Tome III - Fascicule 11 - juillet-septembre 1988


Les fortifications Séré de Rivière et leur modernisation (1873-1914)

Alain LECOMTE


1. Généralités

Les armées françaises, vaincues par les forces prussiennes durant la guerre de 1870, durent capituler, et une des clauses du traité de Francfort (10 mai 1871) fut l'annexion de l'Alsace et d'une grande partie de la Lorraine à l'Empire allemand.

Immédiatement, les nouveaux occupants commencèrent à fortifier Metz, Strasbourg, puis Thionville. Le but des ouvrages édifiés n'était pas seulement de compliquer la tâche d'une éventuelle entreprise française de reconquête, mais aussi d'établir une solide base pour assurer le débouché et le ravitaillement d'une nouvelle action offensive possible contre la France.

La menace était donc là, et la nouvelle frontière qui avait été imposée à la France était difficile à défendre :

- Absence d'obstacles naturels (rivières, montagnes).

- Absence de fortifications (la place de Metz, où 4 forts avaient été construits juste avant 1870, était à présent aux mains des Allemands).

- Effectifs squelettiques pouvant être opposés à une éventuelle armée allemande d'invasion.

- Les fortifications bastionnées gardant les autres frontières étaient périmées ; la neutralité belge pouvait être violée.

- L'Italie pouvait conclure un pacte militaire avec l'Allemagne.

Il était donc urgent d'édifier des obstacles fortifiés le long de la frontière nord-est de la France, mais aussi au nord (frontière belge) et au sud-est (frontière italienne).

Les derniers soldats allemands d'occupation quittèrent le sol français en septembre 1873, mais depuis 2 ans déjà, des études détaillées avaient été entreprises sous la direction du général Séré de Rivière (souvent orthographié "de Rivières").

Né en 1815, il avait été influencé par les écrits de Rognat et de Maureilhan. Avant la guerre de 1870, il avait déjà fait construire quelques forts à Nice, Metz et Belfort. Il devint secrétaire du "Comité de Défense" en 1872.


2. Le projet original


2.1. Frontière allemande

Conçu dès novembre 1871, et pleinement débattu en novembre 1873, le projet original proposait des forts détachés utilisés de 3 manières possibles :

  • Camps retranchés : Ce sont les points forts du système ; ils consistent en la fortification d'une ville de moyenne importance, par construction d'une ceinture de forts, située à quelques kilomètres à la périphérie. Ces camps retranchés sont autonomes (munitions, nourriture, eau, etc.) et peuvent soutenir un siège de plusieurs mois. Les forts sont situés à distance suffisante pour mettre la ville à l'abri d'un bombardement, considérant la portée de l'artillerie rayée moderne.

Ces camps peuvent également servir de base logistique à l'armée de campagne, lors d'une contre attaque de flanc contre un envahisseur.

Sur la frontière nord-est, les camps retranchés sont Verdun, Toul, Épinal, Belfort, avec comme bases arrières Langres, Dijon et Besançon.

  • Rideaux défensifs : Ce sont des lignes de forts joignant deux camps retranchés, distants d'une cinquantaine de kilomètres. Chaque fort est situé de 5 à 10 km de son voisin. Ces "rideaux" sont construits autant que possible sur les faibles obstacles naturels existants, qu'ils renforcent. Par exemple, en région montagneuse, il s'agit d'interdire les passages obligés, de manière à assurer l'imperméabilité du "rideau".

Entre Verdun et Toul, le rideau défensif suit une ligne naturelle de collines : les "côtes de Meuse".

Entre Épinal et Belfort, le rideau renforce une ligne de crêtes des Vosges : il est connu sous le nom de rideau de Haute Moselle.

Un troisième rideau avait été proposé entre Dijon et Chagny, avec une position arrière à Autun, l'ensemble devant constituer la zone fortifiée du Morvan (non réalisée).

  • Forts d'arrêt : Ils sont destinés à bloquer, pour une durée limitée, des points de passage importants (routes ou lignes de chemin de fer). Par exemple, Manonvillers avait mission d'interdire la voie ferrée Saverne-Paris.


2.2. Frontière belge

Le projet initial, publié en avril 1876, proposait un rideau défensif entre les deux camps retranchés de Valenciennes et Maubeuge, complété par une position défensive à Dunkerque. Plusieurs forts d'arrêt contrôlaient la forêt des Ardennes (forts d'Hirson, Charlemont, Les Ayelles, Montmédy et Longwy).

En fait, deux seulement étaient des forts nouveaux, les trois autres étant de vieilles places bastionnées, plus ou moins améliorées.

Une seconde ligne était prévue à Péronne, La Fère, Laon, Reims, comme dernier verrou avant la capitale.

En définitive, Valenciennes reçut un début d'exécution (3 forts) mais fut remplacée par Lille, en tant que camp retranché.

La Fère, Reims et Dunkerque ne furent pas terminés non plus.

Quant à Péronne, les travaux ne furent même pas commencés.


2.3. Frontière suisse

Située en zone montagneuse (Jura), cette frontière facile à défendre ne fut créditée que de quelques forts, dans le projet publié en avril 1877 : les forts du Lomont, de Saint-Antoine, de Risoux. Des forts plus anciens étaient encore valables, car la fortification vieillit moins vite en zone montagneuse : forts des Rousses, de Joux, de L'Écluse, du Larmont.


2.4. Frontière italienne

Dans cette région également montagneuse (Alpes), des camps retranchés avaient été prévus à Albertville, Chamousset, Briançon et Nice, renforcés par des positions arrières à Lyon, Grenoble et Toulon.

Des forts d'arrêt devaient bloquer des passages obligés ; certains consisteront en des forts nouveaux (Olive, Barnonnet, etc.), alors que d'autres utiliseront des forts anciens (Saint-Vincent, Tournoux, Mont-Dauphin, etc.).


2.5. Frontière espagnole

Quelques forts suffiront à imperméabiliser l'excellente barrière naturelle que constituent les Pyrénées : fort du Serrant d'Envaquer (Perpignan) et fort Bear (Port-Vendre) sont des forts nouveaux. Les forts anciens sont réutilisés là aussi : Mont-Louis, Portalet, Bayonne, etc.).

2.6. Paris

La capitale disposait toujours de sa ceinture de forts détachés construits par Dode de la Brunerie en 1842. Ces forts bastionnés, situés trop près de la ville et dotés en outre de vastes cours non protégées, deviennent des proies faciles pour l'artillerie rayée prussienne, durant le siège de 1871. Il aurait été trop coûteux d'établir une nouvelle ceinture complète de forts polygonaux, situés à une distance suffisante de la ville ; le choix fut donc fait de construire seulement 3 rideaux défensifs, les forts extrêmes de chaque rideau étant de grands forts, dotés d'artillerie sous tourelle Mougin. Les intervalles entre ces trois rideaux devaient être tenus par l'armée de campagne.

Ces trois rideaux sont :

- Saint-Cyr - Palaiseau

- Villeneuve - Vaujours

- Stain - Montlignon

et sont complétés par trois forts séparés : Corneille, Marly et Verrière.


3. Conception des forts

Les forts Séré de Rivière sont essentiellement de grandes batteries, pour 20 ou 30 canons tirant à partir d'emplacements à ciel ouvert. Les forts à "batterie haute" ont leur artillerie juchée sur un cavalier central, ce dernier abritant souvent la caserne principale. Ces forts, coûteux, furent la plupart du temps remplacés à partir de 1877, par des forts à batterie basse, ou les banquettes d'artillerie sont situées à la périphérie du fort, au niveau du sommet du glacis.

À cette époque, l'artillerie tirait seulement sur des objectifs directement visibles ; dès que le terrain environnant le fort présentait trop d'angles morts, ceux-ci étaient battus par des batteries construites au voisinage. Certains forts ont jusque 8 batteries annexes ; l'ouvrage principal prend alors le nom de "réduit" (réduit de Verrière, du Trou d'Enfer, de Lucey).

Tous les ouvrages sont construits en maçonnerie. Les pierres sont extraites et taillées localement de manière à réduire les coûts. Il sera souvent fait appel à la main d'oeuvre pénitentiaire. Dans le nord de la France, la pierre fut remplacée par la brique.


3.1. Défense rapprochée

Ces forts utilisent le système polygonal simplifié, abandonnant le tracé bastionné, ainsi que l'avait proposé Montalembert un siècle plus tôt.

Le fossé, à escarpe et contrescarpe revêtues, est profond (6 m) et étroit (8 m) afin d'éviter la destruction par obus. La traversée du fossé est interdite par des caponnières basses dont l'armement est, par fossé à battre :

- Un canon revolver Hotchkiss, ancêtre de la mitrailleuse, consistant en 5 canons de 40 mm montés en barillet, actionné par une manivelle. Chaque canon a un pas de rayures spécifique, l'ensemble fournissant une dispersion suffisante des projectiles pour battre la largeur totale du fossé sans déplacer l'arme, et donc sans viser, facteur de vitesse appréciable lors d'une attaque d'infanterie.

- Un canon de 12 "culasse", résultat de la récupération d'un ancien tube de bronze, coulé vers 1858, et modifié pour permettre un chargement par la culasse. Le but de cette arme est la destruction des moyens de franchissement qui pourraient être mis en place par l'assaillant pour neutraliser le fossé. L'intérêt de ce canon est que sa faible puissance permet de tirer dans l'axe du fossé sans endommager son revêtement de pierre.

Il est intéressant de remarquer qu'à la même époque, Brialmont utilisait une seule et même arme pour accomplir les deux tâches : le canon de 57 à tir rapide, utilisant des boites à balles contre l'infanterie ou des obus explosifs contre les moyens de franchissement.

L'accès principal du fort est protégé par un pont, le plus souvent à effacement latéral ou longitudinal, surveillé par meurtrières et créneaux de pied.

Une caponnière couvre souvent le front de gorge, sauf à Paris, ou le tracé pseudo-bastionné a été utilisé pour ce front.


3.2. Artillerie

Raison d'être principale des forts avant 1885, l'artillerie consiste en canons de 155, 138, ou 120 mm, établis sur des emplacements à ciel ouvert séparés par des abris maçonnés appelés "traverses-abris".

Le canon le plus puissant est le 155 long, système "De Bange", modèle 1877, tirant un obus de 40 kg avec une portée de 10 km.

Un grand fort avait 60 canons de gros calibre, chacun doté d'un approvisionnement de 800 coups. L'ensemble représente environ 300 tonnes de poudre à stocker au sec dans les deux ou trois grandes poudrières du fort. Il s'agissait bien sûr à l'époque, uniquement de poudre noire.

Les forts des camps retranchés et ceux des rideaux défensifs fournissaient des feux frontaux et latéraux, alors que les forts d'arrêt, suceptibles d'être encerclés, pouvaient tirer de tous cotés (il n'y avait pas de front de gorge dans ces forts).


3.3. Casemates et tourelles cuirassées

Dès 1874, apparurent les premières réalisations destinées à protéger les canons au moyen de casemates cuirassées ; deux modèles furent construits :

- Une grande casemate pour canon de 155 long, dont le blindage était fait de fonte dure. Dix exemplaires furent installés.

- Une casemate plus petite et moins protégée, armée d'un 138 mm

Quatre exemplaires furent installés en zone montagneuse.

Deux ans après, suite aux réalisations de Brialmont (1862) et de Schumann (1870), la première tourelle tournante française fut réalisée ; proposée par Mougin en 1876, son blindage de fonte dure protégeait 2 canons de 155 longs "De Bange". 25 exemplaires furent construits, la plupart par Châtillon-Commentry, certains par Schneider-Le Creusot.


3.4. Casernes et magasins

Les voûtes et piédroits sont en pierre et ont une épaisseur de 1,4 m. Les casernes et magasins voient leur voûte recouverte d'un "merlon" de terre rapportée, donnant une protection verticale de 7 mètres au dessus de la pierre. Ceci donne souvent l'impression (fausse) que le fort a été excavé, et construit en souterrain.

Les grands forts ont plusieurs casernes, l'ensemble pouvant abriter jusqu'à 1200 soldats. Deux petites casernes sont réservées aux officiers et aux sous-officiers. Une infirmerie pouvait abriter une centaine de malades ou de blessés.

Plusieurs magasins et poudrières fournissent une surface de stockage de 1000 mètres carrés pour les vivres et 500 pour les munitions. L'eau était fournie par un ou plusieurs puits, et plusieurs citernes recueillaient l'eau de ruissellement à la face supérieure des voûtes. Tous les forts sont pourvus d'un four à pain réalisé en briques réfractaires.


3.5. Télécommunications

Les lignes téléphoniques étant fragiles, et l'usage des pigeons voyageurs aléatoire, une pièce spéciale abritait un poste optique. La communication entre ouvrages fortifiés était ainsi assurée en utilisant soit la lumière solaire captée par un jeu de miroirs, soit une flamme oxy-acétylénique la nuit ou par mauvais temps.


4. Avancement des travaux en 1885

La période 1873-1885 vit l'érection de 166 forts, 43 ouvrages et 250 batteries, construits selon la conception originale de Séré de Rivière. Cette réalisation s'étend de Dunkerque à Nice (voir carte) et autour de Paris.

À cause de médiocres raisons politiques, Séré de Rivière fut déchargé de ses fonctions en janvier 1880, mais les constructions continuèrent selon son projet.

Cependant, le règne de la poudre noire arrivait à terme ; dès 1886, l'apparition des obus à explosif brisant (mélinite) marquait la fin des fortifications maçonnées et de l'artillerie non défilée. Du jour au lendemain, les fortifications Séré de Rivière, dont le ciment achevait juste de sécher, devenaient périmées.


5. Modernisations réalisées de 1886 à 1914

L'artillerie, concentrée dans les forts, fut enlevée et installée dans des batteries d'intervalle.

Les forts, généralement construits sur des points hauts, devinrent des positions d'infanterie abritant des observatoires. La maçonnerie, incapable d'encaisser le choc des obus torpilles, dût être recouverte d'une couche de 2,5 mètres de béton non armé.

Entre les voûtes originales et le béton, une couche de sable interstitiel de 1 m environ fut étalée après avoir dégagé les terres. L'avenir enseignera que cette couche de sable s'avérera particulièrement néfaste sous les bombardements de gros calibre (420 mm) : les vibrations de la couche bétonnée, peu endommagée par elle-même, étaient transmises aux voûtes originales de maçonnerie, qui s'effondrèrent souvent sur les défenseurs abrités dans leurs casernes de guerre.

À partir de 1897, seul le béton armé fut utilisé, ce qui permit un relief moindre, et une résistance supérieure, des forts modernes. Pour les besoins de la défense rapprochée et de la défense des intervalles, quelques canons subsistaient dans les forts, protégés dans des tourelles à éclipse conçues pour deux canons de 57 mm Nordenfeld, vite remplacés par des tubes de 75 mm. Dans  quelques rares cas, des canons de 155 mm furent également installés dans des tourelles à éclipse, ou bien par paire jumelée (tourelles pour canons longs) ou à l'unité (canons raccourcis).

Des tourelles à éclipse, peu blindées, furent également conçues pour une mitrailleuse Gatling (bientôt remplacée par un jumelage Hotchkiss). Une tourelle équipée d'un projecteur Sauter-Harlé de 90 mm fut également fabriquée à 5 exemplaires ; cette tourelle émergeait de 2 mètres au dessus du béton, en position de batterie.

Un observatoire Bussière à éclipse fut également expérimenté. Peu avant la guerre, et sous l'influence des conceptions allemandes (Festen), les forts commencèrent à être inclus dans des "centres de résistance" beaucoup plus vastes, équipés de tourelles tournantes (non à éclipse) pour un canon court de 155 mm, installé à contre-pente.

Une casemate bétonnée, dite "casemate de Bourges" fut conçue en 1899 pour assurer la défense des intervalles ; équipée à l'origine de tubes de 95 mm, elle fut rapidement armée du tube de 75 à long recul.

Les deux chambres de tir étaient complétées par un observatoire sous béton. Une seule casemate d'action frontale fut réalisée, au fort du Janus (Alpes), pour 4 canons de 95 mm. L'observation se faisait à la jumelle, sous la protection des petites cloches "Digoin", blindées à 25 mm d'acier. En 1916, des cloches "Pamard" furent réalisées pour abriter des mitrailleuses. Le fossé lui-même fut transformé : l'escarpe de pierre fut supprimée et remplacée par une forte pente en terre gazonnée susceptible d'absorber l'énergie libérée par les obus à la mélinite. Au pied de l'escarpe, et au sommet de la contrescarpe (à présent bétonnée) de fortes grilles pouvaient arrêter l'infanterie, tout en résistant assez bien aux bombardements. Le fond du fossé était recouvert de barbelés. Les caponnières d'escarpe, trop vulnérables, migrèrent de l'autre côté du fossé, et devinrent des coffres de contrescarpe. Leur armement (canon-revolver et canon de 12 culasse) fut conservé, mais il lui fut adjoint un projecteur à acétylène. Les modernisations étaient très coûteuses et seulement un tiers des forts Séré de Rivière furent renforcés, principalement à Verdun, Toul et Belfort. D'autres forts reçurent des améliorations partielles, mais beaucoup furent laissés en l'état. Peu de temps avant la guerre, quelques forts furent équipés de groupes électrogènes, fournissant l'éclairage, la ventilation, et l'alimentation des monte-charges.


6. L'épreuve du feu

Le premier résultat des fortifications françaises fut l'obligation faite au Kaiser de violer la neutralité belge, l'attaque de front sur la zone Verdun-Belfort ne pouvant pas donner de percée rapide. Ceci induisit l'entrée en guerre de l'Angleterre aux côtés de ses alliés. Sous un déluge d'obus (17.000 coups), un fort isolé comme Mmanonvillers dut capituler au bout de quelques jours, en dépit de toutes les modernisations apportées à ce vieux fort. Par contre un fort comme Troyon, resté à l'état originel, résista, car l'encerclement put être évité. En fait la garnison de Manonvillers dut se rendre, non pas tant à cause de la destruction du fort, qu'à cause de l'action des gaz délétères produits par l'explosion de tous les obus. Il était prévu que les coupoles Mougin ne résistent pas, mais la carence des tourelles Galopin à deux canons de 155 fut une surprise (en particulier, faiblesses au niveau de la collerette bétonnée et de l'avant-cuirasse). L'absence de pièces de repos suffisamment enterrées ne permit pas à la garnison de trouver un minimum de repos. Le fait que l'entrée du fort soit située dans la zone de feu, interdisait l'évacuation des blessés et l'entrée de renforts, de munitions et de provisions. Des citernes d'eau se fendillèrent, assoiffant les assiégés.

Des améliorations d'urgence, dictées par les circonstances, furent ainsi réalisées durant la guerre, en particulier à Verdun en 1916 (galeries de mine sous le fort, créneaux de mitrailleuses et entrées éloignées, ventilation, sas anti-gaz, etc.). Le fort le plus bombardé par les 420 mm fut Moulainville qui reçut 339 obus chargés chacun de 106 kg de tolite (comparé à Wavre-Sainte-Catherine qui reçut, lui, 171 obus de même modèle). Moulainville ne fut pas pris car, non encerclé, il pouvait être évacué puis réoccupé par les Français, dès la fin des bombardements.


7. Conclusions

Avec le recul du temps, il est acquis que les fortifications Séré de Rivière modernisées ont largement rempli leur tâche, en dépit d'un renforcement très incomplet et d'une défaveur de l'état-major au début de la guerre : en effet, ce dernier fut effrayé par la faible résistance des forts Brialmont et des places du nord de la France, en particulier Maubeuge ; il fut prescrit d'évacuer les forts et de préparer leur sabordage ; les casemates de Bourges furent même désarmées partiellement. Heureusement, la bonne tenue au feu des forts de Verdun, mieux modernisés, inversera la tendance. Même périmés, même partiellement désarmés, les forts Séré de Rivière contribuèrent largement à la victoire et la réponse à la question du colonel Rocolle (le béton paye-t-il ?) est que ce fut un excellent investissement pour le contribuable français.

Les enseignements du conflit 1914-1918 seront par ailleurs largement utilisés après guerre quand la troisième République, après avoir réalisé les fortifications Séré de Rivière, entreprit la réalisation d'une oeuvre d'ampleur analogue : la ligne Maginot.


Date de mise à jour : Mercredi 4 Novembre 2015