Tome III - Fascicule 10 - avril-juin 1988


La construction du fort d'Eben-Emael

Jules LEBEAU


Certains récits qui défigurent l'histoire ont paru sur la construction du fort d'Eben-Emael.

Un compte rendu précis du Major du Génie Mercier sur les travaux de construction de ce fort, détruit certaines légendes qui sont encore perpétuées actuellement.

Il a paru intéressant de diffuser ces informations, difficilement contestables, car qui serait plus crédible que le Major Mercier qui, d'avril 1932 à septembre 1935, alors revêtu du grade de Commandant du Génie, assuma la direction des travaux de construction du fort.

Son adjoint était le Lieutenant du Génie Dubuisson qui, à partir de septembre 1935, reprit cette direction.

Le personnel civil surveillant des Bâtiments Militaires (B.M.) comprenait trois agents techniques et une vingtaine de surveillants de travaux.

Les travaux de construction du fort d'Eben-Emael ont commencé le 1er avril 1932, le gros oeuvre était terminé fin 1935 de même que l'équipement électrique et les différentes machines (ventilation, monte-charge, etc.).

Fin 1935, les armements de défense rapprochée étaient installés de même que ceux des casemates. Le montage des coupoles était en cours.

La garnison a occupé le fort dans le second semestre de 1934.

Les principaux travaux exécutés de 1936 à 1940 furent :

- Construction d'un fossé artificiel entre le coffre 2 et la pointe nord.

- Équipement des chambres de l'infirmerie de la caserne souterraine.

- Installation du poste de T.S.F.

- Remplacement des 3 moteurs Diesel existants par 6 autres.

- Installation d'une cabine de transformation.

- Modification du réseau électrique intérieur.

- Installation d'un groupe de ventilation pour mise sous pression totale du fort.

- Chauffage intérieur du fort (en cours le 10 mai 1940).

- Construction d'une citerne à mazout supplémentaire.

- Construction d'une cheminée de secours.

Les plans d'exécution ont été élaborés au fur et à mesure de la construction. Ce fait est illustré par le grand nombre de clauses additionnelles modifiant en cours d'entreprise les dispositions prévues à l'origine. Les travaux ont été divisés en plusieurs entreprises pour les échelonner dans le temps et donner du travail à plusieurs entrepreneurs (crise économique).

La première entreprise a eu pour objet la construction de tous les puits destinés à relier les organes de surface aux galeries.

Son exécution devait permettre d'entreprendre par la suite, simultanément les travaux en surface et le creusement des galeries.

Elle fut confiée à la Société Construction, Étude et Ouvraison de Bruxelles. Elle a coûté 1.840.000 frs.

La deuxième entreprise confiée à l'entreprise Limere Frères de Bassenge a eu pour objet la construction du réseau de galeries (étage haut).

Cette entreprise, commencée avec un simple schéma a été la plus difficile au point de vue technique, les galeries devant fatalement réunir les puits déjà construits. Elle a donné lieu à des opérations topographiques minutieuses.

Des expériences furent faites pour déterminer la nature et l'épaisseur des revêtements. À cet effet, on fit exploser une charge à l'aplomb d'un réseau de galeries d'essai dont l'une n'était pas revêtue, une deuxième avait un revêtement de 0,15 m de béton simple, la troisième un revêtement de 0,25 m en béton armé. La profondeur et le poids de la charge avaient évidemment été choisis pour dépasser la pénétration et la charge des plus forts projectiles connus.

La galerie non revêtue ayant à peine été touchée par les effets de l'explosion (un coin de terrain détaché à une pénétration de voûte), il fut décidé de revêtir en 0,15 m de béton simple.

Le creusement des galeries ayant révélé la présence de poches de dissolution dans le terrain et des écoulements sérieux se produisant, il fallut étudier le renforcement de certains éléments de galerie, c'est ainsi que certains tronçons furent armés et que les épaisseurs dans ces tronçons furent augmentées jusque 0,40 m dans certains cas.

De plus des sondages systématiques furent prescrits dans les piédroits de manière à connaître le terrain en arrière des piédroits.

Les locaux les plus pénibles à construire furent :

- Magasin du coffre 6.

- Magasin de la casemate Ma 1.

- Magasin du coffre Mi nord.

- Complexe de locaux ascenseur.

- Salle de ventilateur.

- Galerie, escalier de la caserne souterraine.

- Deux locaux (chambre troupe) de la caserne souterraine durent être raccourcis pour pouvoir contourner une poche sans risque d'éboulement.

Ces avatars portèrent à 5.734.681 frs le prix de cette entreprise dont le montant primitif était de 4.162.126 frs.

Il n'y eut pas moins de 11 clauses additionnelles.

La troisième entreprise comportant la construction des organes de surface des casemates et de la coupole de 120 mm fut confiée à la Société Construction, Études et Ouvraison.

Montant initial de 3.457.152 frs porté à 3.700.975 frs par 6 clauses additionnelles. Quelques ennuis en fondations, celles-ci ayant dû être renforcées par puits parce que l'extrémité des casemates posées sur le puit d'accès était somme toute fondée à grande profondeur, des puits de fondation ont été ajoutés à l'extrémité opposée pour équilibrer et éviter qu'un léger tassement en cours de construction n'incline les berceaux des pièces.

La quatrième entreprise comportait la construction des organes de surface des coffres Mi sud, Mi nord, 2, 4 et 6.

Ce fut exécuté par l'entreprise Limere Frères de Bassenge. Montant initial 2.333.465 frs passé à 2.762.464 frs par 5 clauses additionnelles.

La cinquième entreprise exécutée par l'entrepreneur de Wergifosse d'Angleur, comportait le bâtiment d'entrée (coffre 1), les coffres du Canal et le coffre 1 pour un montant  initial de 3.934.897 frs porté à 4.649.487 frs par 8 clauses additionnelles.

La sixième entreprise confiée à l'entrepreneur Pieters de Retinne comportait la construction des coupoles 3 et 5 (respectivement coupole nord et coupole sud). Montant initial de 2.556.000 frs porté à 2.723.426 frs par 5 clauses additionnelles.

La septième entreprise. Entreprise Trabeka de Bruxelles comportait la construction de la caserne souterrainne pour 2.289.684 frs porté à 2.460.245 frs par 7 clauses additionnelles.

La huitième entreprise confiée à l'entrepreneur Spinette d'Andenne, comportait la constitution des fossés et la mise en place des terrassements. Montant 1.904.000 frs y compris 2 clauses additionnelles.

D'autres entreprises, de moindre importance, participèrent à des travaux de terrassement et de bétonnage.

Les travaux relatifs aux coffres furent contrariés par la non-fourniture en temps voulu des cuvelages d'embrasures (canons, Mi, phares). Pour ne pas bloquer les entreprises, il fallut bien laisser béants les murs de masque et placer les cuvelages par après.

L'obligation de laisser le passage au Chemin de Commune pour permettre la pose des pièces pondéreuses des coupoles, fut la cause du maintien d'un bouchon barrant le fossé entre les coffres 4 et 5 jusqu'à l'achèvement des coupoles.

La mise en place de l'armement y compris les plaques de blindage des casemates (35 tonnes par pièce) fut assurée par du personnel de la Fonderie Royale des Canons (F.R.C.) sous la direction du capitaine I.F.M. Philips et de l'agent technique Collard, ou par des entreprises civiles dirigées par la F.R.C.

Qu'il soit permis de féliciter ces entreprises belges, la direction et le personnel qui ont participé à la réalisation de cet ouvrage.


Date de mise à jour : Mercredi 4 Novembre 2015