Tome III - Fascicule 11 - juillet-septembre 1988


Terminologie de la fortification

Jules LEBEAU


De la lecture d'un Dictionnaire Militaire Portatif paru au début du siècle dernier, ont été repris les termes de fortification en usage avec la définition y donnée.

L'orthographe de l'époque étant respectée, puisse ce répertoire alphabétique aider nos lecteurs dans la compréhension du langage fortificatif.


ABATIS - Arbres entiers avec leurs branches, dont on aiguise les plus fortes. On tourne la tête de l'arbre vers l'ennemi ; le pied est arrêté par de forts piquets, ou bien on l'enterre obliquement ; ces arbres doivent être rapprochés les uns des autres de manière à entrelacer leurs branches. Si l'on dispose plusieurs rangées d'abatis, il faut les séparer assez pour que le feu ne puisse pas se communiquer de la première à la seconde, dans le cas où l'ennemi serait parvenu à l'incendier.

ANGLES RENTRANS - Dans un retranchement, ils ont l'avantage de produire des feux croisés. Les deux côtés de l'angle se protègent mutuellement par leur feu. Les angles de défense sont formés par deux lignes qui se flanquent ; l'angle droit est le meilleur angle de défense ; il faut s'en écarter le moins possible.

APPROCHES - Travaux de tranchée pour approcher d'une place assiégée.

AVANT-FOSSE - Deuxième fossé creusé à la queue du glacis. Profondeur, 4 pieds ; largeur, 6 à 7 pieds. La terre qui en provient doit être répandue autour de l'ouvrage.

BANQUETTE - Élévation derrière le parapet sur laquelle le soldat monte pour tirer ; elle doit être de 4 pieds à 4 pieds 1 pouce moins élevé que le parapet.

BASTION - Ouvrage composé de deux faces et de deux flancs.

BERME - Bande de terrain naturel, large de 2 pieds, qu'on réserve entre le pied du talus extérieur du parapet et le sommet de l'escarpe.

BLANC D'EAU (Le) - Est une inondation qui a peu de profondeur et qui a lieu ordinairement par épanchement sur les terrains proches de la place. Pour les produire, on fait de petites saignées sur le bord des avant-fossés.

BLOCKHAUS. Réduits isolés - Ils sont ordinairement de forme carrée et à angle droit. Les parois sont formées d'un ou deux rangs de poutres jointives de 0 mètre 32 d'équarrissage, et percées de créneaux ; la couverture est en poutres semblables chargées de terre et de fumier. Si l'infanterie seule doit occuper le blockhaus, la largeur intérieure est de 4 à 5 mètres ; hauteur intérieure, 3 mètres. On peut faire sur le pourtour intérieur un lit de camp qui sert de banquette. S'il y a de l'artillerie, on donne 8 mètres de largeur intérieure ; hauteur intérieure, 3 mètres. S'il y a un lit de camp, la hauteur intérieure est de 2 mètres 50. On peut ajouter de la force au blockhaus en l'entourant d'un fossé et d'un glacis.

BONNET DE PRÊTRE - Se compose de deux flancs et d'un front brisé en dedans ; la tenaille doit former un angle de 60° au moins.

CAPONNIÈRE - Galeries parallèles à la directrice et qui occupent le fond des fossés ; elles sont construites avec des palissades de 9 pieds de longueur, de 6 à 8 pouces d'équarrissage, et qui entrent en terre de 3 pieds ; on les assemble en haut par des linteaux cloués horizontalement.

CASEMATES - Souterrains voûtés, creusés dans le massif des remparts, et percés d'embrasures pour l'artillerie. Le mur de tête est appuyé au revêtement de l'escarpe.

CAVALIERS - On appelle cavaliers une masse de terre élevée dans l'intérieur du bastion dont ils ont la forme ; ils sont environnés d'un fossé, dont la contrescarpe se trace parallèlement à 6 ou 7 toises du parapet du bastion.

CHÂTEAU - Les châteaux et, en général, les édifices composés de plusieurs parties détachées, doivent être fortifiés en prenant le principal corps de bâtiment pour réduit.

CHEMINEMENT - Opération par laquelle on pousse la tranchée sur la capitale d'un ouvrage, en se défilant.

COMMANDEMENT - On entend par commandement d'un ouvrage, la hauteur de la crête de son parapet au-dessus du sol, et par le commandement d'un ouvrage sur un autre ouvrage, la différence de hauteur entre leurs crêtes.

CONTRE-APPROCHES - Pour communiquer aux batteries élevées hors de la place assiégée, on établit des boyaux qui partent du chemin couvert et qui prennent le nom de ligne de contre-approches.

CONTREFORTS - Piliers dont le plan est un trapèze et qui sont adossés aux faces intérieures des revêtements de fortification, des murs d'écluses, des digues, pour retenir la poussée des terres.

CONTRE-GARDES - On les appelle aussi couvre-faces. Ce sont des ouvrages séparés de la place par un fossé et placés devant les points les plus exposés.

CONTRESCARPE - Talus extérieur. Talus du fossé dont l'arête supérieure touche au glacis ou au chemin couvert.

COURONNEMENT - On appelle ainsi un logement préparé par les travaux des assiégeants sur la crête du glacis pour s'emparer du chemin couvert, ou sur le sommet d'une brèche pour s'y maintenir.

COURONNE (OUVRAGE) - Lorsqu'au lieu d'être terminés latéralement par des branches droites, les fronts qui composent la couronne se raccordent avec le corps de la place, cet ouvrage prend le nom de couronné.

COURTINE - Ouvrage en ligne droite qui joint deux bastions.

CRÉMAILLERE - Un ouvrage est à crémaillère, lorsque le parapet est intérieurement taillé en dents de scie. On place les fusiliers dans les coupures, pour obtenir des feux croisés.

CRÉNEAU - Ouverture ou meurtrière pratiquée dans une muraille ou dans un ouvrage pour tirer sur l'ennemi.

CUNETTE - Petite fosse creusée au milieu du fossé d'un ouvrage de fortification.

DÉBLAI - On entend par déblai, les terres enlevées d'une excavation.

DÉFENSE - Emploi des préparatifs nécessaires à la résistance d'une place assiégée.

DÉFILEMENT - L'art du défilement consiste à trouver un tracé horizontal et un relief, tels que toutes les parties intérieures d'un ouvrage soient soustraites à la vue et au feu de l'ennemi.

DEMI-LUNE - Un redan originairement de forme circulaire, a pris le nom de demi-lune ; elle se place devant les fronts de la place, et principalement devant les portes.

DEMI-PLACES D'ARMES - Tranchées courbes, pratiquées de chaque côté du cheminement.

DÉVERSOIRS - Sont des batardeaux par dessus lesquels l'eau passe, lorsque l'inondation a atteint une certaine hauteur.

DIGUE - Est une forte levée de terre de forme prismatique et dirigée perpendiculairement au cours de l'eau.

ÉPAULEMENT - Est un ouvrage qui a pour tracé une droite brisée en arrière par deux flancs ; quelquefois c'est une simple élévation pour couvrir une batterie ou un poste.

ÉPI - Est une digue construite à la surface de l'eau, composée alternativement d'une couche de fascines de 0 mètre 50 d'épaisseur, et de rangées de clayonnages de 0 mètre 30 de hauteur, entre lesquelles on met de la terre ou du gravier ; elle prend le nom d'épi noyé, quand l'eau passe par-dessus. Cette construction est employée pour barrer un bras de rivière, pour servir de fondation à un retranchement.

ESCARPE - Est le talus du fossé dont l'arête supérieure touche à la berme.

ESTACADE FLOTTANTE - Est un obstacle placé en amont d'un pont, pour arrêter les corps flottants qui pourraient le détruire ; une estacade flottante est composée de pièces liées ensemble par des chaînes ; chaque pièce est formée de un ou plusieurs arbres ; l'estacade est tendue d'une rive à l'autre obliquement.

FACE DE BASTION - Portion de parapet qui joint le saillant au flanc d'un bastion.

FASCINE - Fagot de branches minces et droites ; longueur 10 pieds ; diamètre 1 pied ; est lié par 5 ou 6 harts. On le dresse sur des piquets ou chevalets fixés en terre. Les fascines sont un moyen fort expéditif et assez solide de revêtir un retranchement.

FLANC - Portion de parapet qui joint la courtine à la face d'un bastion.

FLANQUEMENT - Défense qu'une portion d'ouvrage reçoit d'une autre par ses feux de flanc ou de revers.

FORTIFICATION - Est l'art d'élever sur la position que l'on veut défendre, des obstacles propres à les renforcer, et en arrière desquels les défenseurs puissent faire usage de leurs armes de la manière la plus avantageuse.

FORTIN - Les redoutes construites sur des pentagones, des hexagones, et généralement les redoutes les plus fortes et d'une forme plus compliquée, prennent le nom de fortin.

FOSSE - Excavation creusée en avant du parapet ; autant que la nature du terrain peut le permettre, il faut lui donner 7 pieds de largeur et 8 pieds de profondeur dans les ouvrages de campagne.

FRAISES - Assemblage de pièces de bois de 6 pieds de long, aiguisées par un bout et clouées à l'autre extrémité sur un liteau à 3 ou 4 pouces d'intervalle ; un second liteau nommé coussinet les assemble par le milieu. Les fraises se placent dans le corps du parapet avant qu'il soit terminé, à 2 pieds au-dessus de la berme; elle sont inclinées à 45 degrés et fixées dans le remblai avec des piquets.

GLACIS - Pente de terrain à partir de la contrescarpe ou de la crête du chemin couvert, qui s'étend vers la campagne en suivant l'inclinaison de la plongée du parapet.

INONDATION - Elle doit avoir au moins 1 mètre 60 centimètres de hauteur d'eau ; elle se produit en barrant des cours d'eau par des digues.

LARDER UN SAUCISSON - C'est unir deux saucissons en enfonçant la tête de l'un dans la tête de l'autre.

LIGNE COUVRANTE OU LIGNE DE FEU - On nomme ainsi la crête intérieure du parapet

LIGNES DE CIRCONVALLATION ET DE CONTREVALLATION - L'armée assiégeante campe autour de la place assiégée, hors de portée de canon ; et pour être en sûreté contre les troupes ennemies qui tenteraient de faire lever le siège, elle s'entoure d'une ligne de circonvallation faisant face au dehors ; du côté de la place assiégée, on trace une ligne de contrevallation pour s'opposer aux sorties de la garnison. Ces lignes sont construites en terre.

LUNETTE - Lorsqu'un redan est brisé intérieurement et qu'il présente deux faces et deux flancs, il prend le nom de lunette ou de redan flanqué.

MAGISTRALE - Ligne qui parcourt la crête intérieure du parapet ; elle s'appelle aussi ligne couvrante ou ligne de feu, parce que c'est immédiatement derrière elle que se rangent les fusiliers.

PALANQUES - Se composent de grosses palissades ou corps d'arbres jointifs de 0 mètre 20 ou plus de diamètre. On fait un créneau de mètre en mètre, en entaillant deux pièces jointives à 2 mètres au-dessus du sol, avec une banquette dans l'intérieur ; ou à 1 mètre 30 avec un fossé en dehors. Elles servent à former la gorge des ouvrages ou à protéger les communications.

PALISSADES - Pièce de bois de 6 à 8 pouces d'équarrissage et de 6 pouces de long. Un des bouts est aiguisé en pointe ; l'autre est durci au feu ; elles doivent être plantées en terre, droites ou inclinées. Les pièces de bois, espacées entre elles de 2 pouces, sont liées par 2 liteaux cloués intérieurement, l'un à raz terre, l'autre vers la moitié de la hauteur saillante de terre. On les place sur le berme ou au fond du fossé.

PARALLELE - Tranchée circulaire qui embrasse le front d'attaque. Son profil se compose, vers la place, d'un parapet, une banquette ; vers le camp se termine en talus. La première parallèle est creusée à 300 toises de la place.

PARAPET - Masse de terre provenant du déblai, derrière laquelle les troupes sont abritées pendant l'action. L'épaisseur du parapet dépend de deux circonstances principales : la nature du terrain formant le remblai et l'espèce d'arme qu'on présume devoir être employée à l'attaque. La fortification passagère n'étant que rarement attaquée par du gros calibre, on doit prendre un terme moyen, et donner 10 à 15 pieds d'épaisseur au parapet, pour résister au canon, et 6 à 8 pieds pour résister à la fusillade.

PAS-DE-SOURIS - On appelle ainsi des escaliers en pierre de 3 pieds de large servant à communiquer du chemin couvert au fossé.

PLACE D'ARMES - L'espace compris entre les saillants du chemin couvert et l'arrondissement du fossé qui est à leur gorge, constitue les places d'armes saillantes. Une place d'armes rentrante, est l'agrandissement du chemin couvert ménagé au rentrant formé par la contrescarpe de la demi-lune et la contrescarpe du corps de place.

PLONGÉE - Plan supérieur du parapet incliné à l'horizon de manière que le soldat puisse découvrir tout ce qui se présente en avant, à partir du bord extérieur du fossé ; doit être de 12 à 15 pouces pour toise d'épaisseur.

QUEUE DE LA TRANCHÉE - Naissance de la tranchée devant une place assiégée ; point fixe dont on s'éloigne en poussant les travaux dont la tête se rapproche sans cesse de l'ennemi.

RAVELIN - Ancien ouvrage perfectionné, et qui alors reçu le nom de demi-lune.

REDAN - Lorsque les faces d'une flèche ont plus de 18 toises, l'ouvrage prend le nom de redan.

REDOUTE - Est un ouvrage fermé dont la magistrale est un polygone.

RÉDUIT - Construction élevée sur le terre-plein des ouvrages, pour augmenter la défense et garantir des feux de revers et d'écharpe ; les réduits ont ordinairement la forme carrée ; ils sont composés d'un fossé, d'un parapet et d'une banquette.

RELIEF - On nomme relief le sens vertical de la fortification.

REMBLAI - Terres qui servent à exhausser certaines parties du terrain.

REMPART (LE) - Se compose d'un parapet et d'un terre-plein.

RETRANCHEMENT - On nomme ainsi les ouvrages élevés pour fortifier un poste ou une position. Diverses parties d'un retranchement : Contrescarpe - Fond du fossé - Escarpe ? Berme - Talus extérieur - Plongée ou talus de plongée ? Talus intérieur du parapet - Le dessus de la banquette - Le talus de la banquette - Le terrain naturel ou le terre-plein - Crête intérieure du parapet ou magistrale - Crête extérieure du parapet

SAC À TERRE - Est fait en toile forte ; il a 2 pieds de long sur 1 pied de diamètre ; est rempli de terre empierrée.

SAUCISSON - Fascine de 1 pied de diamètre sur 18 à 20 pieds de longueur ; composée de branches droites liées à 8 pouces d'intervalle avec des harts.

SIÈGE - Série d'opérations et de travaux qui ont pour but de forcer une place de guerre à se rendre ou à subir l'assaut.

SYSTÈMES DE FORTIFICATION - On appelle ainsi les différentes méthodes de fortification. Voici les systèmes inventés ou modifiés par les ingénieurs les plus célèbres : le système d'Errard le Duc, plaçait les flancs perpendiculaires aux faces ; il avait le défaut de battre la courtine et de ne défendre le fossé que fort obliquement ; les bastions, très étranglés, ne laissaient point à l'artillerie un espace suffisant ; à la même époque on vit paraître le système du chevalier Deville ; il fit connaître l'usage de l'orillon, traverse extérieure qui déborde le flanc et masque une pièce de canon ; puis Marolais inventa la fausse braie ; le comte de Pagan présenta un système dans lequel les flancs sont perpendiculaires aux lignes de défense : son orillon est carré ; il construisit de petits bastions dans les grands, et changea le ravelin en demi-lune ; Coehorn, ingénieur hollandais, présenta un système plus savant, plus compliqué que les précédens ; il convient surtout aux places où l'on peut faire des manoeuvres d'eau, il combine les fossés secs et inondés, les ouvrages revêtus, les ouvrages en terre et les batteries casematées ; il ordonne le terre-plein de son chemin couvert et celui des fossés secs ; de manière qu'on ne puisse y creuser à la moindre profondeur sans rencontrer l'eau ; l'illustre Vauban vint donner à l'art de la défense et de l'attaque, le plus haut degré de perfection ; il inventa les parallèles, et la tenaille pour remplacer les fausses braies ; il inventa la manière de tirer à ricochet, etc. ; enfin son génie lui suggéra des combinaisons différentes pour toutes les positions, pour tous les terrains ; son vaste et savant système se refuse à une analyse succincte. Le système de Cormontaigne repose sur celui de Pagan et de Vauban ; il est remarquable par la grande saillie des demi-lunes, par les réduits aux places d'armes du chemin couvert et par les coupures et retranchements intérieurs joints aux bastions.

TALUS EXTÉRIEUR DU PARAPET - Inclinaison des terres qui le forment vers la campagne. Le talus doit se régler selon la nature des terres ; son inclinaison est de 45° dans les terres ordinaires.

TALUS INTÉRIEUR DU PARAPET - Inclinaison des terres qui le forment vers l'intérieur de la place. La base du talus intérieur est du quart au tiers de la hauteur d'appui.

TAMBOUR - Système de palissades et de charpentes enfoncées en terre de 3 pieds, et  en sortant d'environ 8 pieds. Les pièces de bois sont taillées à l'avance, de manière qu'étant placées jointivement les entailles forment créneaux.

TENAILLE - Ouvrage accessoire construit dans le fossé entre deux bastions sur la direction des lignes de défense : est composé de deux faces et d'une courtine parallèle à celle du corps de place.

TERRE-PLEIN - Surface du terrain en arrière du parapet.

TÊTE DE TRANCHÉE - Partie de la tranchée qui se rapproche le plus de la place assiégée.

TRACE - On entend par tracé le développement d'une fortification sur le terrain.

TRANCHÉE - Chemin creux en zigzag pour approcher d'une place sans être exposé à son feu. Chaque partie de ces zigzag s'appelle boyau de tranchée.

TROU DE LOUP OU PUITS MILITAIRE - Fossé conique plus étroit au fond qu'au bord, au milieu duquel on plante un piquet pointu. Profondeur, 6 à 8 pieds ; diamètre supérieur, 6 pieds, diamètre inférieur, 1 pied ; longueur du piquet hors de terre, 3 pieds.


Table de conversion des mesures

1 ligne est égale à 0,002 mètre.

1 pouce est égal à 0,027 mètre.

1 pied est égal à 0,325 mètre.

1 toise est égale à 1,949 mètre.


Date de mise à jour : Mercredi 4 Novembre 2015