Tome III - Fascicule 9 - janvier-mars 1988


L'ouvrage de Mimoyecques

Paul RICHELY


La construction du site de Mimoyecques (Pas-de-Calais), classé dans la catégorie des ouvrages spéciaux (Sonderbauten), a débuté en 1943.

Cette énorme construction (mise en oeuvre d'au moins 150.000 tonnes de béton) devait protéger une batterie de 25 canons à longue portée orientés vers Londres (distance : 150 km).

La canon (conçu par l'ingénieur Coenders des aciéries Röchling déjà connues pour leurs obus) d'une longueur d'environ 125 m, était caractérisé par l'assemblage de sections d'environ 4,50 m de long (diamètre 150 mm), séparées par des doubles chambres d'explosion latérales. Les explosions successives (allumées électriquement) lors du passage de l'obus à leur niveau, devaient animer celui-ci d'une vitesse croissante atteignant 1500 m/sec à la sortie du tube.

Le canon et les obus n'ont jamais été vraiment mis au point.

La décision de construire le site a donc été adoptée alors que l'expérimentation ne permettait de formuler aucun pronostic sérieux quant aux chances de réussite !

L'ouvrage traversé par un tunnel de chemin de fer (- 30 m), sur lequel se greffaient à la perpendiculaire, 11 galeries latérales rejoignant une galerie parallèle au tunnel, possédait probablement plusieurs étages dont le plus profond situé à - 100 m.

Des puits inclinés à 51° (puits à canons) traversaient l'ouvrage de haut en bas et débouchaient à l'extérieur dans une dalle de béton épaisse de 5 m.

Chaque puits (destiné à 5 tubes) se terminait en surface par une excavation rectangulaire (9 m x 4,5 m) recouverte d'une plaque d'acier épaisse de 20 cm, percée d'embrasures à volets pivotants permettant le passage des obus. David Irving (1) estime qu'en juillet 1944, on observait sur le site, 1.000 tonnes de pièces d'acier (plaques d'acier du toit, chambres de culasses, châssis des tubes, élévateurs électriques, etc.).

(1) À bout portant sur Londres, éditions Robert Laffont, 1967, p. 348.

En raison des intenses bombardements alliés et des difficultés techniques allemandes, Mimoyecques n'a jamais été opérationnel et n'a d'ailleurs jamais été achevé. L'ouvrage est aujourd'hui partiellement ouvert au public (uniquement l'étage - 30 m) où on admirera notamment la galerie de chemin de fer, accessible sur 600 m.


Date de mise à jour : Mardi 3 Novembre 2015