Tome II - fascicule 3 - juillet-septembre 1983

Un chef de Corps du 1er Lanciers

Colonel e.R. J. SALPETEUR


Sans la découverte en 1969 de Raoul Chevalier, membre de la Fraternelle 40/45 du 1er Lanciers, le souvenir du Colonel de Thierry, troisième (1) Chef de Corps, n'aurait été conservé que par son portrait dans le galerie des "Ancêtres" au Mess des Officiers.

(1) Troisième ou deuxième ? Le commandement effectif du Régiment par le Colonel Pletinckx est contesté par certains historiens militaires...

En parcourant le cimetière d'Hermalle-sous-Argenteau, notre regretté président s'arrêta devant une tombe, quasiment abandonnée, dont la stèle retint son attention. Sculptée en bas relief, elle présentait un shapska du 1er Lanciers accompagné d'un sabre et de deux décorations. L'inscription, également taillée, lui apprit qu'il s'agissait de Charles-Ferdinand de Thierry, Colonel au 1er Rgt de Lanciers, décédé à Hermalle-sous-Argenteau le 9 février 1842.

La Fraternelle fut alertée. Sous l'impulsion du Président de l'époque, Eugène Proost, l'assemblée générale annuelle fut organisée, avec hommage à la mémoire de notre Ancien. La relation parue dans la presse liégeoise permit à une descendante du Colonel, Melle Body de Clermont, habitant Liège, de se faire connaître. Elle offrit à notre Président un sabre provenant de son ancêtre (2), à charge pour lui de le remettre au Régiment. Ce qui fut exécuté. L'arme en cause est un sabre à la turque, non réglementaire, mais porté volontiers dans la cavalerie légère, depuis la Campagne d'Égypte de Bonaparte. L'arme d'ordonnance en tant qu'officier de lanciers belges était le sabre "à la Montmorency" fidèlement reproduit d'ailleurs sur la stèle.

(2) Le don de Mademoiselle Body est accompagné d'une lettre olographe spécifiant que le legs est fait en faveur du Régiment, le mettant ainsi à l'abri de "toute prétention autre et héritière".

Charles-Ferdinand de Thierry naquit à Neufchâteau, province de Luxembourg, le 14 mars 1788 de Jacques et de Louise Julienne d'Omalieus.

Il s'engagea à 18 ans aux vélites (3) des Chasseurs à Cheval de la Garde Impériale et fut nommé sous-lieutenant au 5e Hussards en 1811. Promu lieutenant puis capitaine en 1813, il fut démissionné sur sa demande en janvier 1815. Il participa à toutes les campagnes : Autriche, Espagne et Russie et fut blessé quatre fois par une arme blanche.

(3) Sous l'Empire, ce terme n'était en usage que dans la Garde, le meilleur terme de comparaison est : "Escadron-École mobile".

Il passe au service des Pays-Bas avec son grade aux Hussards N° 8 (4) le 13 décembre 1814. Rien n'indique qu'il fut présent à Waterloo, sans doute les cadres des escadrons de guerre étaient-ils complets. On le retrouve major en 1826 aux Dragons-légers N° 4, régiment spécifiquement hollandais.

(4) Unité presque entièrement composée de Belges, levée chez nous en même temps que les Chevaux-légers van der Burch, dont le 2e Chasseurs à Cheval a repris les Traditions.

On ne peut lui reprocher, à mon sens, de s'être trouvé à Bruxelles où ce régiment avait été envoyé afin de "rétablir l'ordre dans les Provinces du Sud" dans la seconde quinzaine de septembre 1830. Il y fut blessé au bras gauche le 21.

"Les prodromes de la Révolution n'avaient pas eu un tel accent d'impérieuse nécessité que les officiers belges de carrière y pussent voir un événement prévisible et inéluctable abolissant en droit le serment prêté au Roi des Pays-Bas (5). Plus significatif encore d'un certain état d'âme est le cas d'un officier dont le nom est lié aux annales de l'Armée naissante : Capiaumont. Blessé dans les rangs hollandais à Bruxelles (au mois d'août), il écrira en 1865, devenu général belge. Ma conduite en 1830 est connue, et la révolte n'a pas gagné un pouce de terrain là où je me trouvais. Mais aussi je fus le seul qui a fait tirer sur les factieux plutôt que de laisser insulter ma cocarde (6)."

      (5) WANTY E., Le Milieu Militaire Belge de 1831 à 1914, p. 12.

      (6) WANTY E., op. cit., p. 13.

Chaque régiment de la Garde incorporait des vélites qui formaient une unité administrative autonome. Jeunes gens de bonne famille, instruits, de bonne prestance, qui devaient justifier, dans la cavalerie, un revenu annuel de 300 francs (200 dans l'infanterie). Les vélites accompagnaient leur régiment en campagne. Tout en participant aux opérations, ils recevaient des cours. Dès qu'ils en étaient capables, ils étaient nommés sous-lieutenant dans un régiment de la Ligne (Ligne par opposition à la Garde).

"Il fallut, pour résoudre les problèmes de conscience, que le Prince d'Orange, dans une ultime tentative pour sauver l'essentiel, déliât en octobre 1830 les officiers belges de leur serment au Roi des Pays-Bas" (7).

      (7) WANTY E., op. cit., p. 14.

Passé au service de la Belgique en octobre, il fut tout d'abord affecté au Corps de Gendarmerie avec le grade de Lt Colonel. Proposé très favorablement pour le grade supérieur le 26 février 1831 par son chef direct le Colonel Brixhe (8), il réintègre son arme d'origine en septembre 1831 pour prendre le commandement du 1er Lanciers avec le grade de Colonel. Il le conserva jusqu'à sa retraite en 1838.

(8) Louis G.M. Brixhe, né à Spa le 11 novembre 1787, issu de l'École Militaire de Fontainebleau, sous-lieutenant, lieutenant, capitaine au 13ème Dragons jusqu'en janvier 1815, capitaine et major au Hussards N° 8 des Pays-Bas. Il rallia l'armée nationale le 17 octobre 1830 et devint membre de la Commission de la Guerre le lendemain et promu Colonel commandant la gendarmerie le 21 du même mois. Général en disponibilité en 1832, il obtint sa retraite en 1835 et mourut à Liège le 4 décembre 1876.

On connaît peu de choses concernant son commandement. On peut affirmer à priori qu'il recueillait une succession pour le moins inconfortable, si l'on s'en réfère aux aventures connues par son (ou ses) prédécesseur(s).

Ceci en dehors des ennuis normaux relatifs à l'organisation d'un régiment de cavalerie : équipement, recrutement, administration, remonte, cohésion, etc.

La campagne des Dix Jours du mois d'août précédent, quoique glorieuse pour notre Régiment - rappelons-nous Bautersem, auréolé de la Satisfaction Royale - n'avait pas réussi à cimenter l'esprit de corps des officiers du 1 L : nostalgie du régiment batave, jalousies créées par des promotions inconsidérées, infiltrations dans le corps d'officiers d'aventuriers dont le Gouvernement Provisoire n'avait pu éclaircir suffisamment les antécédents.

Ajoutons que l'Armée resta sur le pied de guerre jusqu'en 1839, et les escadrons le plus souvent étalés en avant-postes le long de la frontière hollandaise.

L'une ou l'autre fois, il dut mettre sa démission dans la balance soit pour faire valoir son bon droit, soit pour défendre un de ses subordonnés.

Les appréciations sur son compte sont contradictoires, mais on les perçoit subjectives ; aussi me garderai-je de porter un jugement. Je dirai seulement qu'il ne serait pas resté sept années dans son commandement s'il avait manqué à ses devoirs. Les candidats ne manquaient pas !

Le colonel de Thierry avait été fait chevalier de la Légion d'Honneur en 1833 (ordre royal) et nommé Chevalier de l'Ordre militaire de Léopold la même année.

Il ne devait pas jouir longtemps de sa retraite. On lit dans le registre paroissial d'Hermalle-sous-Argenteau : "Anno 1842 - 9 februari, obi it Carolus Ferdinandus Eugenius de Thierry ...". Son épouse, née Louise Augustine Perennet du Battu le rejoignit dans la tombe en 1853. Ils laissaient une fille Camille, mariée à Adolphe Posch, greffier de la Haute Cour Militaire de Bruxelles, morte sans postérité.

Ajoutons "in fine" à l'intention des héraldistes que les de Thierry blasonnaient : d'or au chevron de gueules accompagné en pointe d'un lion du même, armé et lampassé d'argent. Au chef d'azur à trois étoiles d'argent à cinq rais posées en fasce. Cimier : lion naissant de l'écu.


Description de l'étendard du 1er régiment de Lanciers

Lion doré monté sur socle, doré également ; cordelière d'or.

Socle grandes faces : "L'UNION FAIT LA FORCE" - "1er REGIMENT DE LANCIERS", petites faces : "J L"

Hampe en deux parties unies par un manchon.

Tablier en soie, à franges en fils d'or, de 77 X 72,5 cm.

Inscriptions recto : "CAMPAGNE 1914-1918 NAMUR TERMONDE HANDZAEME LA LYS 1940 LA GETTE"

verso: "VELDTOCHT 1914-1918 NAMEN DENDERMONDE HANDZAEME DE LEIE 1940 DE GETE"

Fourragère aux couleurs de l'Ordre de Léopold.


Historique de l'étendard du 1er régiment de Lanciers

S.M. le Roi Léopold I remit l'étendard du 1er Régiment de Lanciers au colonel C. de Thierry, le 3 janvier 1832 à Malines (1).

      (1) Journal des Flandres du 8 janvier 1832.

Le 1er Régiment de Lanciers conserva son étendard jusqu'au 28 mai 1940 ; l'emblème échappa à la capture et fut caché à l'abbaye de Saint-André-lez-Bruges. Il fut déposé au Musée royal de l'Armée le 2 mars 1945 (2).

      (2) CD 1831, Rapport GUILMOT.

Le 6 mai 1946, le Régiment de Reconnaissance reprit le nom et les traditions du 1er Régiment de Lanciers.

Le 9 novembre 1946, à Liège, le Ministre de la Défense nationale, le lieutenant-colonel BEM R. de Fraiteur, remit l'étendard au lieutenant-colonel G. van Hove (3).

      (3) Fiches "Nouvelle armée".

En 1951, le 1er Régiment de Lanciers devient le 1er Bataillon de Lanciers par suite de la réorganisation de l'armée.

Cet étendard reste conservé au 1er Bataillon de Lanciers.


Date de mise à jour : Mercredi 28 Octobre 2015