Tome III - Fascicule 9 - janvier-mars 1988


La tenue des casemates et coupoles sous le feu en 1914. Précisions

Jean HARLEPIN


Nous devons une nouvelle fois revenir à l'article de M. Jean Harlepin sur la tenue des casemates et des coupoles. Nous avons eu le plaisir de recevoir un intéressant complément de commentaires et d'informations de M. Günther Schalich de Aachen, membre de notre association.

Le grand intérêt de cette lettre amène l'auteur à y consacrer spécialement les présentes lignes. M. Schalich a littéralement "épluché" l'article précité et il en résulte les données suivantes :


1) page 8. Fascicule 6 : la coupole représentée montre les essais faits par la société John Cockerill avant 1914.


2) pages 10 et 11: problème du canon.

C'est l'Allemand Maximilian Schumann (et non un Français), ingénieur du génie prussien, qui doit être considéré comme l'homme décisif pour le développement de l'ancien affût à palier et tourillon (Zapfenlagerlafette) pour en arriver à l'affût à embrasure minima (Minimalschartenlafette). En 1866, des essais ont été faits à Mainz, pour examiner le rendement de cet affût dans une casemate cuirassée, qui fut également construite par Schumann. Il s'agissait de donner un maximum de protection aux armes derrière une embrasure, soit dans une coupole ou tourelle, soit dans une casemate.

Les modèles de la page 10 sont un développement des affûts C 84 et C 84/87 pour des canons de calibre moyen, jusque 150 mm.

Sources : SCHRÖDER, Maximilian Schumann - Leben und Leistungen, Berlin, 1890 et SANDER, Zur Eisenpanzerfrage, Frankfurt am Main, 1867.

N.B.: les Français ont utilisé des canons de 75, en 1914-18, selon un montage du même principe, dans des casemates.


3) page 11, point b : pour plus d'informations, M. Schalich nous donne une liste de livres :

FREIHERR VON AICHA Emil Glanz, Geschichtliche Darstellung der Panzerungen und Eisenkonstructionen fur Befestigungen überhaupt, Wien 1873.

GIESE O., Fortifikatorische Eisenkonstruktionen (avec atlas), Leipzig 1866.

PIARRON DE MONDÉSIR, Fortification cuirassée, Paris 1909.

KUNKA Josef, Die Panzertürme, paru sous forme de : Mitteilungen über Gegenstände des Artillerie und Geniewesens, Heft 1- 2- 3- 4, Wien 1876.


4) page 13, point 1 : Le Captain Cowper Coles (orthographe exacte) eut une influence décisive sur Brialmont. Coles a d'abord construit des coupoles tournantes pour des bateaux anglais, notamment 4 coupoles sur le "Royal Sovereign". On connaît mieux une construction de Coles de 1860 : la légendaire coupole pour fort. Les Anglais ont construit cette coupole tournante pour la batterie flottante "Trusty" près de Sheerness en 1861. On a tiré sur cette coupole et la résistance de la construction a fortement impressioné Brialmont.


5) page 13, point 3 et page 16, dessin supérieur : Ce type de coupole est en fonte durcie avec 2 canons de 150 mm - L/23 sur affût à embrasure minima C/90. À la page 24 on en voit le développement.

Les Allemands ont monté cinq coupoles de ce genre dans leurs forts :

  • une à Köln (Zwischenwerk IV b)
  • deux à Ingolstadt (Fort IIIa, Fort Va)
  • deux à Metz (Fort Kameke)

Les deux coupoles de Metz sont encore là, les autres ont disparu. Sources : Varia.


6) pages 18 et 19 : À propos de la tourelle Galopin, il est important de ne pas mélanger 2 types de tourelles :

a) la tourelle Galopin de 1889.

b) la tourelle Mougin de 1876.

Toutes deux ont deux canons de 155 mm, mais la Mougin était une tourelle tournante, tandis que la Galopin était une tourelle à éclipse.

Le réduit de l'ensemble fortifié de Villey-le-Sec possède une tourelle Mougin. En ce qui concerne la tourelle Galopin, il faut faire une deuxième différence : le premier modèle avait deux canons et a été monté à raison de cinq exemplaires, par exemple à la batterie Éperon près de Nancy.

Pour des raisons économiques, le deuxième modèle n'a reçu qu'une seule pièce, et la tourelle est, de ce fait, plus petite. Ce modèle peut être vu, par exemple, à Verdun (Douaumont, Moulainville, Rozelier.)

Sources :

Cours de cuirassement, Paris 1909.

Recherches personnelles de M. Schalich.


7) page 19 : selon M. Schalich, le système Galopin n'est applicable qu'à la tourelle éclipsable à deux contrepoids. Par contre, la tourelle de 75 n'a qu'un contrepoids et n'a rien à voir avec la précédente.

N.B. : La 2e tourelle est l'oeuvre d'un groupe d'ingénieurs. De toute façon, le principe de l'éclipse et le système à contrepoids les rendent contemporaines.


8) page 19 : Coupole sans recul : cet ensemble est plus connu sous le nom d'affût cuirassé (panzerlafette). L'expression "coupole sans recul" est plutôt une description.


9) page 19 : M. Schalich confirme que Brialmont a bien été un précurseur et même plus ; il a fait monter la première coupole cuirassée et la première batterie cuirassée sur des fortifications. Bien que l'inspiration et l'idée viennent de Coles, Brialmont a dû s'imposer pour introduire cette idée courageuse.


10) page 19 : Coupoles en 1909 : Sur ce sujet, revoir les livres mentionnés ci-avant ainsi que certains ouvrages de Deguise.


11) page 21 : Tourelle Piron : cette coupole tournante mérite d'être expliquée. Bien que la forme ne soit pas des plus avantageuses, les améliorations sont déjà très modernes.

Ce Belge a même pensé à une couche de caoutchouc pour diminuer le bourdonnement de la cuirasse. Il est curieux de noter que les coupoles de 120 mm d'Eben-Emael et de Battice ont reçu aussi une couche tampon ou d'amortissement, cette fois de feutre et de crin. Par ailleurs, la coupole Piron est de 1863.

Sources :

voir ci-avant

et Denkschrift über die belgische Landbefestigung, Berlin 1941.


12) page 25 : le plan repris au texte est celui d'une batterie cuirassée, dont un exemplaire a été construit en Hollande (Den Helder). Par contre la batterie du fort Sainte-Marie a été achetée chez Gruson Krupp ; elle est en fonte durcie pour 6 canons de 240 mm. Voir à ce sujet les documents communiqués par M. Gils et repris à l'addendum (Bulletin, tome III, fascicule 8).


13) page 29 : dernière ligne. Il n'y a pas de coupoles de 210 mm à Gentrange (près de Thionville). Les places de Thionville, Metz, Mutzig, etc. comportent normalement des forts construits par les Allemands entre 1871 et 1916, désignés par "Festen". C'est un système décentralisé, déjà précurseur du système de la ligne Maginot. En principe on y trouve des coupoles avec canons de 100 mm et des coupoles pour obusier de 150 mm. Gentrange (ex Feste Ober-Gentringen) a reçu 8 coupoles de 100 mm (2 batteries de 4 pièces).

Il faut noter que les Français ont changé le calibre pour du 105 mm après 1919.

On peut encore voir des coupoles plus anciennes avec d'autres calibres, par exemple, à Metz : coupoles pour un obusier de bronze de 210 mm (Groupe fortifié du Mont-Saint-Quentin, ex Feste Prinz Friedrich Karl).

Toutefois, cette coupole a des dimensions plus grandes que la coupole Gruson pour les forts Belges. Seul, le système "Panzer-lafette" est le même.


14) page 35, première ligne : Pour ce qui concerne la coupole de 120 mm, il s'agit des forts d'Eben-Emael et de Battice. Pour les forts réarmés de Liège, on a, selon la nécessité, remplacé les canons de 120 mm par des 105 mm et les obusiers de 210 mm par des pièces de 150 mm. En 14-18, les Allemands ont emporté pas mal de pièces. Curieusement, les canons de 105 et 150, sont des pièces récupérées après 1918. Pour le cas de Namur la situation est plus difficile et sort du sujet.


15) page 37 : Revenons à cette photo, identifiée comme étant les "Ateliers de la Meuse": M. Schalich signale que celle-ci est reproduite en sens inverse. On peut le voir sur la photo originale sur la petite plaque en dessous du canon du milieu.

Source : VAN WETTER R., Les coupoles et les phares cuirassés des forts de la Meuse, Bruxelles 1891 (ici aussi la photo est reproduite en sens inverse).


16) page 40 et 41: tableaux A et B (Anvers) : M. Schalich signale : en mars 1940, l'"Abwehr" (fremde Heere West) des Allemands a publié le "Denkschrift Antwerpen" pour les troupes attaquantes. Dans ce document, l'état des forts d'Anvers en 1940, ne nous intéresse pas ; mais on donne aussi l'armement en 1914 de chaque fort, redoute ou batterie. Ces explications sont plus précises que dans le document belge, où on parle seulement des types de forts. N'oublions pas que les Allemands ont eu quatre ans de temps pour faire des recherches exactes. Il en résulte les corrections suivantes à apporter au tableau B.

Type I : Le fort 3 a été équipé de la tourelle de Coles en 2 x 15cm mais la colonne "2 x 15" est en fait réservée aux tourelles en acier. Pour la colonne "7,5", nous avons déjà rectifié en y ajoutant 2 pièces ; cela concerne les forts n° 2 à 7, selon M. Schalich.

Type II : pour Stabroek, il faut rectifier comme suit : une tourelle 2 x 15 - deux tourelles 2 x 12 - 4 tourelles de 7,5 et 4 de 5,7.

Type VI : le fort de Bornem a en fait été équipé de : une tourelle de 2 x 15 - une tourelle de 1 x 12 - quatre tourelles de 7,5 - six tourelles de 5,7.

Type VIII : le fort de Schoten a été équipé selon les normes et types des forts de la Meuse, à savoir : deux tourelles de 2 x 15 - deux tourelles de 21 cm - cinq tourelles de 5,7. Cela a été confirmé à l'occasion d'une visite du fort, organisée par la Simon Stevinstichting récemment.

Type IX : Lierre a reçu trois tourelles de 2 x 15 et trois de 1 x 12, ainsi que quatre tourelles de 5,7. Walem n'a reçu que trois tourelles de 2 x 15 et quatre de 5,7.

Type XIII : Merksem aurait eu deux coupoles de 7,5. Quant aux deux coupoles de 7,5 de Steendorp, elles sont confirmées.

Enfin, les redoutes de 1 à 18 situées entre les forts 1 à 8 ont reçu une coupole de 7,5.


17) Fascicule 7 - page 7 : concernant les effets des obus sur casemates et cuirassements, M. Schalich fait remarquer que les examens et tableaux du M.R.A. ont toujours comme base le mémoire des Allemands de 1915 : General des Ingenieur- und Pionier-Korps beim General-Gouvernement Belgien - Denkschrift über die Ergebnisse der Beschiessung der Festungen Lüttich, Namur, Antwerpen und Manonviller 1914, Brüssel 1915.

Malheureusement, ce mémoire semble disparu dans les archives de l'Allemagne. Toutefois les Belges et les Français en ont publié des parties dans certains bulletins comme B.B.S.M. ou R.G.M.


18) page 27, lignes 15 et 16 : Sans doute, nombre de coupoles belges étaient de construction allemande. À cette époque, les coupoles n'étaient pas un secret (comme nombre d'armes d'aujourd'hui) ; n'importe quel pays en avait connaissance. N'oublions pas les nombreux articles dans diverses revues et bulletins avant 1914. Par contre les canons étaient plus secrets et les usines Krupp et Gruson ont livré beaucoup de canons pour les coupoles belges. La connaissance p.e. de la portée des pièces, donne l'avantage à l'assaillant et en 1914, les grosses pièces allemandes n'étaient pas sans raison hors de portée de l'artillerie des forts.

19) pages 38 et 39 : examen des photos de phares : M. Schalich fait un commentaire très intéressant que nous reproduisons tel quel : "Comme souvent, les légendes des photos sont parfois inexactes. Dans les tableaux concernant les effets du bombardement sur les cuirassements, on peut prouver quelques fois cette inexactitude. Pour le phare cuirassé du fort de Marchovelette, on dit qu'il était encore utilisable. Or, les deux photos sont des phares détruits. En comparant mes reproductions, je peux dire que les deux photos montrent le même phare : celui du fort de Maizeret. Il est bien dommage que déjà l'original dans le livre Défense de la P.F.N. en 1914 est trop flou pour être certain. Une autre chose : les deux photos de la page 40 : nous savons que chaque fort de Namur ou de Liège a eu seulement une coupole de 150 mm. Il faut en déduire qu'au moins une photo montre un autre fort. Malheureusement il n'est plus possible pour nous de faire les rectifications dans les forts".

N.B. À ce commentaire très pertinent, nous voudrions ajouter que effectivement, en regardant les deux photos de phare, on peut discerner la présence au centre d'un support vertical qui pourait bien être le pied du phare (accumulateur hydraulique : piston élévateur), par comparaison avec le pied du phare du fort d'Émines dont la partie inférieure existe encore à l'heure actuelle.


20) page 45 : Après les combats, les Allemands ont remis en état les forts, y compris le béton. Au fort d'Émines, ainsi qu'à d'autres, on voit très bien les traces de ces réparations faites par les Allemands.


21) page 46 - photo : il s'agit d'une coupole du fort de Kessel. Les obusiers autrichiens ont beaucoup participé au succès des Allemands contre les forts belges (calibre 305 mm) et ils ont emmené une coupole pour l'exposer à Vienne. Selon une connaissance, cette coupole est encore visible dans un des musées militaires de Vienne.


Nous remercions vivement M. Schalich pour ses efforts en vue de compléter l'étude précitée. Sa collaboration a été des plus appréciée.


Date de mise à jour : Mardi 3 Novembre 2015