Tome III - Fascicule 9 - janvier-mars 1988


La tranchée des baïonnettes

Jules LEBEAU


Lorsque l'on visite le champ de bataille de Verdun, un des monuments qui n'échappe pas à la vue du visiteur, est celui de la tranchée des baïonnettes. Ce monument érigé avant 1921, en mémoire des héros du 137e régiment d'infanterie est l'oeuvre de l'architecte A. Ventre et dû à la générosité du citoyen américain Georges F. Rand.

La jolie porte en fer forgé du portique d'entrée de ce monument a été exécutée par E. Brandt, ferronnier d'art, 101, boulevard Murat à Paris.

Comment les fantassins du 137e furent-ils enterrés vivants ? Bien des légendes se créèrent autour de cet épisode tragique. Voici le récit relaté par un des officiers survivants, le lieutenant Foucher.

"Parti de la citadelle de Verdun le 9 juin 1916, le 1er bataillon du 137e arrive en ligne dans la nuit du 10 au 11 et relève le 337e.

La tranchée des baïonnettes se trouve à cheval sur la droite de la 3e compagnie et sur la gauche de la 4e compagnie. Le 11 juin au matin, un violent bombardement de pilonnage se déclenche et dure toute la journée et une partie de la nuit. C'est au cours de cette journée du 11 que les obus (150, 210 et plus gros) ont donné l'aspect, retrouvé plus tard, de la tranchée des baïonnettes.

Les hommes attendaient l'attaque avec le fusil, baïonnette au bout, mais cette arme était appuyée au parapet à portée du combattant qui avait dans ses mains des grenades, prêt à repousser, d'abord à la grenade, l'attaque probable.

Les obus tombant en avant, en arrière, et sur la tranchée, rapprochèrent les lèvres de cette dernière, ensevelissant les vaillants Vendéens et Bretons. C'est par le fait qu'ils n'avaient pas le fusil à la main qu'il s'est trouvé que les baïonnettes émergeaient après l'écroulement des terres.

Dès ce soir-là, le 11 juin 1916, la tranchée avait l'aspect que l'on a retrouvé à l'armistice".


Date de mise à jour : Mardi 3 Novembre 2015