Tome III - Fascicule 1 - janvier-mars 1986

La manufacture d'armes de l'État, en 1881

Colonel A. HALKIN


La Manufacture d'armes de l'État a été fondée en 1840.

Elle a pour objet :

1° la fabrication ou la transformation des armes portatives destinées aux divers corps de l'armée, à la gendarmerie et aux douaniers ;

2° la réparation de ces armes ;

3° la confection des pièces de rechange employées dans les réparations.

La direction et la surveillance des travaux sont confiées à un certain nombre d'officiers d'artillerie et d'employés civils.

Le service de l'inspection des armes de guerre comporte en outre la visite de l'armement dans les corps et dans les arsenaux, ainsi que l'examen de toutes les questions relatives à cet objet, sous les di vers rapports de perfectionnement, de fabrication, d'entretien et de conservation.

Un officier supérieur est chef de service, sous le titre d'inspecteur des armes ; il est, en même temps, chargé de la direction et de la police de la M.A.E. Il a sous ses ordres un sous-inspecteur, ainsi que le nombre d'officiers et d'employés nécessaires.

Les officiers sont mis au courant, successivement, des différentes branches de la fabrication des armes portatives ; ils rédigent des mémoires sur toutes les divisions du service.

Les contrôleurs et réviseurs sont chargés de toutes les épreuves et réceptions. Ils sont aussi chargés de surveiller et d'instruire les ouvriers ; ils sont nommés à la suite d'examens pratiques et théoriques.

Le personnel ouvrier comprend : outre des ouvriers civils dont le nombre varie suivant l'importance des commandes, une compagnie d'ouvriers armuriers composée de volontaires ayant contracté un engagement minimum de six ans (1) et des ouvriers militaires détachés de leurs corps.

(1) Comme ce fut le cas pour l'ouvrier de 1870 dont le livret militaire a fait l'objet d'un article dans le Bulletin, tome II, fasc. 10 de juin 1985 (Note de la rédaction)

Cette compagnie a pour but principal de former des maîtres armuriers d'infanterie, d'artillerie et de cavalerie, et des armuriers de bataillon d'infanterie, pour remplir les vides qui peuvent se produire dans ces emplois auprès des divers corps de l'armée.

Avant 1830 et jusqu'en 1838, les commandes d'armes du Gouvernement étaient livrées à l'industrie armurière de Liège. La surveillance de leur exécution était fort incomplète au point de vue de l'emploi des matières premières et des procédés de travail, puisque la fabrication n'était pas concentrée dans un établissement, mais confiée à de nombreux ouvriers de toutes catégories et disséminés dans les environs de la ville. Les officiers d'artillerie et les contrôleurs, responsables de la bonne qualité des armes, ne pouvaient avoir leur apaisement

À cet égard, ils se bornaient à contrôler les rentrées, à vérifier l'exactitude des formes et dimensions des pièces, en soumettant quelques-unes d'entre elles aux épreuves réglementaires admises.

Les ouvriers dans l'arme de guerre, en nombre restreint alors, routiniers parce qu'ils ne connaissaient que les fusils à silex, les modèles français et anglais, échappaient à l'action directe des officiers et des contrôleurs ; du reste, les premiers ne pouvaient guère s'initier à une fabrication divisée.

Cet état de chose a dû contribuer grandement à enrayer le progrès : la bonne qualité des matières premières entrant pour beaucoup dans la valeur des armes. Lorsque ces matières premières ont été éprouvées et examinées avec soin, la meilleure garantie de leur emploi est que les ouvriers les mettent en oeuvre dans l'établissement où ils les reçoivent.

Convaincu de cette vérité, le Gouvernement, dès 1838, mit en régie la fabrication des armes de guerre. À cet effet, en novembre de l'année précédente, il avait loué la fabrique d'armes de M. Malherbe de Goffontaine ; la remise des locaux et des machines eut lieu en décembre. Le personnel de M. Malherbe fut provisoirement conservé et, pour recruter des ouvriers, il fut fait appel à tous les miliciens connaissant le métier d'armurier. Une compagnie provisoire d'ouvriers armuriers fut créée par arrêté royal du 12 novembre 1837 (n° 2664) ; elle fut convertie plus tard en compagnie d'artilleurs armuriers, par arrêté royal du 5juin 1841 (n° 4051).

Un atelier de réparation fut annexé, le 12 décembre 1837, à la fabrique de M. Malherbe ; le major Timmerhans prit, le 1er janvier 1838, la direction de cet atelier. L'inspection des armes de guerre avait alors à sa tête le colonel Wittert. La fabrique de M. Malherbe n'avait été louée qu'en attendant l'érection de bâtiments appartenant à l'État. Le 8 mars 1838, fut signé l'acte de vente, au Gouvernement, de la propriété Lecrenier, au prix de cinquante mille francs. C'est sur cet emplacement qu'est construite la Manufacture actuelle ; son érection a coûté 225.000 francs.

La fabrication des armes ne tarda pas à se ressentir de l'effet salutaire du système d'organisation adopté. C'est aux recherches de l'inspection des armes de guerre que l'on doit les divers modèles d'armes à feu qui ont été en usage dans l'armée depuis 1841, notamment le fusil à percussion modèle 1841, le fusil rayé modèle 1853, et le fusil se chargeant par la culasse modèles 1853-1867.

En résumé, une manufacture d'armes, appartenant à l'État, procure les avantages suivants :

1° Certitude d'avoir des armes confectionnées avec des matières de première qualité.

2° Perfectionnement dans le travail, résultant de l'introduction des meilleures méthodes.

3° Assurance d'obtenir, dans un temps donné, des qualités d'armes déterminées par les moyens de fabrication dont on dispose.

4° Facilité d'apporter aux armes en usage les modifications reconnues avantageuses, ou de passer d'un système à un autre.

5° Service assuré des commandes de pièces de rechange pour les corps.

6° Formation de bons ouvriers et moyen de pourvoir immédiatement aux emplois vacants de maïtres armuriers dans les régiments de l'armée.

7° Développement des connaissances pratiques des officiers d'artillerie, adjoints à l'inspection des armes de guerre.

8° Possibilité de donner une instruction complète aux officiers d'infanterie, de cavalerie et du génie, qui se destinent aux emplois d'officiers d'armement.


Date de mise à jour : Jeudi 29 Octobre 2015