, avait répondu ce qui suit.


"J'ai été envoyé comme surveillant de travaux (3 D Gn F) le 16 mars 1934 au fort d?Eben-Emael, et le 16 août 1934, j'ai été appelé comme adjoint technique pour la construction des abris d'intervalle entre Lanaye-Bree-Turnhout sur le canal de jonction Meuse-Escaut et pour les abris le long du canal Albert entre Veldwezelt et Qwaadmechelen, avec résidence à Hasselt, jusqu'en mai 1940.

À mon arrivée à Eben, les travaux étaient déjà bien avancés. C'est ainsi que pendant les six mois que j'y ai passés, j'ai été affecté au bétonnage de galeries dont les terrassements dans le tuffeau étaient déjà exécutés. Ces travaux de construction des galeries ont été exécutés par la firme "Limère frères". En même temps, s'exécutait la construction du gros bâtiment d'entrée et des fossés contournant la partie ouest entre ce bâtiment et la tranchée de Caster. Gros bâtiment et fossés avaient été confiés à l'entrepreneur de Wergifosse.

Vu mon court séjour au fort et dans les galeries par pauses de 12 heures, j'ai eu rarement l'occasion de me trouver dans les bureaux de la D. Gn. F. qui étaient installés sur le massif central et dirigés à cette époque par le lieutenant Mercier.

Il ne m'est donc pas possible de vous donner une idée de la succession, du nom et de l'objet des grandes entreprises déjà exécutées, à l'exception des deux firmes citées ci-avant.

En ce qui concerne le bétonnage des galeries, la fabrication et la mise en oeuvre du béton s'exécutaient sans désemparer, par tronçons et pendant plusieurs jours d'affilée.

La centrale de bétonnage des galeries se trouvait sur le massif central et le béton était descendu par goulottes dans un puits central situé plus ou moins au point de convergence des différentes galeries. Le béton était reçu dans des wagonnets circulant sur rails Decauville vers les chantiers de bétonnage, déversé sur place et remalaxé à la pelle avant mise en oeuvre.

Le coffrage extérieur des parois et voûtes des galeries était le tuffeau lui-même. Le coffrage intérieur était charpenté par des ossatures métalliques en forme de demi lune et reliées entre elles par des voliges en bois. Cette liaison se faisait à partir du radier et au fur et à mesure de l'élévation du béton dans les parois et dans la voûte. Le béton était pelleté dans les parois de part et d'autre puis dans la partie voûtée. Inutile de vous dire que ce béton était damé manuellement et réglementairement c'est-à-dire par autant de dameurs en rapport avec le nombre de m³/heure fourni par la centrale. Les dames étaient rectangulaires, montées sur tige métallique, avec poignée, et d'un poids déterminé. Le damage par vibration était interdit. Les reprises de bétonnage après le week-end devaient être précédées d'un apport de laitance de ciment sur le béton à continuer.

Quant à la composition du béton (pour autant que je m'en rappelle), elle devait être la suivante (par m³ de béton fourni) : 400 litres de pierrailles 20/40 mm, 350 litres de pierrailles 5/20, 300 litres de sable de Rhin 0/5 mm et 450 kg de ciment Portland, le tout amalgamé avec une quantité d'eau déterminée, de façon à donner un produit final mou dont on prélevait au départ des échantillons qui étaient moulés en cubes de 15 x 15 x 15 cm. Ces cubes étaient soumis à des essais de traction et compression après 8 jours et 21 jours de la fabrication. Le contrôle de la fabrication du béton était continu, de même que la mise en oeuvre."


Date de mise à jour : Mercredi 25 Novembre 2015