Tome III - fascicule 8 - octobre-décembre 1987


Les forts de Breendonck, de Liezele et la redoute de Letterheide

Jean HARLEPIN


Une visite de ces fortifications a permis d'examiner un tronçon de la ceinture extérieure de la Position Fortifiée d'Anvers (P.F.A.) en 1914.


Caractéristiques de ces ouvrages


1. Les forts

Il y eut 5 forts construits sur le même modèle, à savoir Haasdonck, Liezele, Breendonck, Broechem et Ertbrand (voir plan type).




Il s'agit de forts de deuxième ordre avec caponnières casematées conjuguées.

Armement :

- 2 coupoles de 1 x 12 cm (Howitzer)

- 1 coupole de 2 x 15 cm

- 4 coupoles de 1 x 7,5 cm

- dans les caponnières : chacune 5 canons de 5,7 cm

- aux batteries traditores : à chaque flanc, 2 canons de 12 cm + 2 canons de 7,5 cm

- à la gorge (entrée) : 2 x 2 canons de 5,7 cm

- aux angles : 2 coupoles de 1 x 5,7 cm.

Ces forts sont en béton non armé avec fossé humide. Il y a une caserne casematée sur le front, avec galeries desservant les coupoles centrales (15 + 12) et latérales (4 x 7,5 et 2 x 5,7). Il y a des locaux le long de la galerie en capitale ainsi que de part et d'autre de l'entrée (caserne de gorge).

Ces forts ont été construits vers 1910.


2. Les redoutes

Il s'agit d'ouvrages intermédiaires entre les forts, destinés à assurer le flanquement par croisement des feux avec les forts voisins. Sur le front intéressé, il y en a de deux types :

- simple, comme Dorpveld et Borsbeek

- double, comme Letterheide.

Les redoutes comportent essentiellement un bâtiment principal allongé et incurvé avec une entrée en saillie (voir plan). Sa façade se trouve du côté ami. Son dos est fermé et recouvert de terre du côté ennemi.



En tête du talus, se trouve un petit bâtiment avec une coupole de 7,5 cm. Ce bâtiment est isolé par rapport au bâtiment principal.

L'ensemble est entouré d'un fossé humide.

De part et d'autre de l'entrée, se trouvent des casemates armées de canons tirant latéralement. L'ensemble de ces casemates forme le pendant des batteries traditores situées à la gorge des forts et possède le même armement.



La visite


La visite a eu lieu sur les trois sites et a donné lieu aux commentaires ci-après.


1. Breendonck

À l'entrée du fort se trouve une salle dans laquelle sont exposés un plan mural et deux maquettes ; l'une d'elles représente le fort d'origine avec ses terres et l'autre représente le même fort dans son état actuel, c'est-à-dire dénudé, d'où l'intérêt de la comparaison avec celui de Liezele.

Cette situation a permis de faire un exposé sur les différentes parties constitutives de ce type de fort. Dans le cas de Breendonck, on constate qu'il y a eu divers ajouts par rapport au plan initial ; certains d'entre eux sont belges, d'autres sont allemands.

Avant 1940, le fort fut un quartier général et, pour avoir des locaux disponibles, on a prolongé latéralement, de part et d'autre, la caserne de gorge. On a également ajouté un grand bâtiment à un étage, au sol carrelé, ayant vraisemblablement servi de bureau ou de logement.

Le roi y aurait séjourné en 1940.

D'autres bâtiments ont été ajoutés par les Allemands après 1940, pour faire du fort une sinistre prison et même un véritable camp de concentration pour le transit vers les camps en Allemagne. Actuellement le fort est un mausolée dont la visite fut à la fois un pèlerinage en un lieu où il y eut tant de souffrances, et aussi un examen intéressant d'un fort dont on a enlevé les terres. Ne perdons cependant pas de vue que ce déblaiement fut imposé aux prisonniers par les nazis et cela dans des conditions inhumaines.

On constate en détail les diverses parties constituant le gros oeuvre en béton. On retrouve les caponnières, gauche et droite, les puits des tourelles, les bâtiments séparés du corps central (coupoles 7,5 et 5,7), les galeries, etc.

On remarque quelques réparations au béton suite au bombardement de 1914.


2. Letterheide

Située entre Breendonck et Liezele, cette redoute n'est plus dans son état initial. Il reste le bâtiment principal, en béton, très représentatif. Tout le reste, terres, fossé, bâtiment avant (tourelle de 7,5), a été nivelé pour récupérer le terrain (actuellement propriété de la Commune qui a fait du bâtiment principal un hall de dépôt).

L'accès était à ce moment libre et nous avons pu voir l'intérieur. Les étages ont été supprimés par enlèvement du plancher, mais les traces permettent de reconstituer les diverses parties (entrée avec, de part et d'autre, les casemates de tir en flanquement, les deux ailes se terminant par des murs de soutènement des terres).

Une chose anormale a été constatée : aux deux extrémités, il y a sur le toit une excroissance de béton, laissant supposer la présence d'un observatoire.

Ce point reste à éclaircir.

À noter enfin qu'à la partie centrale arrière, une grande ouverture a été pratiquée comme entrée et accès.


3. Liezele

Ce fort semblable à celui de Breendonck est dans un excellent état de conservation, car pris en charge par la Commune. Ce fort n'a pas été bombardé en 1914 et on a pu avoir accès à la plupart des parties essentielles.

L'examen de ce fort, par comparaison avec celui de Breendonck, permet de se faire une très bonne idée de la disposition des diverses parties et de leurs particularités de construction.

De cet examen nous tirerons les points suivants :

  • Une voie de 60 (Decauville) a été installée pour relier l'entrée aux diverses casemates. Probablement construite par les Allemands, elle desservait un magasin d'habillement.
  • Le fort a été équipé d'une ventilation dont on retrouve plusieurs traces : tuyaux de passage, armoire métallique (ventilateur ?).
  • Le fort a gardé au niveau des coupoles un certain nombre de pièces métalliques.
  • La coupole de 5,7 de gauche conserve les éléments suivants : les voussoirs intacts, le chemin de roulement des galets (anneau), le monte-charge (noria) l'escalier d'accès (échelle), le plancher, et probablement la colonne qui le supporte. Le puits est évidemment intact.
  • Le puits situé à gauche de la coupole centrale (15 cm), possède également ses voussoirs, ainsi qu'une plaque en tôle épaisse entourant la partie avant extérieure du puits (renforcement ?). II s'agit d'une coupole de 12 cm (Howitzer). On y a accès par l'intérieur où on retrouve un escalier d'accès au pied du puits, une colonne métallique centrale (support du plancher et guide du contrepoids) et une échelle. Le toit est une dalle en béton posée sur les voussoirs. Outre ces derniers, il semble que l'anneau métallique support de la calotte et comportant donc les galets, soit toujours en place. On y remarque deux manetons (fixation de la partie avant de l'affût du canon).La hauteur de ce puits est plus grande que celle des 5,7 cm.
  • On remarque une tentative de renforcement de la tourelle de 15 cm. Le puits, extérieurement, a été recouvert, à la hâte, de béton dans lequel on a jeté sans ordre quelques barres de fer à béton ; on a manifestement utilisé le terrain environnant comme coffrage.


Date de mise à jour : Mardi 3 Novembre 2015