Tome III - Fascicule 5 - janvier-mars 1987


Première guerre mondiale. La mobilisation générale en Belgique et la déclaration de guerre

Adjudant-chef Joseph THONUS


Au cours des années qui précédèrent la Première Guerre mondiale, les hommes politiques et l'opinion publique étaient plutôt bien disposés à l'égard de l'Allemagne qui, par la qualité de ses produits et le sérieux de sa moralité, était en 1910 devenue le premier partenaire commercial de la Belgique.

Cependant, en avril 1867, déjà, le Roi Léopold II, compte tenu des intentions de Bismarck, avait pressenti la nécessité de renforcer notre armée afin de se préparer à défendre éventuellement la neutralité de notre pays, devenu l'enjeu politique des pays voisins. Aussi avait-il, non sans peine, mis tout en oeuvre et insisté auprès de ses ministres afin de réaliser la réorganisation et le renforcement de notre armée, pour être en mesure de résister à une éventuelle invasion.

Il faudra attendre 1909, sous le règne du Roi Albert, pour que le parlement résolve le problème en imposant le service obligatoire d'un fils, un seul fils, par famille. Le contingent en fut augmenté bien entendu mais comme le temps de service était réduit à quinze mois, la mesure perdit beaucoup de sa portée.

Les militaires de haut grade lançaient cependant des avertissements angoissés, qui allaient se révéler bientôt pleins de pertinence, mettant en garde contre la menace d'une invasion allemande.

En 1913, la nouvelle loi sur la Défense nationale fut un véritable changement de cap ; une nouvelle augmentation du contingent s'ensuivit. L'objectif du législateur était de faire passer le plus vite possible l'effectif total de 180.000 à 340.000 hommes. Toutefois, ce chiffre sera loin d'être atteint en 1914 ; l'armée sur pied de guerre comptera à peine 200.000 hommes, dont 120.000 environ dans les camps de campagne.

En fait, la mobilisation de l'armée en 1914 résultait d'un compromis entre, d'une part, les partisans d'une mobilisation des unités dans leurs garnisons, suivie de la concentration de l'armée, et d'autre part ceux qui préconisaient un regroupement préalable, suivi d'une mobilisation dans la zone de concentration. Il fut décidé in extrémis que la mobilisation intégrale de l'armée se déroulerait en deux phases.

La première dénommée "Mise de l'armée sur pied de paix renforcé" ou encore "Constitution des Corps de couverture à effectifs renforcés", consisterait à rappeler dans leurs garnisons les trois dernières classes en congé illimité. Cette mesure, qui n'était dirigée contre aucune grande puissance en particulier, ne pourrait justifier une réclamation diplomatique de leur part.

La deuxième phase serait la mobilisation totale, avec rappel des quatre classes précédentes dans les dépôts et parcs divisionnaires, et de sept classes de l'armée de forteresse dans leurs places fortes d'Anvers, de Liège et de Namur.

Bien que voulant s'en tenir jusqu'à la dernière minute au respect le plus strict de la neutralité, le gouvernement, voyant la situation se dégrader de jour en jour depuis la remise de l'ultimatum autrichien à Belgrade le 23 juillet 1914, prit les premières mesures de sécurité le 28 juillet. Les unités en période de camp et de man?uvre furent renvoyées dans leurs garnisons. Les unités qui les avaient remplacées rejoignirent leurs propres garnisons. Les permissions furent supprimées, et les hommes en congé, rappelés. Le 29 juillet, l'armée était mise "sur pied de paix renforcé". Le 30 juillet, les garnisons éloignées d'Arlon et de Verviers, trop exposées à un coup de main, rejoignirent respectivement Namur et Liège. Dans la nuit du 31 juillet, à l'issue du conseil des ministres, présidé par le Roi, il fut décidé de procéder à la mobilisation générale en réponse à la déclaration du Kriegsgefahrzustand en Allemagne et suite au départ vers l'est d'unités françaises. Le décret fut porté à la connaissance de toutes les autorités dans la nuit même, le 1er août étant le premier jour de la mobilisation. C'est à ce moment que les ministres apprirent que les Allemands étaient sur le point d'entrer au Luxembourg.

Le 2 août, à 6 heures du matin, les troupes allemandes envahirent le Grand-Duché de Luxembourg. Le soir vers 19 heures, l'Ambassadeur d'Allemagne présente au ministre belge des Affaires étrangères un ultimatum, par lequel les Allemands exigeaient le libre passage pour leurs troupes par notre territoire, sous le prétexte que les Français allaient faire mouvement à travers la Belgique. Une heure plus tard, le Conseil des Ministres, unanime, rejetait cette exigence. Peu après, le Roi réunissait le Conseil de la Couronne auquel assistaient, outre les membres du Cabinet et les ministres d'Etat, quelques officiers de haut rang. Ce débat, fondamental pour l'avenir de la Belgique, devait aboutir non seulement au rejet pur et simple de l'ultimatum, mais aussi au principe d'une résistance symbolique.

Alors que se levait l'aube du 3 août, la Belgique fit parvenir à  l'Ambassadeur d'Allemagne son rejet de l'ultimatum. Le matin du 4 août, l'Allemagne annonça que ses troupes allaient envahir la Belgique le jour même. Le 4 août, à 8 heures, la frontière belge était violée à Gemmenich. Le Roi Albert prit alors la parole devant le Parlement. Son discours bref et vigoureux fut écouté dans le silence le plus profond, puis acclamé d'une seule voix par une assemblée qui avait peine à maîtriser son émotion.

Désormais, il ne faisait plus de doute pour personne que les Belges étaient résolus à défendre leur territoire. Ainsi commençait une guerre qui allait durer quatre ans et dont la première victime fut le cavalier Fonck, tué le 4 août vers 10 heures du matin au lieu dit "Bois de Polinard" à Thimister, ce soldat même dont un quartier militaire de Liège porte le nom.






Date de mise à jour : Vendredi 30 Octobre 2015