Tome II - Fascicule 5 - janvier-mars 1984

Les forteresses préhistoriques

André GANY


1. Introduction

Dans la dernière phase de la préhistoire, dès le 4e millénaire avant J.-C., plusieurs milliers d'habitats répartis sur toute l'Europe (2.200 pour la seule France selon l'inventaire de 1906-1925) ont été entourés de talus et de fossés d'une taille parfois considérable pour assurer la défense d'un groupe humain ou simplement pour indiquer sa puissance.

Face aux autres vestiges que nous a légués cette époque et aux moyens techniques dont elle disposait, le volume des matériaux déplacés pour ériger ces forteresses et la taille qu'elles atteignent nous paraissent gigantesques.

Seules des populations sédentarisées et organisées étaient capables de se mobiliser pour des projets aussi complexes et d'en assurer l'entretien.

Dans les pages qui suivent, nous allons raconter l'histoire de ces fortifications des temps passés.


2. Un mot sur la chronologie

Ce sont les archéologues qui nous ont fait connaître toutes ces cicatrices guerrières qui rident la face de notre terre. Eux aussi qui grâce aux objets trouvés lors des fouilles ont établi une chronologie approximative des fortifications de la préhistoire. Les méthodes physiques de datation à partir d'isotopes radioactifs (carbone 14, uranium 238, etc.) ou par thermoluminescence ainsi que les méthodes de datation biochimiques (acides aminés) et bio stratigraphiques (succession des espèces animales) ont permis de préciser cette chronologie.


3. Les premières fortifications

C'est vers 7000 avant notre ère qu'eut lieu ce qu'il est convenu d'appeler "la révolution néolithique".

Certaines communautés vivant dans les steppes du Moyen-Orient commencèrent à produire elles-mêmes une partie de leur nourriture par la pratique de l'agriculture et de l'élevage. Ce nouveau mode de vie se répandit progressivement et atteignit l'Europe entre 5000 et 4000 avant notre ère. C'est également l'époque où apparaissent les premières fortifications.

Le plus ancien village néolithique connu à ce jour est Jericho.

C'est là que vivait il y a 9 millénaires, une population d'agriculteurs et d'éleveurs de chèvres.

Pour se prémunir contre les attaques de voisins avides, ils avaient entouré leur village d'un fossé large de 9 m et profond de 3 m creusé dans le roc, et d'une enceinte massive en pierres de 3 m d'épaisseur munie de place en place de tours rondes de 8 m d'épaisseur.

Il s'agit-là d'un dispositif défensif impressionnant qui laisse supposer que les habitants de Jericho avaient à se défendre contre une ou plusieurs tribus rivales.

En Europe, la fortification de sites habités va également de pair avec la sédentarisation des populations. Il est d'ailleurs symptomatique que les premières peintures rupestres avec scènes de guerre remontent à cette même époque.

Dès le milieu du 4e millénaire avant J.-C., le camp de Chassey en Saône-et-Loire a été fortifié mais il s'agit là d'un cas exceptionnellement précoce pour nos régions. C'est en effet beaucoup plus tard au temps de la civilisation de Michelsberg - site de la région du Bade-Wurtemberg - (3e millénaire) et de la civilisation des Champs d'urnes (Âge du Bronze ± 1500 avant J.-C.) que les fortifications vont devenir de plus en plus nombreuses, fortifications de plaine ou de colline consistant en murailles de pierres brutes, palissades en bois ou levées de terre...

Dès l'Âge du Fer et en particulier à l'époque de La Têne - site préhistorique près de Neufchâtel (- 500 - Conquête des Gaules par Jules César), l'emploi de fortifications est généralisé. C'est la grande époque de l'oppidum.


4. Les talus en terre à parois obliques

Dans les régions de plaine dépourvues de rochers et de forêts c'est évidemment la fortification en terre qui s'impose. Encore faut-il choisir un site adéquat.

Pour survivre aux dangers qui le menacent l'homme préhistorique devait d'abord pouvoir déceler l'approche de ses ennemis assez tôt pour se mettre en état de se défendre dans les meilleures conditions. L'emplacement le plus favorable pour ce faire était sans conteste le sommet d'une colline. Cette situation offrait de plus l'avantage de fatiguer l'adversaire pendant la phase d'escalade ce qui le plaçait en état d'infériorité par rapport à l'assiégé frais et dispos.

L'idée de compliquer davantage encore cette escalade vint sans doute très vite. D'où l'exécution de tranchées ou fossés creusés autour du sommet de la colline en épousant les irrégularités du relief. Les déblais résultant du creusement étaient entassés en arrière des fossés pour former le rempart. Une palissade venait le cas échéant surmonter et compléter le rempart. Fossés, remparts et palissade étaient toujours interrompus à l'emplacement des portes (généralement deux).

Ce point faible de la fortification devait évidemment être particulièrement soigné sur le plan défensif : obstacles amovibles (troncs d'arbre, blocs de rocher, etc.), pont amovible sur le fossé, passage en chicane...

À moins que les défenseurs les plus robustes ne fassent rempart de leurs corps...

Il faut noter par ailleurs que les positions généralement choisies présentaient de sérieux inconvénients en ce qui concerne l'habitat et les nécessités de la vie quotidienne ; elles se trouvaient éloignées des pâturages et l'eau devait souvent y être apportée de très loin. C'est pourquoi elles étaient considérées plutôt comme des lieux de refuge que comme des habitats permanents.

Le sud de l'Angleterre est riche en fortifications de terre : Badbury Rings, Hambledon Hill-Fort, Windmill Hill, Old Sarum, Maiden Castle témoignent de l'extraordinaire floraison de sites fortifiés par remparts en terre.

Nous allons en visiter l'une ou l'autre :

Maiden Castle d'abord ! C'est la plus importante des forteresses préhistoriques anglaises. Il s'agit d'une colline ovale de ± 800 m de long sur 200 m de large ceinturée de levées de terre. Occupée dès le 3e millénaire, elle a été réoccupée à l'Âge du Fer par des immigrants celtes. Ceux-ci l'ont entourée d'une triple ceinture de fossés et levées de terre qui atteignent actuellement encore une hauteur totale de 27 m. Les levées de terre étaient renforcées d'un parement de pierre et surmontées de palissades. L'accès ouest de la forteresse consistait en une série de chicanes particulièrement soignées empêchant les agresseurs de se présenter à plusieurs de front. Cette fortification qui couvre 18 ha devait exiger un nombre considérable de défenseurs pour sa sauvegarde. Ces défenses remarquables n'ont pas suffit cependant pour arrêter les légionnaires de Vespasien en 44 après J.-C. Les ossements des défenseurs massacrés par milliers ont été retrouvés au pied des remparts au siècle dernier.

La visite de l'enceinte fortifiée de Old Sarum est, elle aussi, passionnante. Cette fortification de 16 ha comporte une double rangée de remparts de terre encore en parfait état et une belle entrée en chicane par où passe une route moderne. Cette cité de l'Âge du Fer a survécu aux Romains et ensuite aux Normands. Elle a été occupée jusqu'au 12e siècle. Il y avait alors trop de monde à loger. Et puis là-haut, comme le dit une chronique de l'époque, il y avait trop de vent et trop peu d'herbe et d'eau... C'est pourquoi ils ont fondé Salisbury.

Ainsi donc dès l'aube de la fortification, les fossés et remparts de terre ont joué un rôle primordial et au fil des siècles sous l'une ou l'autre forme : fossés d'eau des châteaux du Moyen Âge, parapets d'artillerie, fossés secs des forts Brialmont, fossés anti-char des guerres modernes, ils conserveront leur importance.


5. Les remparts à poutrage interne - Les oppida

Le dernier millénaire avant notre ère qui comprend entièrement l'Âge du Fer voit naître et prospérer une forteresse d'un type bien particulier qui sera baptisé, beaucoup plus tard, du nom d'"Oppidum".

Ce terme désigne une fortification dont l'élément essentiel consiste en un rempart à poutrage interne dont l'exemple le plus connu est le "murus gallicus".

César en donne la description complète dans un texte de la Guerre des Gaules resté célèbre : "Ils placent parallèlement à terre de longues poutres, distantes l'une de l'autre de deux pieds. Ils les lient ensemble intérieurement, et les consolident en jetant des terres dans le vide qui se trouve entre elles. Au dehors, le même vide est rempli de grosses pierres.

Cette première assise solidement établie, on en ajoute une seconde, une troisième et successivement d'autres, jusqu'à ce que l'ouvrage s'élève à la hauteur que l'on veut lui donner. Les perches et les pierres sont séparées par des intervalles égaux. Ces rangs réguliers de matériaux différents, ces poutres, ces pierres disposées en échiquier et diversement colorées, offrent un coup d'oeil agréable. De pareils ouvrages contribuent singulièrement à la défense des places. Les pierres garantissent de l'incendie, et les poutres résistent à l'effort du bélier".

Outre cette caractéristique essentielle il faut encore signaler que la toile des oppida est généralement démesurée par rapport aux agglomérations à protéger.

De plus dans bon nombre de remparts du type "murus gallicus", les armatures en bois ont été assemblées à l'aide de fiches (clous) en fer.

Cette manière de faire appelle deux observations : elle suppose tout d'abord la possibilité de recueillir et de forger une quantité considérable de minerai ; nous y voyons la manifestation des importants progrès technologiques qui ont marqué le 2e siècle avant J.-C.

Il faut noter, d'autre part, que l'effort déployé pour forger et fixer ces clous est démesuré par rapport au surcroît de résistance qu'ils apportent à la construction : quitte à soigner l'armature du rempart, une cheville de bois aurait aussi bien fait l'affaire.

Il faut donc en déduire que ces fiches ont été placées là pour des raisons de prestige ou pour symboliser une fonction juridique ou politique peu compréhensible pour nous.

Il existe un grand nombre de types de remparts à poutrage interne.

Tous cependant appartiennent à deux grandes familles. Dans la première, les poutres horizontales entrecroisées assurent par leur propre poids la stabilité du rempart (le bois est donc le constituant essentiel, à côté de la terre de remplissage et des pierres de parement). Dans la deuxième, seul le parement vertical externe (frontal) est constitué de poutres en bois et de lattes ; cette "palissade" est contrebutée par un massif en terre.


6. La notion de coût/efficacité appliquée aux forteresses préhistoriques

Dans quelle mesure les forteresses préhistoriques ont-elles joué le rôle que l'on en attendait ? Pour le savoir, nous allons cerner d'abord le travail requis pour les construire ; nous jugerons ensuite de leur efficacité.

Cernons d'abord la notion de travail.

Pour l'époque en question, entrent surtout en ligne de compte les efforts qu'il a fallu déployer pour construire ces fortifications et les maintenir en état, et non la valeur intrinsèque des matériaux mis en oeuvre.

Quelques exemples nous aiderons à mieux comprendre ce que représente la construction des fortifications antiques pour les populations de ce temps.

A Myard, près de Vitteaux en Côte-d'Or (France), une avancée naturelle a été aménagée pour servir d'habitat vers 3000 avant J.-C. Un rempart de 180 m de long barre l'éperon du côté le plus accessible. Ce rempart de 4 m de haut et de 2,5 m de large était constitué de pierres brutes extraites à l'avant même de la muraille. Quel effort ce travail d'extraction de 1800 m3 de roche n'a-t-il pas représenté pour des hommes équipés d'outils aussi rudimentaires que des pics en bois de cerf ?

La forteresse de Manching en Haute-Bavière, d'une superficie de 380 ha, est entourée d'une ligne fossé/talus de 7 km de longueur. Les fossés de l'époque ont couramment 3 m de largeur au fond pour une profondeur de 3 m, ce qui, avec une pente de talus 1/1 (45°) nous donne une largeur au niveau du sol de 9 m. Le volume de terre en place à creuser et à déplacer pour former le talus s'élève donc à [(9+3)/2)x3=18 m²] x 7.000 m = 126.000 m³.

Le rendement d'un homme équipé d'outils modernes (bêche, pelle, pioche) est de 1 m/h. Si nous estimons le rendement de l'homme préhistorique au 1/4 de ce chiffre compte tenu de l'inexistence d'outils adéquats et du temps perdu au transport latéral et à l'édification du talus, nous arrivons en ce qui concerne le temps de travail nécessaire à un total de 126.000 x 4 = 500.000 homme/heure soit pour prendre des chiffres plus frappants, le travail de 500 hommes travaillant pendant 1000 heures !

Ceci n'est pas une tâche insurmontable dans la mesure où la main d'oeuvre ne manque pas et ne coûte rien. De plus ces forteresses sont faites pour durer... et elles durent.

Une fois construites, ces fortifications doivent encore être maintenues constamment en état. Le bois des remparts armés et des palissades pourrit après quelques années ; la pluie et le bétail érodent les talus de terre. Il faut remédier à cet état de fait et si possible même prévenir les détériorations. Ce critère de résistance vis-à-vis des conditions atmosphériques défavorables influence donc le choix du type de fortifications (talus ou rempart à parement vertical) et aussi le choix des matériaux (pierre de préférence).

L'herbe maintenue en vie sur les pentes des talus favorise le développement de fortification par talus en terre dans les régions à climat humide et tempéré ; le triple talus de Maiden Castle est intact depuis deux millénaires.

D'autres éléments que le volume de matériaux à mettre en oeuvre ou la difficulté même d'extraire et de manipuler ces matériaux peuvent intervenir dans la mesure de la charge de travail que représente l'exécution. Ce sont ceux liés au choix même du type à adopter.

Il s'agit, par exemple des problèmes d'implantation (tracé et place nécessaire à l'emprise, problèmes d'organisation de chantier et de travail en équipe, problèmes de haute direction et surveillance des travaux, problèmes d'entretien ultérieur...).

Terminons par une comparaison rapide entre les deux grandes familles de fortification.

Le talus de terre ou de pierre peut être édifié rapidement avec un personnel peu spécialisé : la construction peut progresser sur plusieurs points à la fois, sans poser des problèmes de jonction difficiles à résoudre quand l'architecture est plus complexe. Il résiste bien au feu, qui ne peut mettre en péril que la porte, et au bélier, puisque César ne parvient pas, avec ses machines, à entamer le rempart du Noviodunum des Suessions. L'érosion naturelle ne l'entame pas si la pente est bien calculée et le matériau judicieusement choisi. Mais il présente l'inconvénient d'avoir une très grande emprise au sol quand sa hauteur augmente, alors que c'est précisément celle-ci qui garantit son invulnérabilité.

En revanche, si la fortification présente à l'assaillant une paroi verticale qui dépasse seulement quatre mètres, le franchissement de l'obstacle exige l'emploi de cordes ou d'échelles. On préfère généralement provoquer l'écroulement du mur de pierres sèches à l'aide d'un bélier, ou mettre le feu quand le rempart est en bois. Pour parer ces deux éventualités, les hommes ont cherché à combiner le bois, la pierre et la terre. L'originalité de l'architecture protohistorique s'exprime pleinement dans ces fortifications à armature de bois qui caractérisent l'Europe tempérée durant toute la protohistoire.

Venons-en a la notion "d'efficacité", de valeur de ces fortifications face à la menace représentée par les assaillants de l'époque.

Considérations générales

La force d'impact d'un corps de troupe en rang serré, comme c'était le cas pour l'infanterie de l'époque, c'est son énergie cinétique. Comme la formule E = MV² l'indique, cette énergie cinétique est fonction de la masse (nombre de combattants, cohésion et densité du groupe) et de la vitesse à laquelle les combattants progressent. Pour diminuer la force d'impact d'une armée à l'assaut il faut donc agir par les deux facteurs "cohésion" et "vitesse". Pour rompre la cohésion du groupe et sa vitesse de propagation, on peut tout d'abord agir par le tir c'est-à-dire à l'époque par l'intervention le plus loin possible d'armes de jet (javelots), de pierres lancées par catapulte ou fronde... ou de flèches. Ensuite par la création d'obstacles verticaux (fossés, talus, fortes pentes, palissades, murs verticaux...) horizontaux (chicanes), ou par des chausse-trappes. Enfin par l'intervention de défenseurs nombreux, résolus et bien armés pour le combat corps à corps.

Il faut noter par ailleurs que les obstacles dressés contre l'infanterie conviennent aussi contre la cavalerie ! C'est particulièrement le cas des fossés (souvenez-vous du chemin creux d'Ohain où si l'on en croit Victor Hugo, la cavalerie française s'est embourbée au soir de Waterloo !).

En doublant ou en triplant les obstacles on augmente évidemment le pouvoir d'arrêt de la fortification. Il n'est pas inutile cependant de rappeler qu'un obstacle n'a de valeur que dans la mesure ou des défenseurs décidés l'occupent. C'est ici qu'interviennent d'autres éléments liés intrinsèquement à la fortification. Et tout d'abord l'emplacement des obstacles. Ils doivent pouvoir être battu par les projectiles amis. C'est bien le cas des remparts et talus préhistoriques.

La forme du contour ensuite. Ce contour sera circulaire de préférence car c'est la forme qui donne une surface intérieure maximum pour un périmètre minimum. Cette forme permet le mieux de centrer les réserves et de les actionner rapidement vers les zones menacées.

Encore faut-il que ces réserves et autres oeuvres vives de la forteresse soient, elles, hors de portée et protégées des tirs et des vues. C'est le troisième rôle du rempart.

Ce rempart définit enfin la ligne de résistance principale, celle qu'il faut défendre à tout prix sous peine de perdre la place. Ainsi donc à l'aube de la fortification apparaissent déjà les composantes essentielles et "éternelles" de tout ouvrage défensif. Le rempart de terre oublié au Moyen Âge réapparaîtra à l'avènement du canon, le mur vertical vivra jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale et le fossé antichar est toujours d'actualité.

Comportement des fortifications dans la bataille - Application à deux cas historiques

La défaite de César devant Gergovie

L'investissement. Au printemps de 52 avant J.-C., César marche sur l'Auvergne, avec six légions (environ 20.000 hommes).

Vercingétorix s'est réfugié à Gergovie, dont la position est défendue par un rempart en pierres sèches haut de 6 m et, à mi-pente, par un mur moins élevé. Du haut de ce plateau de basalte, parfaitement isolé, il domine les Romains établis au sud-est vers Orcet. Toutefois, César peut s'emparer de la colline de la Roche-Blanche, où il établit un petit camp qu'il relie au premier par deux tranchées parallèles.

L'attaque. César feint une attaque dirigée à la faveur de la nuit vers le col des Goules. Les Gaulois se portent en masse vers ce point faible pour en compléter les défenses ; mais, dès le lendemain, le gros des troupes romaines se lance à l'assaut par le sud, depuis le petit camp de la Roche Blanche. La première enceinte est franchie et les soldats de César montent à l'assaut du second rempart. À leur vue, les femmes poussent des cris de terreur et jettent de l'argent et des étoffes aux assaillants pour les arrêter.

Retour des Gaulois. Attirés par les cris et détrompés de leur erreur, les Gaulois reviennent en hâte au vrai lieu de la bataille.

Fatigués par l'effort fourni au cours de leur montée rapide, les Romains se désunissent et bientôt se débandent. Pour leur malheur, ils prennent les Eduens, leurs alliés, qui viennent à leur secours, pour une aide gauloise et se retirent en désordre. 46 centurions et 700 légionnaires ont trouvé la mort sous les remparts de Gergovie.

Sagement, Vercingétorix arrête ses troupes dans la plaine et César lève le siège quelques jours plus tard.

La prise d'Alesia

Alesia était la place forte la plus connue de la Gaule. Capitale des Maudubiens, cette ville avait une grande importance religieuse.

Sa prise par Jules César en 52 avant J.-C. décida de l'issue de la Guerre des Gaules.

Après la défaite de sa cavalerie à Dijon, Vercingétorix vint s'enfermer dans l'oppidum d'Alésia. Il garda avec lui 80.000 hommes d'élite et se munit de vivres pour 30 jours mais renvoya sa cavalerie devenue inutile, chargeant ses chefs d'organiser une levée en masse parmi tous les peuples de la Gaule. César se souvenant de Gergovie renonce à prendre la place d'assaut. Il entreprend de construire une double ligne de fortification autour de la position, l'une (la contrevallation) d'un périmètre de 15 km contre les assiégés, l'autre (la circonvallation) de 20 km contre les secours gaulois attendus du dehors. Ces deux lignes laissent entre elles un espace de man?uvre d'environ 400 m de profondeur. Ces travaux qui furent sans doute le chef d'oeuvre de l'art du siège dans l'Antiquité occupèrent nuit et jour dix légions et furent achevés en l'espace de cinq semaines.

Quand l'armée de secours apparut devant Alésia, les assiégés avaient déjà épuisé leurs vivres. Cette armée mal organisée fut mise en déroute après trois essais infructueux contre les défenses romaines. Poursuivie par les cavaliers romains, elle se dispersa vers l'intérieur de la Gaule. Définitivement abandonné, Vercingétorix dut se rendre.

L'étude attentive de ces deux batailles permet de conclure que les fortifications ont bien tenu le rôle que l'on attendait d'elles, permettant dans le cas de Gergovie le freinage de l'offensive des Romains jusqu'à ce que les Gaulois réagissent et, dans le cas d'Alesia, dissuadant Jules César d'entreprendre un assaut direct voué à l'échec. Et si César remporte la victoire finale, il le doit encore pour une grande part à l'emploi judicieux de dispositifs fortificatifs élaborés.


Conclusions

Comme nous l'avons vu, c'est à l'époque néolithique peu après la sédentarisation des nomades qu'apparaissent les premières fortifications.

Dès le départ, les grandes lignes directrices qui procèdent à l'implantation et à l'organisation des forteresses sont présentes.

Certes, aucune des fortifications de la Gaule ne restera inviolée... et il en sera de même au cours des siècles suivants pour tous les ouvrages défensifs.

La conception et la réalisation d'un ouvrage fortifié résulte en effet d'un pari dialectique sur les aspects offensifs et défensifs de l'art de la guerre.

Et, in fine, le meilleur système défensif est vain si les troupes qui l'occupent n'ont pas la volonté inébranlable de remplir leurs missions ni l'intelligence de comprendre les limites d'un dispositif défensif éminemment statique.

"Les remparts de la cité sont les hommes et non les murs" (Thucidide)


Bibliographie

DE LAET S.J., La Préhistoire de l'Europe.

GUILAINE Jean, La France d'avant la France.

Archeologia, n° 154, mai 1981.

Revue archéologique, 1/81.

LE GALL J., Alésia. Archéologie et histoire.


Date de mise à jour : Mercredi 28 Octobre 2015