Tome III - Fascicule 8 - octobre-décembre 1987


La tenue des casemates et coupoles sous le feu en 1914 (addenda)

Jean HARLEPIN


Lors de la parution de l'article (Bulletin, tome III, fascicules 6 et 7), j'ai eu le plaisir de recevoir divers commentaires très intéressants de lecteurs, tant par écrit que de vive voix.

Étant donné que de mon coté, j'ai continué les recherches et les contacts, je suis à même d'apporter quelques précisions rectificatives ou complémentaires qui intéresseront sûrement les lecteurs. Certaines d'entre elles proviennent d'ailleurs de ces derniers.

N.B. Les chiffres entre ( ) rappellent les pages du premier Bulletin où le sujet a été traité.


(p. 13) Concernant la coupole de Coles (bois de teck + tôle) il est à noter que les forts 1 à 7 (ou 1 à 8) avaient été prévus pour recevoir cette coupole. Seul le fort 3 l'a effectivement reçue.

(p. 13 et 14) Concernant les coupoles du fort Saint-Philippe, elles datent de 1877 à 1881, tandis que le fort lui-même fut construit de 1869 à 1872. Nous avons reçu de M. Gils, de la Simon Stevinstichting, des plans donnant avec précision leur position et leur disposition. Ces coupoles avaient des canons de 24 et 28 cm qui allaient par paire.

(p. 13) Concernant les coupoles rotatives en fonte, type Gruson, il ne semble pas qu'il y en ait eu en Belgique.

(p. 15) La tourelle de Fives Lille mentionnée, aurait été celle conçue par le Lieutenant Colonel Bussière. Celui-ci recherchait la solution éclipsable (1888). Une telle tourelle fut proposée et essayée avec 2 pièces de 155. Cylindrique, s'appuyant sur trois voussoirs, elle pesait 180 tonnes. L'éclipse était obtenue à l'aide d'un contrepoids de 68 tonnes et d'un accumulateur hydraulique actionné par une machine à vapeur de 7 CV. Cette tourelle fut installée à Verdun, au fort de Souville, et fut réduite au silence en 1916, après avoir tiré 600 coups. Ce fut le seul exemplaire.

(p. 15) Il ne semble pas exact que les Roumains aient commandé 29 tourelles du type oscillant (3e version du commandant Mougin). Il est néanmoins vraisemblable que le seul exemplaire construit par Saint Chamond, avec 2 canons de 150 pour essais, ait été placé dans un fort de Bucarest. D'autres commentaires laissent en effet entendre que ces tourelles françaises ne furent pas retenues au profit de tourelles Gruson. Cette question reste obscure.

Le même Mougin avait au préalable développé une coupole rotative, à voussoirs en fonte, mais non éclipsable. Cette coupole équipa des forts français tels que ceux de Maubeuge, le Barbonnet, près de Nice, etc. Aucune coupole de ce type en Belgique.

Selon des documents français, ce serait le major Schuman qui chercha, le premier, à réaliser une tourelle à éclipse, de petite taille. Schuman s'associa avec Gruson Werke à Magdebourg, lequel réalisa son projet sous la forme des tourelles de 5,7 des forts de Liège et Namur en 1914. Une série des mêmes tourelles, un peu plus robustes, fut installée dans les forts allemands de l'est de la France. En 1893, la firme Gruson fut rachetée par Krupp. Pour l'armement de la ligne Gallwitz (Metz-Thionville) ainsi que pour Mutzig, il fut encore réalisé à cette époque 114 tourelles avec canon de 105 et 150 mm.

Note. Il s'agit sans doute, des tourelles que l'on peut encore voir au fort de Guentrange près de Thionville, et peut-être aussi des tourelles récupérées pour le réarmement des forts de Liège et Namur (entre les deux guerres).

(p. 25) Fort Sainte Marie : batterie cuirassée. Contrairement à la légende du dessin de cette batterie, il y a bien eu dans ce fort une batterie de ce type. M. Gils nous a envoyé des copies de plans y relatifs. Il s'agit de 6 canons de 24 cm, type Gruson, montés en casemates réalisées en plaques blindées Gruson. Enlevées par les Allemands en 1944 ; la batterie elle-même a disparu.

Fort De Perel : identique à Saint Philippe, il ne fut jamais armé et est disparu.

(p. 27 et 35) Forts de la grande ceinture d'Anvers. Nous avons cité les calibres de 5,7 - 7,5 - 15 cm, pour les tourelles de 1906/1909 type Cockerill. En fait, et cela a été vérifié à Liezele, il y avait aussi des obusiers de 12 cm dans les mêmes tourelles que pour les pièces de 5,7 et 7,5. Grâce à M. Gils, nous pouvons vous en présenter le plan. Pour les mêmes coupoles, nous nous posions la question : "Avec quelle firme étrangère Cockerill a-t-il fabriqué ces tourelles ?" On peut répondre qu'il s'agit d'une construction propre à la société Cockerill.

(p. 41) Forts modernisés, de 1 à 8 à Anvers. Tous ces forts ont reçu 2 coupoles de 7,5 cm type Cockerill 1909. On en voit les traces au fort IV (ajouter le chiffre 2 dans la colonne rubrique 75, première ligne).

(p. 19) Airolo (Suisse). Un contact avec l'association Saint-Maurice de Lausanne, nous a donné quelques précisions sur ce qui s'est fait en Suisse. Le fort d'Airolo fut mis en chantier en 1887. Il y eut également les forts d'Andermatt en 1889 et les ouvrages de Saint-Maurice en 1892. Les Suisses, après consultation de plusieurs constructeurs, choisiront pour Airolo, la tourelle double de Saint-Chamond avec des pièces de 12 cm. Mais par la suite, Gruson s'opposa à cette fourniture en faisant état d'accords avec Saint-Chamond et il fut intraitable (il avait le monopole de fait pour certains armements et canons). Les Suisses durent s'incliner. La coupole fut réétudiée par Gruson en reprenant des éléments de la tourelle française. La nouvelle construction comportait une chambre de tir en fer double T, tournant sur une couronne de rouleaux et couverte par une toiture en fer forgé, en forme de calotte sphérique de 5160 mm de diamètre et de 200 mm d'épaisseur. Il y avait une avant-cuirasse haute de 940 mm (diamètre extérieur 8300 mm). La tourelle comportait 2 canons de 12 cm type 1882.

(p. 37) La vue de l'atelier de montage est bien celle des "Ateliers de la Meuse" (selon information de M. Richely).

Nous avons trouvé dans une vieille revue Cosmos, un projet de tourelle système Canet. Il s'apparente aux tourelles Brialmont, mais n'a jamais été réalisé.

Nous avons trouvé dans des vieilles revues de 14-18, des photos, difficilement reproductibles, de batteries de coupoles, par 3 ou par 4 (ouvrage LEONE sur la Cima de Campo, Fort de Chiusaforte bombardé). Il s'agit vraisemblablement de types Gruson avec canons longs.

Nous avons trouvé des croquis des coupoles Bussière et Souriau.

P.S. Je voudrais encore rappeler ici, que beaucoup d'informations utilisées dans cette étude proviennent d'ouvrages souvent anciens, consultés à la bibliothèque du M.R.A. et à la bibliothèque de la Défense nationale à Evere.


Date de mise à jour : Vendredi 30 Octobre 2015