Tome III - Fascicule 2 - avril-juin 1986


Les barrières "Cointet"

Guy de SAIVE


C'est au début des années 1930, que le colonel de Cointet proposa le prototype de ses barrières anti-chars, anti-irruptions.

Elles ont été fabriquées en Belgique dans 28 usines différentes. Le modèle belge se distinguerait du français par l'ajout de 8 cornières verticales en façade ayant fonction d'empêcher les fantassins ennemis de passer à travers, les obligeant à escalader, les mettant ainsi à découvert sur sa crête.

Les barrières "Cointet" étaient prévues pour s'accrocher les unes aux autres, de façon à pouvoir constituer des obstacles sans limite de longueur, leur permettant ainsi de barrer les routes, les frontières, les plages, les forets, les champs immenses, en avant de certaines fortifications, fortins, etc. Elles devraient briser un premier assaut, si un Panzer avait foncé dans un mur Cointet, il s'y serait empêtré comme une mouche dans une toile d'araignée. Mais, dans ce cas, l'insecte qui l'attendait, n'était autre que la mitrailleuse Maxim 08/15 ou mieux, le petit mais terrible canon F.R.C. de 4,7.

Les barrières "Cointet" utilisées comme verrous routiers, pouvaient êtres déplacées entières, une à une, assez facilement par quelques hommes (1) grâce à leurs rouleaux (2).

(1) généralement l'équipe d'un fortin I.R. (anti-irruption)

(2) trois rouleaux par barrière en tôle d'acier ou en ciment coulé

En cas d'alerte, ces barrières étaient bloquées en travers des routes, des chemins de fer, des tunnels, des ponts, etc. par une élingue d'acier courant au ras du sol d'une borne "Cointet" à l'autre (3).

(3) ne pas confondre les bornes "Cointet" avec les bornes à câble ; celles-ci, toutes différentes, servent à tendre un câble à environ 60 cm de hauteur en biais des routes.

Les bornes "Cointet" espèces de gros seaux en béton (4) placées à chaque extrémité des endroits à interdire, doivent leur phénoménale résistance à la traction et aux chocs (5) au fait qu'elles sont renforcées intérieurement par une poutrelle d'acier noyée dans un massif de béton enterré sous elles; de plus, leurs formes tronconiques inversées, force le câble qui les entoure à rester à leur base. Il n'y a donc pas de mouvement de levier. Bornes et massifs étaient bien entendu coulés sur place.

(4) ses flancs sont entourés d'une chape en forte tôle galvanisée pour empêcher l'effet de cisaillement du câble.

(5) dans la vallée de la Vesdre, en face du fortin Vesdre, une Cointet a même résisté a l'impact d'un obus de 75 mm, tiré très probablement du fort de Tancrémont, qui, il est vrai, n'a pas explosé.

75 000 barrières "Cointet" ont été commandées par le gouvernement belge. Elles auraient pu former un mur de fer de 225 km.

Le 10 mai 1940, 73 600 pièces avaient déjà été fournies par l'industrie, soit mises bout à bout 221 km.

Une barrière "Cointet" belge pèse environ 1 300 kg pour une largeur de 3 mètres et une hauteur de 2,5 mètres.

L'armée allemande les réemploya (6) pendant toute la guerre un peu partout en Europe et surtout sur le mur de l'Atlantique.

(6) elles ne furent pas plus convaincantes pour eux que pour nous.



Légende

1. Rouleaux avant

2. Rouleau arrière (directionnel)

3. Demi-charnière

4. Renforcement

5, 6, 7. Anneaux pour fixation mutuelle

8. Crochets de remorquage


Date de mise à jour : Vendredi 27 Novembre 2015