Tome III - Fascicule 5 - janvier-mars 1987


Histoire de l'arsenal du matériel mécanique et de l'armement (As MECA) (2). L'arsenal du Charroi (AsCh)

Colonel Pierre LÉONARD


Période 1914-1918

Les premières semaines de la guerre

Au moment où la guerre éclate, il y a déjà un nombre assez grand de véhicules à moteurs affectés aux différentes formations de l'armée. À l'exception de quelques camions et ambulances existant dès le pied de paix, tous ces matériels sont fournis par la réquisition.

Il est à ce moment dans la périphérie d'Anvers un parc automobile de réserve qui a pour mission de pourvoir aux besoins des unités en véhicules, de remplacer ceux qui sont mis hors d'usage, d'effectuer sur ces derniers les réparations nécessaires.

Durant les premières semaines de la guerre, cet organisme occupe de vastes hangars sur les quais du port.

Quand Anvers est à son tour menacé par les tenailles ennemies, les stocks du parc automobile sont transférés à Ostende, de même que l'embryon d'équipements d'ateliers.

On se rend compte bientôt qu'on ne gardera pas Ostende et la décision étant prise de réunir à Calais les éléments vitaux nécessaires pour alimenter la résistance sur l'Yser, le parc auto est transporté dans cette ville.

L'Atelier du Charroi Automobile à Calais

Il y a de plus en plus de réparations à effectuer aux véhicules à moteurs car si d'une part Ies matériels sont fatigués par un usage intensif des terrains et chemins très difficiles et défoncés, il y a en même temps acquisition de véhicules spéciaux adaptés aux missions.

C'est pour ces motifs que le 5 janvier 1915, il est décidé de séparer les activités du dépôt de véhicules automoteurs et celles des ateliers de maintenance pour dito. Ces derniers forment désormais "l'Atelier du Charroi Automobile" sous la direction de l'Ing Aie 1ère Classe Huugue. Cette formation reprend aussi un petit embryon de maintenance auto qui avait été mis sur pied dans les premiers jours de la guerre par l'Arsenal de construction dont la mission concerne le charroi hippomobile mais qui avait créé une section s'occupant des réparations des autos Overland.

L'Atelier du Charroi Automobile a pour missions :

- la réception et la mise au point de véhicules nouveaux achetés en Angleterre et aux États-Unis.

- des réparations limitées au point de vue mécanique et carrosserie. Dans ce domaine, il ne peut être fait plus car les ateliers sont dispersés et restreints. On manque également d'équipements pour le travail. Les réparations majeures doivent donc être confiées à l'industrie civile, autant que possible chez les fabricants mais cela coûte cher !

- les réparations des motocyclettes et vélos dont le nombre est important et croissant.

- l'acquisition de pièces de rechanges pour fournir ses ateliers et les cellules de maintenance d'unités, constituées dans la zone avant du front.

Les Ateliers de Construction du Charroi Automobile

Le problème de la maintenance des véhicules automoteurs continue à prendre de plus en plus d'ampleur.

Pour y satisfaire, on cherche une nouvelle solution plus adéquate et en août 1915, on met sur pied à Sainte-Adresse, à côté de l'A.C.M.A., un nouveau complexe qui porte le nom d'"Ateliers de Construction du Charroi Automobile" ou en abrégé A.C.A.

L'A.C.A. reprend bien sûr les missions de l'atelier de Calais mais dorénavant on y traitera toutes les réparations des véhicules automoteurs évacués par l'armée. On y ajoute la réparation des pneus et la fabrication de carrosseries.

Les recours à l'industrie privée se limitent désormais à l'acquisition de châssis, de moteurs et de roues.

L'organisation des Ateliers à Sainte-Adresse

L'A.C.A. groupe trois services principaux :

  • le Service Technique qui comprend :

- cinq ateliers pour châssis,

- deux ateliers spéciaux, l'un pour moteurs, l'autre pour problèmes électriques,

- un atelier motos, vélos et roues,

- un atelier de mécanique,

- un atelier de forges, traitements de surface, soudures et radiateurs,

- un atelier carrosserie avec tôlerie, menuiserie, peinture, garnissage,

- un atelier de réparation pour composants,

- un atelier de vulcanisation,

- un atelier de triage des rebuts et liquidation.

  • le Service Approvisionnement qui compte :

- un magasin central de rechanges et matières,

- des magasins annexés aux ateliers.

  • le Service Dépôt qui est le parc d'entrée et de sortie des matériels.

Les installations couvrent bientôt une surface de quelque 12,5 hectares et occupent un millier d'ouvriers.

Le volant de matériels au travail compte en général 300 à 400 véhicules et chaque semaine, ± 25 voitures sont réparées, sans compter les motos et les vélos. Chaque matériel terminé subit un test de route sur 300 km pour en affirmer la qualité.

Et plus de 90 marques de véhicules se sont côtoyées dans ces ateliers durant la guerre.


Période 1919-1940

L'Usine de Réparation du Charroi Automobile

À la fin de la guerre, les réparations lourdes des matériels automoteurs sont confiées à l'U.R.C.A. ou Usine de Réparation du Charroi Automobile. Comme la F.R.C. et la M.A.E., ce complexe est responsable de la mise en oeuvre d'une dizaine d'Ateliers Régionaux de Réparation du Charroi Automobile ou A.R.C.A.

Il forme également des maîtres-mécaniciens pour ses propres besoins et pour ceux des 2e et 3e échelons.

L'U.R.C.A. installée à Jette est détruite par le feu en 1927.

Pour cette raison, l'atelier est transféré à Etterbeek, occupant la partie supérieure du quartier qui sera celui de l'As Ch après la Seconde Guerre mondiale. Le reste de cette caserne est à l'époque réservé à un dépôt de matériels d'artillerie.

Environ 150 hommes travaillent à l'U.R.C.A. qui bientôt va changer de nom et s'appellera E.T.C.Au. ou Établissement Technique du Charroi Automobile. Civils et militaires se côtoient dans le personnel.

L'Arsenal Véhicules de Mortsel

En 1937, le charroi automoteur des forces armées se développe très fort. D'autre part il existe toujours un nombre considérable de matériels hippomobiles.

Dans un but de rationalisation et de centralisation des moyens, on regroupe dans la région anversoise tout ce qui a trait à la maintenance approfondie de ces équipements.

Et c'est ainsi qu'à cette date sont fusionnés sous l'appellation "Arsenal Véhicules", l'Arsenal de Construction et l'Établissement Technique du Charroi Automobile.

Tous les membres de l'E.T.C.Au. ne font pas le déplacement vers Anvers et ceux qui restent à Etterbeek formeront l'A.R.C.A. Brabant.

Les premiers jours de la guerre

La Belgique envahie, l'Arsenal Véhicules doit battre en retraite.

Sa première destination est Poperinghe en Flandre occidentale. Bientôt, il va faire mouvement vers Saint-Étienne en France. En passant par Dieppe, il y est bombardé par l'aviation ennemie mais atteint quand même la zone française non occupée. Il retrouve à Surgères le personnel des A.R.C.A.

Une partie du personnel s'occupe de l'installation des ateliers. Carrosserie et menuiserie sont bientôt opérationnelles en plein air pendant que le reste du personnel décharge dans le port de mer de La Palis deux bateaux chargés de matériel militaire belge (moteurs, accessoires?).

On envisage de transporter l'Arsenal Véhicules au Congo belge en utilisant les deux bateaux suscités, mais les Allemands arrivent, coulent les navires et bloquent le port.

Le personnel prend alors le chemin de la Belgique.


Période 1940-1976

L'Arsenal du Charroi à Etterbeek

En 1944, à la fin de l'occupation, les hommes de l'A.R.C.A. d'Etterbeek rejoignent leurs services d'avant-guerre.

Le personnel de l'E.T.C.Au. qui avait été transféré à Anvers en 1937, prend le même chemin.

Ensemble, ils s'occupent à réparer les véhicules de toutes les armées de libération.

Un groupe travaille particulièrement à la réparation des machines mises sous séquestre lors de l'Occupation.

Cette nouvelle installation va s'appeler "Arsenal du Charroi" ou "Arsenal Ordonnance" (1 As Ord) durant la période 1961-1971.

La mission et l'organisation de l'As Ch

L'As Ch reçoit mission d'assurer au profit de la Force Terrestre et parfois aussi au profit des autres Forces, la maintenance approfondie des

- véhicules automobiles à roues,

- remorques banalisées tous types,

- moteurs et transmissions des véhicules de combat (à chenilles).

Pour réaliser ces missions, il dispose:

  • des ateliers :

- de révision de véhicules à roues et d'ensembles,

                 - de révision de moteurs chars et de véhicules,

                 - d'électricité,

                 - de carrosserie, tôlerie, soudure,

                 - de bâcherie,

                 - de peinture,

                 - de mécanique,

                 - de menuiserie,

                 - de vulcanisation,

                 - d'entretien,

  • de bancs d'essais,
  • d'un atelier prototype avec bureau de dessin,
  • d'un service contrôle,
  • de magasins divers.

En 1975, l'effectif compte 327 personnes dont 117 militaires et 210 agents civils.

Les réalisations de l'As Ch

Nous nous bornons à citer les plus importantes.

- De 1959 à 1966, en vertu d'un contrat signé entre le Ministre de la Défense nationale belge et son collègue de la RFA, révision au profit de la Bundeswher de 250 moteurs et 250 cross-drive de chars Patton.

- Fabrication puis amélioration et révision des "Snow Cats" pour les expéditions antarctiques.

- Étude puis transformation de Jeeps Land Rover en Jeeps blindées pour troupes para-commando.

- Étude puis transformation de Jeeps Land Rover en Jeeps porte-Entac.

- Étude puis transformation de camions lourds Magirus à châssis court en camions à châssis extra-long.

- Adaptation des remorques 45 T porte-chars existantes pour transporter les chars Léopard.

- Étude et transformation des tracteurs Magirus pour tirer des semi-remorques citernes Ragheno.

- Aménagement de véhicules avec double commande pour les besoins d'écolage chauffeurs.

- Train de cibles mobiles pour les stands de Bourg-Léopold.

- Fabrication de divers bancs d'essai.

- Fabrication de home-trainers pour véhicules.

- Étude et placement d'un moteur Bedford dans le camion FN.

- etc.

Pour rappel, l'As Ch fut intégré à l'Arsenal de Rocourt au début de 1976 (voir à ce sujet le Bulletin, Tome III fascicule 4 de décembre 1986).


Liste des Chefs de Corps de l'AS Ch ou du 1 As Ord


1944-1945

Col 1FM Brasseur

1960-1966

Col 1FM Lambert

1945-1947

Col 1FM Rosart

1966-1969

Col Ir Lesuisse

1947-1950

Col 1FM Konikoff

1969-1971

Col Ir Van Den Eynde

1950-1952

Col 1FM De Rest

1971-1974

LtCol Ir Daelmans

1952-1960

Col 1FM Voncken

1974-1976

Col Ir Demanet



Date de mise à jour : Vendredi 30 Octobre 2015