Tome III - fascicule 8 - octobre-décembre 1987


La batterie traditore

Jules LEBEAU


Constitution

En Belgique, elle est constituée par des casemates en béton simple, en béton armé en France et en Allemagne après 1910. Les épaisseurs des voûtes et des murs sont celles des abris de l'époque.

Des canons de 7,5 cm et des obusiers de 12 cm (ou canons de 12 cm) armaient les batteries traditores des forts et redoutes d'Anvers. Les embrasures de ces pièces étaient munies de blindages métalliques.


Emplacement

La batterie traditore devait être placée de manière à :

1.  être parfaitement dissimulée aux vues terrestres lointaines de l'ennemi,

2.   défiler les embrasures aux vues des observateurs de l'ennemi se trouvant dans une zone déterminée,

3. pouvoir tirer en avant de l'ouvrage voisin et de la ligne de défense de l'intervalle, dans un secteur suffisant pour bloquer une attaque.

Pour satisfaire à ces conditions, la batterie traditore était placée généralement au front de gorge et attachée à l'escarpe en capitale de ce front.

Dans ce cas, les deux flancs pouvaient être réunis dans une même construction, qui portait le nom de batterie traditore double. Les flancs pouvaient être également séparés et chaque construction portait le nom de batterie traditore simple.

La batterie traditore double a l'avantage d'être mieux protégée par tout le massif du fort et d'être plus économique, puisqu'elle forme une construction unique ; mais (inconvénient) elle permet à l'adversaire de faire coup double et de compromettre l'action des deux flancs si l'un seulement est touché. En outre, les vues dans l'intervalle sont souvent moins avantageuses.

La batterie traditore simple a les inconvénients et les avantages contraires à la précédente. La dispersion et les vues souvent meilleures lui sont particulièrement favorables.


Organisation des batteries traditores

Généralement, la masse du fort permettait d'établir deux étages de feux bien défilés. En principe, on trouvait, à l'étage inférieur, des obusiers, deux par flanc ; à l'étage supérieur, des canons, généralement deux par flanc et un projecteur de grand diamètre (60 à 90 cm). On profitait de la présence de la batterie traditore pour abriter à l'étage inférieur, les armes de flanquement du fossé de gorge de l'ouvrage.

Des abris à munitions et à matériel étaient prévus à côté des casemates des canons. Une série de créneaux permettaient la défense à revers et la défense intérieure de la batterie.


Enseignement

Durant la guerre 1914-1918, l'absence de ces organes à mission spéciale est une des raisons de la percée des intervalles par l'ennemi, à Liège et à Namur. Celui-ci plaçait un détachement devant les ouvrages pour faire diversion. Les forts, astreints à leur propre défense, ne purent guère intervenir dans la défense des intervalles. D'autre part, les pièces situées sur la superstructure et devant remplir cette mission de flanquement et de soutien, étaient parfois mises hors de combat prématurément.


Remarque

Le flanquement des intervalles était encore appelé "grand flanquement" par opposition au flanquement des fossés dit "petit flanquement".


Date de mise à jour : Mardi 3 Novembre 2015