Tome V - Fascicule 1 - janvier-mars 1992


Les abris de la position fortifiée de Liège en mai 1940 (1)

Franck VERNIER


Note de la rédaction

Dans le Bulletin, tome IV, fasc. 8, Émile Coenen, sous le titre "La position fortifiée de Liège" a livré une étude fouillée sur les abris-observatoires de la PFL 2.

Sous la plume de Franck Vernier, nos lecteurs trouveront dans le présent Bulletin et dans les trois suivants, un travail également très détaillé sur l'ensemble des 418 abris de la PFL. Afin que le lecteur puisse s'orienter dans une matière trop vaste pour qu'il soit possible de la publier en une fois, le sommaire sera reproduit en tête de chaque fraction.


Avant-propos

Lors de vos promenades dans la région de Liège et dans nos belles campagnes, vous avez certainement déjà remarqué de curieux blocs de béton, munis d'une petite entrée et d'une ou deux embrasures. Les enfants de nos régions se souviennent certainement d'avoir passé d'agréables heures de jeux dans ce qu'ils nomment un blockhaus, un fortin, un bunker, un petit fort, ou tout simplement leur camp. Devenus adultes, ils se souviennent plus ou moins de l'emplacement de ce merveilleux jouet qui avait probablement une origine militaire.

Ces abris sont très souvent partiellement enterrés, entourés d'arbres qui les assaillent depuis plus de 50 ans et en camouflent certains presque complètement. De plus, ils font partie du paysage liégeois comme les terrils, les installations de charbonnages ou les collines boisées. Plus personne ne les remarque. On peut passer des dizaines de fois à côté sans les remarquer spécialement, sans se dire que des hommes y sont peut-être morts, ou auraient dû y mourir.

Le présent travail va répondre aux multiples questions que vous vous posez sur ces curieuses petites constructions en béton armé que l'on appelle couramment fortin, blockhaus, abri, casemate.


Sommaire

Avant-propos

Introduction - La PFL, une place forte construite en 1888

Chapitre 1 - La position avancée

A - les abris

B - les postes d'alerte

C - les postes d'examen et les postes fixes

D - le réseau de destructions, d'obstructions et la zone étanche

Chapitre 2 - La position fortifiée de Liège 1

A - introduction : les 179 abris

B - l'abri type PFL 1

C - les observatoires

À paraître ultérieurement

Chapitre 3 - La position fortifiée de Liège 2

A - introduction

B - l'abri type PFL 2

C - les observatoires de PFL 2

D - la PFL 2 et ses 62 abris

Chapitre 4 - La position fortifiée de Liège 3

A - les abris contre-irruptions et les postes permanents

B - les têtes de pont de Visé et d'Argenteau

Chapitre 5 - La position fortifiée de Liège 4

Chapitre 6 - Le réseau téléphonique militaire enterré

Chapitre 7 - La PFL pendant la campagne des 18 jours

A - le IIIe corps d'armée

B - le plan allemand

C - les combats

Annexes

A - Circuit touristique

B - Cahier des charges

C - Document décrivant l'état de la PFL en 1952



Introduction - La PFL, une place forte construite en 1888


Neutre depuis sa création en 1830, l'État belge avait toujours voulu garantir l'intégrité de son territoire. Suite à la défaite française face aux Allemands en 1870, il apparut vite qu'une revanche allait survenir.

L'armée belge serait-elle encore capable, grâce à sa force, de dissuader les belligérants d'entrer en Belgique ?

C'est dans ce contexte que les parlementaires belges votèrent les budgets pour la création de deux positions fortifiées, l'une à Liège, l'autre à Namur.

La réalisation de celles-ci fut laissée au général Brialmont, le "Vauban belge". Son idée était d'entourer les deux villes d'une ceinture de forts qui mettraient celles-ci à l'abri d'un bombardement ennemi.

Les travaux commencèrent simultanément à Liège et à Namur en 1888. Quatre années plus tard, les travaux étaient terminés.

La position fortifiée de Liège se composait de 12 forts en béton simple ceinturant la ville et défendant la vallée de la Meuse. Sur la rive droite du fleuve, les forts de Barchon, d'Évegnée, de Fléron, de Chaudfontaine, d'Embourg et de Boncelles. Sur la rive gauche du fleuve, Pontisse, Liers, Lantin, Loncin, Hollogne et Flémalle. Durant le mois d'août 1914, ces forts et leurs frères de Namur résisteront héroïquement à l'armée allemande.

Pendant les quatre années de guerre, les Allemands occuperont ces forts et y apporteront déjà quelques améliorations. Après leur départ, les forts seront abandonnés pour quelques années.

En 1928, le réarmement de certains d'entre eux est décidé. Les forts de Barchon, d'Évegnée, de Fléron, de Chaudfontaine, d'Embourg, de Boncelles, puis les forts de Pontisse et de Flémalle seront réparés et modernisés afin de remédier aux points faibles apparus durant les combats d'août 1914. Ils seront en outre équipés de canons de récupération.

Au début des années trente, le fort d'Eben-Emael sera construit.

Suivront, dans l'ordre, les forts de Battice, de Tancrémont et d'Aubin-Neufchâteau (la description et l'étude des forts de Liège n'entrent pas dans le cadre de cet ouvrage). Parallèlement, dès 1933, des abris, tels des champignons, pousseront un peu partout pour former des lignes défensives sur la rive droite du fleuve. Un réseau téléphonique militaire enterré sera installé.

Lorsque les Allemands franchiront la frontière le 10 mai 1940 à l'aube, ils rencontreront la position fortifiée de Liège composée de cinq lignes de défense :

- La première ligne de défense ou position fortifiée de Liège 1 (PFL 1) formant un arc de cercle de Comblain-au-Pont jusqu'à Visé en passant par Remouchamps, Becco, Theux, Pepinster, Battice, Neufchâteau, comportait 179 abris et 3 forts.

- La deuxième ligne ou position fortifiée de Liège 2 (PFL 2) s'appuyait sur la ligne des 6 forts de 1888 de la rive droite. Une ligne d'abris était construite entre chaque fort. La PFL 2 était forte de 62 abris et de 6 forts.

- La troisième ligne ou position fortifiée de Liège 3 (PFL 3) était constituée d'une part d'une ligne fortifiée de Jupille à Renory, en passant par Chênée et Colonster, et d'autre part de deux têtes de ponts situées à Visé et à Argenteau. Total de 40 abris.

- La position de défense de la Meuse ou position fortifiée de Liège 4 (PFL 4) se composait d'une série d'abris construits soit derrière la Meuse, soit dans certains ponts, soit sur l'île Monsin, et parfois même derrière le canal Albert. Elle débutait à Flémalle et se terminait à Lixhe. Elle comportait 36 abris et les forts de Flémalle et Pontisse.

- Le réseau téléphonique militaire enterré tissait une vaste toile reliant les forts, certains abris et des centraux téléphoniques entre eux. Il comptait 34 centraux téléphoniques fortifiés (CTF).

- En avant de la position fortifiée de Liège 1, une ligne d'abris constituant la position avancée (PA) peut être incorporée arbitrairement à la PFL. Elle était constituée d'abris autour des villages et hameaux de Beusdael, Hombourg, Henri-Chapelle, Grunhault, Dolhain, Jalhay, Hockai, Malmédy et Stavelot, formant de la sorte des centres fortifiés. De Beusdael à Stavelot, cette PA comportait 65 abris.

Le fort d'Eben-Emael ne faisait plus partie de la PFL le 10 mai 1940. Il dépendait en fait du 1er corps d'armée, bien que sa garnison fit partie du Régiment de Forteresse de Liège (IIIe CA). En conclusion, le 10 mai 1940, la position fortifiée de Liège était constituée de 11 forts et de 418 abris.

Mais qu'est-ce qu'un abri ?

Dans le cadre de la PFL, un abri (fortin ou bunker) est une construction militaire en béton armé se composant d'une ou de plusieurs pièces et dont l'armement est constitué de mitrailleuse(s) et/ou de canon antichar, parfois même équipée de projecteurs électriques. Les armes tirent sur l'assaillant à travers un orifice pratiqué dans le mur que l'on nomme embrasure. La garnison d'un abri varie de 4 hommes pour les plus petits à 20 hommes pour les plus gros. Certains d'entre eux ont un rôle plus passif, tels les centraux téléphoniques.


Chapitre 1 - La position avancée


A - Les abris

Dès 1933, de petits abris poussent tels des champignons à la frontière est de la province de Liège. Ces abris ont pour but de protéger l'exécution des destructions d'ouvrages tels que les ponts routiers, les ponts ferroviaires... prévues sur les axes de pénétration d'un éventuel ennemi venant de l'est et de retarder sa progression dans la mesure du possible.

Ils étaient regroupés autour de certains villages ou hameaux et formaient des centres fortifiés.

Du nord au sud :

Centre de Beusdael : 3 abris

Centre de Hombourg : 14 abris

Centre de Henri-Chapelle : 12 abris

Centre de Grunhault : 3 abris

Centre de Dolhain : 12 abris

Centre de Jalhay : 6 abris

Centre de Hockai : 2 abris

Centre de Malmédy : 6 abris

Centre de Stavelot : 7 abris

Cette position avancée, constituée de groupes d'abris, sera complétée par la construction d'un réseau de postes surveillant la frontière : les postes fixes, postes d'examen et postes d'alerte, et par un réseau de destructions et d'obstructions.

Pendant la mobilisation, de nombreuses positions de campagne constituées de tranchées, de casemates en rondins, d'emplacements pour canons antichars... seront aménagées pour étoffer cette ligne de 65 abris.

Dans une note datant de 1933, le Comité technique des Fortifications décrit ces abris (Archives QGT/1957, carton 342 CDH à Evere) :

"Tous les abris seront conçus pour une mitrailleuse avec 4 servants, gradé compris. Ils seront constitués de façon à donner au maximum la protection contre un coup isolé du canon de 77 mm. Ne comportant ni système de ventilation, ni cloche d'observation, ni projecteur, ils seront de dimensions réduites, ce qui diminuera leur vulnérabilité et leur visibilité. L'idéal serait de pouvoir les dissimuler dans des couverts ou dans des bâtiments. En cas d'impossibilité, ils seraient camouflés. Le but à poursuivre est de les rendre suffisamment invisibles pour que l'ennemi ne puisse les soumettre à tir observé".

En réalité, ces abris mesurent en général 3,20 m sur 3,20 m, hauteur 2,50 m à partir des fondations. Les dimensions de la seule pièce intérieure ou chambre de tir sont de 2,20 m sur 2,20 m, hauteur 1,70 m. Volume : environ 8 m³.

La construction d'un seul de ces abris nécessitait 17 m³ de béton armé. L'épaisseur des murs variait de 40 cm à 60 cm.

L'entrée, placée sur la face la moins exposée au tir de l'ennemi, variait en fonction de l'aspect du terrain et était fermée par une porte en acier galvanisé. Celle-ci présentait un vasistas de 10 cm de côté permettant la vue des abords de l'entrée et sa défense.

Il est à remarquer qu'il n'y avait aucune goulotte lance-grenades, orifice par lequel on glisse les grenades pour les faire exploser à l'extérieur.

L'embrasure, ouverture permettant le tir de la mitrailleuse, pouvait être fermée par un volet métallique extérieur pivotant latéralement. Grâce à un verrou, on pouvait le fermer de l'intérieur. La fermeture de l'extérieur était possible à l'aide d un cadenas.

À l'intérieur de la chambre de combat ou chambre de tir, était scellé l'affût Chardome - du nom de l'officier des Chasseurs ardennais qui développa cet affût. Il se composait d'une circulaire d'appui fixée à deux montants encastrés dans le radier sur laquelle reposait une plaque support qui pivotait autour d un axe fileté scellé au milieu de l'embrasure. Sur la plaque support, les soldats fixaient la mitrailleuse Maxim 08/15 montée sur son affût de campagne, dit affût traîneau en raison de sa forme. Cette mitrailleuse, en dotation dans l'armée belge, provenait d'un stock d'armes récupérées en 1918 suite à la défaite allemande.

Le camouflage des petits abris était réalisé à l'aide de peinture ou d'un parement de briques rouges. Parfois même, une toiture en tuiles les recouvrait. Ils ressemblaient alors souvent à une annexe de ferme. De nos jours, certains ont conservé leurs murs de briques rouges et leur toiture.

En raison de leurs petites dimensions, ces abris de la position avancée, appelés parfois abris Devèze - du nom du ministre de la Défense nationale, partisan de la défense à la frontière et qui ordonna la construction de cette ligne, sont très difficiles à distinguer pour des yeux non avertis.

Comment se présente aujourd'hui un centre fortifié ?

Destiné à être occupé par les soldats Cyclistes Frontière de la compagnie de la caserne de Henri-Chapelle, le centre fortifié de Henri-Chapelle (12 abris) formait un cercle autour du village, bloquant un ennemi venant de l'est, le repli de nos troupes se faisant par la route de Battice. De nos jours, il ne reste plus que 10 abris visibles. On peut les découvrir plus facilement en s'aidant d'une carte IGN 1/25.000 de la région.

Abri A :

Remarquablement camouflé avec un mur de briques rouges et une toiture, il est presque invisible de la route. Il est construit juste derrière une ferme située 100 m en contrebas du côté droit de la route Battice-Aix, en direction de Henri-Chapelle. Pour le voir, il faut prendre le troisième chemin à droite à partir de la borne kilométrique 27 en direction de la ferme.

Abri B :

Construit à l'orée d'un bosquet, sur le côté droit du chemin menant au château de Delden. En partant du centre du village, prendre la rue de Verviers ; le premier chemin à droite mène au château.

Abri C :

En venant de Henri-Chapelle, il est situé dans une prairie en retrait de 100 m à gauche de la route de Verviers, juste après une grosse ferme vendant de l'équipement agricole. Non visible de la route, il n'en reste plus qu'un morceau de béton émergeant du sol.

Abri D :

Il est situé dans une prairie, distant de 100 m du côté droit de la rue des Prés (en venant de Henri-Chapelle) en face de la ferme Selderdrie. Visible de la route.

Abri E :

Non visible de la route car il est situé juste derrière une fermette construite au fond du deuxième chemin sur le côté gauche de la rue des Prés (à partir du carrefour avec la rue Saint-Paul). Camouflé avec un mur de briques rouges, il possédait encore une porte lors de ma dernière visite. Longtemps utilisé comme fumoir, tout l'intérieur est recouvert d'une épaisse couche de suie et de goudron.

Abri F :

Complètement inclus dans une remise d'où on pouvait tirer à travers une fenêtre, il est situé au carrefour de la rue Saint-Paul et de la rue du Château de Ruyff. Non visible de la route, il faut entrer dans la remise pour constater qu'elle cachait un abri habilement camouflé.

Abri H :

On distingue à peine cet abri construit dans le fond du val, au milieu d'une prairie située sur la droite de la route de Hombourg (en venant de Henri-Chapelle), juste avant le carrefour avec la route du cimetière US. Il battait le fond du vallon. L'abri ne possédait aucun camouflage particulier. Il était certainement recouvert d'une peinture pour le rendre moins visible.

Abri I :

Situé à 2 m du bord de la route de Hombourg sur le côté droit, dans le jardin de la maison n° 12. Des aubépines le dissimulent aux regards.

Abri J :

Cet abri presque complètement recouvert de terre est situé dans une prairie sur la gauche de la route vers Hombourg, à 250 m après le carrefour avec la route menant au parc industriel de Henri-Chapelle.

Abri K :

Situé à 2 km du centre du village, il prend en enfilade la route d'Aubel à côté de laquelle il est construit, sur le côté droit en direction d'Aubel. Une petite construction en bois y fut adossée pour abriter des vaches. L'abri est toujours visible.

Abri L :

Il n'existe plus. Il était situé sur le côté droit de la route Henri-Chapelle - Battice, juste avant l'ancienne caserne de Henri-Chapelle.

Abri M :

Il a également disparu. Il était situé derrière une grosse ferme blanche sur le côté droit de la route de Henri-Chapelle à Aubel à 1 km après le carrefour avec la route de Hombourg.


B. Les postes d'alerte

Pour surveiller de très près la frontière ennemie, la Défense nationale organisa un réseau de surveillance composé, d'une part, par des militaires, et d'autre part, par des gendarmes. Le personnel était choisi en fonction de sa connaissance du terrain et dépendait du Service de Surveillance et de Renseignement aux Frontières qui relevait, lui, de la Deuxième Section du Grand Quartier Général.

Les postes d'alerte ou PA et les reconnaissances officiers ou RO dépendaient de l'Armée belge tandis que les postes fixes et postes d'examen dépendaient de la Gendarmerie.

Le poste d'alerte est constitué d'un petit bâtiment construit le long de certaines routes menant en Allemagne et est occupé par un détachement de soldats. Les PA sont de petites constructions en briques rouges munies d'une toiture constituée de plaques ondulées en éternit. Elles comprennent trois pièces : la principale où les soldats dorment et deux annexes servant, d'une part, de réserve à charbon, et d'autre part, de WC (seau hygiénique).

Ces PA étaient occupés en permanence durant la mobilisation par un sergent ou un caporal et quatre soldats dont la mission consistait à signaler la violation du territoire par des troupes ennemies. Pour ce faire, ils disposaient d'un téléphone et d'un poste radio.

Afin d'éviter une destruction des moyens de communication par un tir ennemi direct, le chef d'état-major général annonça, en juillet 1939, le renforcement de certains postes d'alerte trop visibles. C'est ainsi qu'un mur de béton fut construit devant le PA 16 à Tulje, devant le PA 17 à Wolfscheide et devant le PA 21 à Meurisse.

Dans la zone qui nous intéresse, c'est-à-dire celle dépendant du IIIe corps d'armée qui est chargé de la défense de la PFL, on compte 35 postes d'alerte numérotés de 0 à 32, de Visé à Losheimergraben. Il existait aussi des numéros bis tels que PA 25 bis. Les PA de 0 à 11 étaient tenus par les hommes du 2e régiment Cyclistes Frontière ; les PA de 12 à 27 par le 1er régiment Cyclistes Frontière et les 5 derniers dépendaient du 1er régiment de Lanciers.

Le 10 mai 1940, le personnel des postes d'alerte connut des fortunes diverses. Nous reviendrons plus en détail sur ce sujet dans le guide détaillé consacré à la position avancée.


C. Les postes d'examen et les postes fixes

Destinés à compléter le réseau de surveillance constitué par les PA, des postes de surveillance aux frontières occupés par des gendarmes furent créés. Ils étaient classés en deux groupes.

Le premier comprenait les postes d'examen, ou PE, dont la mission consistait à surveiller le trafic frontalier là où le passage était autorisé, comme le contrôle des trains traversant la frontière.

Le deuxième groupe constituait les postes fixes, ou PF, qui surveillaient les passages interdits, les chemins forestiers... et organisaient des rondes de surveillance le long de la frontière.

Le personnel de tous ces postes était constitué de gendarmes et de forces supplétives ou FS (militaires des vieilles classes). Ils logeaient dans des endroits aussi variés que disparates, tels que cabanes, salles de café, hôtels, etc.

Par exemple, la brigade de gendarmerie de Gemmenich avait deux PF : l'un au carrefour de la forge à Sippenaeken, l'autre au tunnel de Botzelaer.

Outre les PA, PE et PF, il existait de petits détachements de militaires sous les ordres d'un officier, chargés de se procurer des renseignements sur l'armée allemande par des contacts directs avec des sentinelles allemandes, en temps de paix, de rechercher d'éventuels agents étrangers, de donner l'alerte en cas de violation du territoire. Il s'agissait des RO ou reconnaissances officiers. L'effectif total de chaque RO était de 13 hommes armés du fusil-mitrailleur en plus de l'équipement individuel et disposant de vélos, deux motos, un side-car et une camionnette...

Par exemple, dans la zone du IIIe corps, citons 4 RO : 3 à l'est de Malmédy, dépendant du 1er Lanciers et une dans le secteur du 1er régiment Cyclistes Frontière. Celle-ci dépendait de la 3e division d'infanterie dont des hommes étaient postés dans la région d'Eynatten.


D. Destructions, obstructions, zone étanche

1. Les destructions

Le 10 mai 1940, lorsque les troupes allemandes envahirent notre province, elles tombèrent nez à nez avec un réseau de destructions/obstructions constitué par une série de destructions de ponts, d'ouvrages d'art, de carrefours..., par une série d'obstructions et par la zone étanche. Il convient de décrire cette organisation (Archives CDH, dossiers destructions, Evere).

Le plan des destructions, tel qu'on le connaît, date de 1936. Il ne subit que de très légères modifications et était basé sur trois grandes catégories de destructions.

- Les destructions du plan initial comportaient des destructions stratégiques sur les voies ferrées et des destructions routières formant un barrage continu s'étendant de Stavelot à Eben-Emael, en passant par Francorchamps, Hockai, Jalhay, Dolhain, Henri-Chapelle, Hombourg et Visé. Elles étaient chargées dès le temps de paix, c'est-à-dire que l'explosif se trouvait déjà dans les fourneaux de mines. Les destructions étaient regroupées, sous la responsabilité d'un officier de garde, selon leur localisation, en différents groupes, tel que HC pour Henri-Chapelle. Dol pour Dolhain, Gi pour Gileppe.

- Les destructions du barrage de doublement. Il formait une seconde ligne de destructions qui devaient être chargées à ta mobilisation. Elles constituaient un barrage continu depuis Argenteau jusqu'à Beaufays en passant par Richelle, Blégny, Barchon, Retinne, Micheroux, Forêt, Trooz, Embourg, Beaufays. Elles devaient être mises à feu par les 1ère et 2e compagnies du 32e bataillon de Génie.

- Les destructions complémentaires à l'intérieur de la PFL, dont l'emplacement était reconnu mais pour lesquelles tout était à faire lors de la mobilisation. Elles avaient été confiées aux 3e, 11e et 23e bataillons de Génie.

2. Les obstructions

Les obstructions étaient de tous types tels que abattis d'arbres, massifs de terre et/ou de pavés, murs maçonnés bétonnés de grande épaisseur. Le but poursuivi était de retarder le déplacement de l'artillerie ennemie pour l'attaque de la position.

Ces obstructions ont été construites durant la mobilisation par les troupes sur le terrain. Elles étaient établies sur tous les axes menant de la frontière allemande et hollandaise vers la position fortifiée de Liège et semblent un peu désuètes.

3. La zone étanche

En 1940, on compléta ce système défensif d'obstructions et de destructions par la création de la zone étanche. Celle-ci n'avait qu'une profondeur de 100 m et constituait un barrage continu et permanent réalisé à l'aide d'abattis, de fossés antichars... Son tracé avait été déterminé pour tirer profit au maximum des obstacles naturels tels que rivières, zone marécageuse à l'ouest de Montjoie.

Dans la région de Raeren, Eynatten, Moresnet, l'absence d'obstacles naturels n'avait permis que l'établissement d'une série d'obstacles discontinus et peu profonds. Il n'avait été possible que d'utiliser la petite rivière dénommée "La Gueule", seul obstacle naturel de la région.

4. Mise en oeuvre des destructions et des obstructions

Le dispositif de mise en oeuvre des destructions et obstructions était réalisé par des Unités Frontière (1er et 2e régiments Cyclistes Frontière, 1er Lanciers, 4e régiment Cyclistes et même le régiment de Forteresse de Liège), barrage de doublement exclu car à cet endroit le dispositif dépendait des bataillons du Génie du corps d'armée (le 23e bataillon) et des divisions d'infanterie (les 2e et 3e) ainsi que par un bataillon du Génie d'Armée (le 32e).

Les ordres de mise à feu étaient normalement donnés par l'EMGA (état-major général de l'armée) par l'intermédiaire de deux centres de renseignements avancés, ou CRA, installés à Fléron et à Trois-Ponts dans la zone du IIIe corps. En cas de menace ennemie directe et certaine sur une destruction, le chef de poste de garde devait en réaliser le sautage dans le but de ne pas la laisser tomber intacte aux mains de l'ennemi. En ce qui concerne les destructions complémentaires, sur les axes de repli par exemple, les ordres étaient donnés par le commandant de la PFL.

La transmission des ordres pouvait se faire de deux manières : soit par un réseau téléphonique militaire enterré permettant de contacter tous les postes de garde ; soit par un réseau de TSF permettant de prévenir les commandants des Unités Frontière auxquels il revenait alors de donner les ordres voulus aux officiers de garde aux groupes de destructions. En cas d'attaque surprise, les mêmes officiers de garde pouvaient être avertis par les postes d'alerte déployés le long de la frontière.

Les chicanes permettant le passage de certaines obstructions pouvaient être fermées sur ordre de l'autorité supérieure ou d'initiative lors du repli des troupes.

5. Résultats obtenus

"Des quelque 250 destructions mises à feu, au plus une dizaine n'ont-elles pas fonctionné ou sauté imparfaitement. Le système des destructions et obstructions a retardé la marche de l'ennemi de 48 heures dans sa traversée de la province vers la Meuse" (rapport du 14 avril 1946 du Lt-Col Colsoulle au Ministre de la Défense nationale. Archives du CDH ? dossiers destructions).

Cependant, en vertu d'instructions de l'EMGA, ces destructions et obstructions furent laissées sans défense. L'artillerie à action lointaine des forts de Liège devait les bombarder régulièrement pour en empêcher la réparation par l'ennemi.

"Le contact avec les troupes belges occupant la Meuse ne fut réalisé que le 11 mai 1940 à partir de midi, par des éléments ennemis qui débordèrent notre système défensif par le nord. Le IIIe corps d'armée a pu décrocher dans la soirée du 11 mai et se replier sans être le moins du monde inquiété par l'ennemi venant de l'est".

On peut se demander si cela est dû uniquement aux destructions. Le plan d'attaque allemand prévoyait le contournement de la PFL.

Quelques exemples de destructions

- Destruction Pb/f1 viaduc de Moresnet : "Chargée et gardée en permanence, la mise à feu a été effectuée par la compagnie Cyclistes Frontière de Hombourg. Le rapport d'un officier belge en civil le 16 août 1940 note : "Seules les piles 14 et 19 étaient minées ; elles ont sauté, entraînant dans leur chute non seulement les travées (13-14) et (19-20) mais aussi les travées 14 à 19, provoquant des dégradations plus ou moins importantes aux piles intermédiaires. Un matériel d'entrepreneur très important, destiné à relever l'ouvrage, est en voie de montage" (rapport du 14 avril 1946 du Lt-Col Colsoulle au Ministre de la Défense nationale. Archives du CDH - dossiers destructions).

- Destruction Em sur la route Liège-Spa en avant du fort d'Embourg. Elle a été réalisée par le fort d'Embourg. La destruction est réussie comme prévu. La réfection de la route a été achevée au début septembre 1940 sous l'autorité allemande.

- Destruction Sou 3 pont-route de Martinrive. La destruction par le 1er Lanciers a réussi comme prévu. L'ouvrage a été ébranlé jusque dans ses fondations. Il n'a pu être rétabli qu'en 1943.


Chapitre 2 - La position fortifiée de Liège 1


A. Introduction

Jusqu'en 1931, les projets de défense de la PFL prévoyaient l'aménagement de trois lignes de défense, l'une constituée d'abris au niveau des forts Brialmont de la rive droite, l'autre d'une ligne d'abris à l'entrée de Liège, formant tête de pont, et enfin une série d'abris sur la rive gauche de la Meuse.

Suite à certaines influences politiques, le 18 avril 1931, la Commission d'étude du système fortificatif modifie ses projets concernant la PFL. Elle décide ainsi la création d'une ligne défensive supplémentaire pour la défense de Liège.

Cette nouvelle ligne sera construite 8 km en avant des forts Brialmont réarmés. Mais le 4 juillet 1932 déjà, pour des raisons d'économies budgétaires, le ministre Crockaert décide de surseoir à toute dépense relative à la construction de cette ligne. Différents projets verront le jour, comme la construction d'une quinzaine de grosses casemates, pour ensuite être modifiés.

C'est ainsi que les premiers vrais travaux pour la majorité des abris commenceront dans la seconde moitié de l'année 1934 pour se terminer fin 1935. En ce qui concerne les forts, les travaux débuteront un peu plus tôt et se termineront plus tard.

Longue de plus de 60 km, forte de 179 abris et de 3 forts (le fort d'Eben-Emael ne fait pas partie de la PFL), cette première ligne fortifiée, ou PFL 1, décrit un arc de cercle depuis Visé jusqu'à Comblain-au-Pont en passant par les villages d'Aubin, Charneux, Battice, Grand-Rechain, Theux, Becco, Sougné-Remouchamps. Son ossature est assurée par les nouveaux forts construits à Aubin-Neufchâteau, Battice et Tancrémont-Pepinster. Trois autres forts (Comblain, Sougné-Remouchamps et Les Waides) ne pourront renforcer cette ligne ; ils ne seront pas construits par manque de crédits.

Les abris, tous conçus pour une mitrailleuse ou un fusil-mitrailleur, sont groupés de façon à former un certain nombre de points d'appui de pelotons placés à des endroits choisis procurant un grand rendement des feux et des vues. Ils sont bétonnés, à une embrasure, et conçus pour résister au tir prolongé du canon de 150 mm.


Tableau reprenant les plantations des abris

D'après un document provenant du CDH à Evere (dossier QGT).

Abri

Chênes

Sureaux

Ampélopsis

Aubépine

Prunelliers

Bouleaux

Genêts

Noisettiers

BV 1

BV 2

BV 3

BV 4

3

5

4

-

2

-

5

6

2

2

2

2

65

185

150

375

-

10

10

-

-

2

2

-

4

4

4

4

4

4

4

4


Vu l'étendue du front et l'aspect du terrain, les abris ne se couvraient pas mutuellement. Cependant, il était prévu que l'infanterie occupe aussi des positions de campagne entre ces abris, de manière à former un front continu. Certains abris, particulièrement bien placés au point de vue de l'observation, sont pourvus d'une cloche métallique pour guetteur avec ou sans FM (fusil-mitrailleur) permettant de battre le terrain avoisinant : ce sont les observatoires d'infanterie.

Bien que la majorité des abris soit terminée fin 1935, on procède à partir de 1937 à la modification des abris observatoires, c'est-à-dire possédant une cloche. De plus, dans le secteur de Comblain-Sougné, 4 abris pour canons antichars (de campagne ou sous tourelle) compléteront la PFL 1 en 1939 : CS 14, CS 24, CS 25 et CS 5 A bis.

Chaque abri est nommé de deux lettres (celles du secteur) suivies d'un nombre. Par exemple, SB 8 est le huitième abri du secteur Sougné-Becco, en partant de Sougné vers Becco. Il existe cependant une exception : l'observatoire MM 305. Le nombre 305 représente ici l'altitude.

La PFL 1 se subdivisera en 7 secteurs :

Secteur CS (Comblain-Sougné)

Ainsi appelé car l'intervalle considéré débutait à Comblain-au-Pont (C) pour se terminer à Sougné (S). Les 31 abris seront construits le long de la rive droite de l'Amblève, parfois un peu en arrière de la rivière, sur les hauteurs.

- 25 abris avec une embrasure,

- 2 abris avec deux embrasures, chacune pour une mitrailleuse ou un FM : CS 21, CS 22,

- 2 abris pour canon antichar (calibre 47 mm) monté sur affût de campagne. Il s'agit du canon antichar en dotation dans l'armée de campagne que l'on entrait dans l'abri par une porte élargie à l'arrière : CS 14, CS 24,

- 2 abris avec une tourelle de char APX-B, encore visibles de nos jours : CS A 5 bis et CS 25. Il s'agit de tourelles de char achetées à la France en 1936. Sur les 25 achetées, 10 seront montées sur le châssis d'un char Renault, les 15 autres seront montées sur des abris (2 dans la PFL et 13 à la Côte belge). Ces tourelles APX-B étaient armées d'un canon anti-char de 47 mm et d'une mitrailleuse Hotchkiss. Une de ces tourelles APX-B est encore visible au Musée de l'Armée à Bruxelles. Ces 3 abris, CS 24 pour canon 47 mm, CS A 5 bis et CS 25 avec tourelle, seront les derniers construits sur la PFL 1.

Secteur SB (Sougné-Becco)

Ces 19 abris, construits sur les hauteurs de Hautregard-La Reid-Becco faisaient la jonction entre le secteur défensif le long de l'Amblève et l'autre secteur situé le long de la Hoegne.

- 17 abris avec une embrasure,

- 1 abri avec deux embrasures parallèles, SB 8,

- 1 abri avec cloche d'observation, SB 6, destiné au départ à être occupé par les troupes de campagne. Sa cloche de guet lui permettait d'observer toute la région de La Reid. Malheureusement, la cloche a été enlevée.

Secteur BV (Becco-Vesdre)

25 abris constituent ce secteur défensif sur les hauteurs de la rive gauche de la Hoegne.

- 21 abris avec une embrasure,

- 1 abri avec deux embrasures à axes de tir perpendiculaires, BV 11 bis,

- 1 abri avec cloche d'observation utilisé comme poste d'observation (PO) du fort de Tancrémont, BV 7,

- 1 gros abri appelé casemate Mont, destiné à barrer ta route Theux-Liège à l'aide d'un canon de 47 mm, d'une mitrailleuse et d'un phare; il a été utilisé comme poste d'observation au profit du fort de Tancrémont. Encore visible de nos jours, il est construit sur le côté droit de la côte de Mont, juste avant d'arriver à ce village en venant de Spa.

- 1 gros abri appelé casemate Vesdre, barrant la route de la vallée de la Vesdre. Armé d'un canon de 47 mm, d'une mitrailleuse, d'un FM et d'un phare, il défendait le barrage antichar tendu en travers de la vallée. Il est situé à gauche de l'entrée du tunnel de chemin de fer au lieudit Louhau.

Secteur VM (Vesdre-Manaihant)

La zone comprise entre le fort de Tancrémont et celui de Battice est divisée en deux secteurs défensifs VM et MM, la fin du premier secteur (Manaihant) étant l'endroit où le fort des Waides (à environ 500 m du village de Manaihant) aurait dû être construit. 34 abris dont :

- 30 avec une embrasure,

- l'abri avec deux embrasures,

- 3 abris avec cloche : 2 PO du fort de Tancrémont, VM 3 et VM 29 ter et 1 PO du fort de Battice, VM 23.

Secteur MM (Manaihant-Les Margarins)

Ce secteur défensif débutait à Manaihant pour se terminer au nord du fort de Battice. Il était constitué de 20 abris dont :

- 18 avec une embrasure,

- 2 avec cloche d'observation, PO du fort de Battice, MM 305 et MM 12. Le long de la route Petit-Rechain - Battice, on peut voir, à Manaihant, un monument dédié aux soldats du poste d'observation MM 305.

Secteur MN (Les Margarins-Neufchâteau)

Ce secteur défensif (MN) est constitué de nombreux vallons et de zones non battues par nos mitrailleuses. C'est pourquoi quelques abris furent construits en deuxième ligne pour lutter contre les infiltrations ennemies. L'intervalle MN comportait 31 abris dont :

- 26 pour une mitrailleuse ou un FM,

- 2 avec deux embrasures, MN 1 et MN 22,

- 3 avec cloche d'observation de fort : 2 comme PO du fort d'Aubin-Neufchâteau, à savoir MN 11 et MN 18 et un PO du fort de Battice, MN 29.

Secteur NV (Neufchâteau-Visé)

Il relie le fort d'Aubin-Neufchâteau à la Tête de Pont de Visé. Il comporte 19 abris dont certains en deuxième ligne.

- 15 avec une embrasure,

- 2 avec deux embrasures, NV 9, NV 19,

- 2 avec cloche d'observation, NV 2 et NV 5, utilisés comme PO du fort d'Aubin-Neufchâteau.


B. L'abri type PFL 1

Plus gros que le modèle de la position avancée (abris de Henri-Chapelle par exemple, voir chapitre précédent), il est protégé par des murs de 1,30 m d'épaisseur en béton armé formant une chambre de tir de 2,70 m sur 2,00 m intérieur

L'accès à la chambre de tir se fait par un sas fermé par deux portes, à savoir :

- une grille fermant le sas à l'extérieur ;

- une porte dite "porte à persiennes" fermant la chambre de tir.

Une goulotte lance-grenades, placée dans la chambre de tir et débouchant à l'entrée de l'abri, défend l'accès de celui-ci. Le plafond de la chambre est revêtu de tôles ondulées en acier galvanisé, tandis que dans les murs latéraux sont fixés deux étagères ainsi que 4 grands et 4 petits crochets, pour supporter les fusils et l'équipement des soldats. Sur une petite tablette en chêne scellée dans un mur, on fixe un appareil ressemblant à un hachoir à viande de l'époque et destiné à garnir tes bandes en tissus de cartouches de mitrailleuse. Cette machine est apportée par les troupes devant occuper les abris. Ne disposant pas de l'électricité, l'éclairage est assuré par une lampe tempête pendue à un crochet fixé au plafond.

La mitrailleuse ou le FM repose sur un affût Chardome identique à celui dont nous avons parlé dans le premier chapitre.

Certains abris possèdent un autre type d'affût ; l'affût FRC, développé par la Fonderie royale de Canons, à Liège. Il permet une meilleure protection des servants grâce à deux plaques d'acier coulissant dans l'embrasure.

Un cadenas en bronze ferme la porte grille de l'extérieur tandis que l'embrasure est obturée de l'extérieur par un volet métallique pivotant verticalement ou horizontalement.

Autour de l'abri, une clôture en fil de fer barbelé délimite l'emprise militaire. Quatre bornes en pierre de taille ou en béton, marquées du sigle DN (Défense nationale) et d'un chiffre, sont disposées aux angles du terrain militaire. Une barrière métallique permet le passage de la clôture.

Vu de loin, l'abri est camouflé par une haie vive d'essences de la région (aubépine, sureau,...) plantée dans la clôture.

L'entrée se situe indifféremment du côté gauche ou du côté droit de l'abri ; tout dépend du terrain et de l'axe de tir supposé de l'ennemi. Mais elle est toujours située de manière à protéger au maximum les soldats sortant de l'abri. L'accès à l'entrée se fait le plus souvent de plain-pied. Dans le cas de certains abris, particulièrement bien enterrés, un escalier bétonné d'une quinzaine de marches conduit à la grille, par exemple : MN 29, MN 28, MM 305, MN 18...

Que reste-t-il de nos jours ?

Les vestiges varient d'un abri à l'autre, mais la majorité a conservé ses piquets de béton formant clôture, ses bornes DN délimitant l'emprise. Tous les gros objets métalliques ont été récupérés par des ferrailleurs peu scrupuleux. La porte grille, la porte à persiennes, la barrière métallique sont souvent absentes. Il demeure parfois la tige filetée et la circulaire d'appui de l'affût Chardome, le volet fermant la goulotte lance-grenades. Une inscription, emboutie dans une tôle du plafond, indique le nom de certains abris.


C. Les observatoires

Une des lacunes relevées lors des combats de nos forts en août 1914 était l'absence de postes d'observation sous abris. Les observateurs se cachant en effet dans les clochers des églises, au sommet des terrils, dans les fermes... étaient très vulnérables.

Ils communiquaient leurs renseignements par lignes téléphoniques volantes, par coureurs, par pigeons. C'est ainsi que beaucoup de forts sont devenus aveugles parce qu'ils avaient perdu leurs observatoires extérieurs.

Lors de la construction de la PFL en 1933, des abris pourvus d'une cloche d'observation d'infanterie furent construits en même temps que les autres abris (BV 7, SB 6...)

Destinés au départ à être occupés par des troupes d'intervalles occupant le secteur défensif, ces abris particuliers servaient de postes d'observation d'infanterie et étaient reliés au réseau téléphonique militaire enterré de la PFL. Ainsi, ils fournissaient également aux diverses batteries d'artillerie du IIIe corps d'armée les renseignements nécessaires pour contrebattre l'ennemi.

Les cloches sont de deux types ; la première, la cloche pour fusil-mitrailleur : sa fonction consistait à observer le terrain par six embrasures réparties sur son pourtour, à intervenir par le feu d'un FM pour la défense, à éclairer le terrain à l'aide de fusées éclairantes envoyées à travers un orifice obturable à son sommet. Le nombre de servants par cloche est de deux, armés d'un seul FM modèle 30. Poids de la cloche, environ 18 tonnes, diamètre intérieur : 1,20 m, épaisseur : 30 cm.

Le second modèle était la cloche pour guetteur. Plus petite que la cloche FM, elle remplissait la même mission à la différence que son diamètre plus petit ne permettait pas à son seul servant d'utiliser un FM pour se défendre. Elle n'avait que 4 embrasures. Poids de ta cloche, environ 8 tonnes, diamètre intérieur, 80 cm, épaisseur, 20 cm.

Il existe cependant une exception : l'abri MM 12, situé derrière le fort de Battice, sur la droite de la route Battice-Aubel, possédait un troisième type de cloche. Il s'agissait d'une cloche similaire à celle qui existe toujours actuellement au bloc 2 du fort de Battice, la cloche SOM (Société d'optique et de mécanique). Cette cloche était équipée d'un périscope d'artillerie d'origine française.

Fin 1935, les 14 abris observatoires avec cloche étaient terminés pour les 60 km de la PFL 1. Il s'agissait de :

- MN 11, MN 18, NV 2, NV 5 et la casemate Mont, avec cloche FM ;

- SB 6, BV 7, VM 3, VM 29 ter, VM 23. MM 305, MN 29 et la casemate Vesdre, avec cloche de guet ;

- MM 12 avec la cloche SOM.

Ces 14 abris furent reliés au réseau téléphonique militaire enterré. Celui-ci reliait tous les forts, tous les abris observatoires, tous les abris contre irruption... par des câbles enterrés à une profondeur moyenne de 2 m. Il tissait une énorme toile d'araignée dont la longueur de câbles mis bout à bout atteindrait environ 300 km (Le tracé, repris sur des cartes militaires, a été mesuré par l'auteur). Tous les observatoires indus dans la ligne des abris possédaient une chambre de tir avec un affût Chardome ou FRC.

Seuls deux abris observatoires (MM 305 à Manaihant et MN 29 à Charneux, situés en retrait de la ligne des abris), ne possédaient pas de chambre de tir. Ici l'abri se réduisait à une pièce de 2 m x 2 m x 2 m et au puits d'accès à la cloche. Ces deux abris étaient entièrement enterrés avec escalier d'accès en cave. Seule la cloche émergeait.

Suite à des modifications de la stratégie militaire dans les années 1935, alors que la PFL 1 n'était pas encore terminée, il fut décidé de ne plus faire occuper, en cas de guerre, les abris de cette ligne par les troupes du IIIe corps d'armée. Cependant, fin 1937, les abris observatoires destinés aux troupes de campagne étaient nécessaires aux forts. Si puissant qu'est un fort, s'il ne dispose pas de postes d'observation lui permettant de voir l'ennemi, il est inoffensif car aveugle.

La direction des fortifications décida donc de modifier la majorité des abris avec cloche pour permettre leur occupation par les troupes du régiment de forteresse de Liège et d'en faire ainsi des postes d'observation des forts. Ces PO n'étant plus couverts par les abris d'infanterie voisins, car ceux-ci ne seraient plus occupés, il fut décidé de murer l'embrasure et d'y placer une goulotte lance-grenades pour transformer la chambre de tir en un local où 4 soldats pourraient vivre.

Ce local s'appellera "local de détente". Outre la suppression de l'affût qui sera récupéré pour d'autres abris (PL 10 bis et PFL 4 par exempte), la position des étagères et des crochets sera modifiée. Pour assurer une protection contre les gaz qui étaient la grande peur de l'armée belge, le local de détente sera rendu étanche, un ventilateur à main avec filtre sera installé dans le local attenant au puits de la cloche. Il aspire l'air pur ou considéré comme tel dans le puits de la cloche et le refoule dans le local de détente pour ventiler celui-ci et le mettre en légère surpression.

Une modification sera aussi apportée à la cloche de guet : les embrasures seront élargies pour permettre le tir au pistolet GP 9 mm.

À titre d'exemple, décrivons le poste d'observation VM 3 situé à Cornesse et dépendant du fort de Tancrémont.

Après avoir franchi le sas, nous voici dans la chambre de tir. À gauche de celle-ci, se situe le local de la cloche avec, à son extrémité, le puits d'accès dans lequel une échelle permet d'accéder à la cloche de guet. Tout ce qui a été dit concernant la clôture, les portes, les étagères... reste valable pour les postes d'observation.

Garnison et équipement de l'abri VM 3 :

Garnison de 4 hommes, observateurs au profit du fort de Tancrémont.

Citons ici une partie de l'équipement de l'abri VM 3.

Dans le local de détente :

- deux lits superposés avec paillasses,

- un transatlantique métallique,

- 50 rations de 300 gr de viande en conserve,

- 48 rations de biscuits militaires,

- 96 bouteilles d'eau minérale en casiers de bois,

- une pharmacie,

- une lampe "Coleman",

- un réchaud à essence Pan,

- un bidon d'essence,

- une table rabattable métallique,

- une lampe électrique,

- 12 grenades explosives,

- 10 mines antichars,

- 5 madriers de 2 m de long,

- les fusils, un FM pour la défense des tranchées entourant l'abri, plus l'équipement personnel des soldats.

Dans la cloche du guetteur :

- un téléphone avec appareil serre-tête à deux écoutes et micro-plastron,

- 2 GP 9 mm plus les cartouches,

- un pistolet lance-fusée de 25 mm,

- une caisse pour 80 fusées éclairantes,

- une caisse pour 80 cartouches signaux,

- une lampe "Coleman",

- un bac inodore (seau hygiénique avec couvercle),

- ?

Un bidon de chlorure de chaux destiné à neutraliser les gaz de combat se trouvait dans l'entrée.

Lors de la modification de tous les abris avec cloche de la PFL 1, seuls 13 des 14 abris observatoires avec cloche seront modernisés et transformés en postes d'observation pour fort. L'abri SB 6 ne sera pas réutilisé car le fort de Sougné-Remouchamps dont il aurait dépendu ne sera pas construit.


Les forts et leurs postes d'observation : état actuel

Fort de Tancrémont

- BV 7 : une maison a été construite sur l'abri; il n'y a plus de cloche de guet.

- Casemate Mont : toujours visible, mais elle n'a plus sa cloche FM.

- Casemate Vesdre : toujours visible et possède toujours sa cloche de guet complètement déchaussée. À l'intérieur, on peut encore voir l'affût de casemate du canon de 47 mm AC.

- VM 3 : toujours visible mais sans cloche de guet.

- VM 29 ter : toujours visible, sans cloche de guet.

Fort de Battice

- VM 23 : toujours visible, sans cloche de guet.

- MM 305 : presque recouvert entièrement, plus de cloche de guet.

- MM 12 : toujours visible, sans sa cloche S.O.M.

- MN 29 : visible et visitable facilement ; il a toujours sa cloche de guet. Il est situé au pied de la Croix de Charneux.

Fort d'Aubin-Neufchâteau

- MN 11 : toujours visible, avec cloche FM.

- MN 18 : toujours visible, avec cloche FM.

- NV 2 : toujours visible, avec cloche FM.

- NV 5 : toujours visible, avec cloche FM.

Les Allemands ont récupéré certaines de ces cloches pour les réutiliser sur le Mur de l'Atlantique. Celles que l'on peut encore voir sur les abris ont été endommagées lors des combats de mai 1940 et rendues de ce fait inutilisables. La  cloche de la casemate Vesdre, par contre, a été endommagée lors des travaux faits par les Allemands pour la récupérer. Elle s'y trouve toujours, mais complètement déchaussée.

Les casemates de Mont et de Vesdre

Ces deux casemates, ou gros abris, conçus au départ pour empêcher l'irruption d'engins motorisés ennemis, étaient également des postes d'observation du fort de Tancrémont. Tandis que le premier fermait la route de Theux à Liège, le deuxième défendait la route de la vallée de la Vesdre. Ces deux casemates étaient armées d'un canon de 47 mm sur affût de casemate, d'une mitrailleuse sur affût FRC, d'un phare électrique (et d'un FM pour l'abri Vesdre). Ce dernier avait une cloche de guet tandis que Mont avait une cloche FM.

Vu l'objet de ce guide, il n'est pas possible de décrire ici ces deux casemates. Ce sujet, ainsi que la description et le récit des combats de tous les PO seront abordés dans un autre guide qui aura pour sujet la PFL 1.


Date de mise à jour : Mercredi 25 Novembre 2015