Tome II - fascicule 2 - avril-juin 1983

L'obus Röchling à Battice

Jean HARLEPIN


La présente note a été établie en se basant sur des données reprises dans un article paru dans la revue allemande Waffen-Revue (E.5052 F), n° 49, 1983, pp. 7827 et suivantes.

En fait cet article concerne le "35,5 cm. Mörser M 1", canon de gros calibre (355 mm) étudié pour les bombardements de fortifications. Les études ont commencé en 1935 mais la production a été lente ; entre décembre 1939 et mars 1944 il y eut huit pièces de produites, l'intérêt de ce type de canon réside dans le fait qu'il a été utilisé pour les essais de l'obus Röchling. En dehors de cela, on ne mentionne guère d'emploi de cette pièce sur les fronts entre 1940 et 1945. En 1940 seul un premier canon est disponible et il y eut des gros problèmes dans la fabrication des obus explosifs de ce calibre ; les usines étaient, en fait, surchargées par les besoins énormes en armes et munitions exigées par la Wehrmacht.

Néanmoins, l'étude de l'obus Röchling allait bon train mais il n'était toutefois pas prêt en 1941 pour le siège de Sébastopol. Avant d'en venir à cet obus Röchling, décrivons sommairement le canon.


A. Caractéristiques

1.TUBE- poids :12.800 kilos


- calibre :355,6 mm


- longueur :10.265 mm


- longeur du recul :1.000 mm
2.AFFUTfixe avec appui au sol double, voir plan annexe


- poids (avec tube) :78.000 kilos


Dimensions de l'ensemble H (maximum) :11.750 mm


L :9.950 mm


l :5.460 mm
3.PORTÉES et Vo :variables suivant les charges propulsives (de 1 à 4)


Citons quelques chiffres :


1 charge  - Vo = 330 m/s - portée : 9.450 m


2 charges - Vo = 390 m/s - portée : 12.000 m


3 charges - Vo = 470 m/s - portée : 15.600 m


4 charges - Vo = 570 m/s - portée : 20.850 m


B. Déplacement

Le poids total obligeait de transporter ce canon en sept charges séparées, à savoir :

    1) Remorque - Grue

    2) Remorque - Plaque de base principale

    3) Remorque - Affût inférieur

    4) Remorque - Affût supérieur (avec passerelle)

    5) Remorque - Berceau

    6) Remorque - Tube

    7) Remorque - Plaque de base auxiliaire

Pour plus de détails et de photos, nous renvoyons à la revue allemande.

Venons en maintenant à ce qui nous intéresse particulièrement.


Essais de tirs avec obus Röchling

Selon Waffen-Revue, ces essais auraient eu lieu du 12 février 1943 au 25 février 1943. Les armes suivantes y ont participé :

1)   35,5 cm Mörser M1, avec obus 35 cm. Rö Gr 42 Be

   - sur le fort de Battice

2) 21 cm Mörser 18 avec (21 cm. Rö Gr 42) 21 cm. Rö Gr 44 Be

   - sur Aubin Neufchâteau

3) 34 cm KW (E) 674 (f) avec 34 cm. Rö Gr. 42 Be

   - également sur Aubin Neufchâteau.

N.B.

a) pour le point 1 - il s'agit du canon décrit ci-avant.

b) pour le point 2 - il s'agit du canon décrit dans l'article de P. TOUSSAINT paru dans le Bulletin du CLHAM, 1981, tome I, pages 13 à 17.

c) pour le point 3 - il s'agit d'un canon de calibre 340 mm sur voie ferrée (E = EISENBAHN) et provenant de prises sur l'armée française (f = français)

Waffen-Revue se limite au premier cas, soit l'emploi du 35,5 cm sur Battice, et envisage de faire paraître ultérieurement une étude plus complète sur la question dans son ensemble.

Le but des essais, auxquels 250 hommes participèrent, était de contrôler le pouvoir de perforation des obus Röchling dans le béton massif, le comportement de l'obus et le fonctionnement de la fusée. Pour une description de l'obus et de son principe, nous renvoyons à l'article de M. TOUSSAINT.

La distance de tir du M 1 par rapport à son objectif (Battice) était de 7.950 m. Le but était le bloc G. (*) (terminologie allemande ?) avec une tourelle de 4,5 m Ø et réalisé en béton armé ; un autre but était une installation souterraine à une profondeur de 27 mètres et une épaisseur de béton armé de 40 cm en toiture. Le tir se faisait à 45°, par temps défavorable (vent de 26-30 m/sec, debout et latéral, nécessitant des corrections de tir).

(*) N.B. Nous pensons qu'il s'agit de l'un des blocs B nord ou B sud, avec coupoles 2 x 120 mm disposant en sous-sol de magasins à munitions. Ces blocs étaient particulièrement bien protégés.


Résultats (partiels)

Deux coups tombèrent devant le but.

Quatre coups touchèrent la coupole blindée et pénétrèrent dans le béton armé de :

  • coup n° 13 - 3,37 mètres
  • coup n° 15 - 3,40 mètres
  • coup n° 23 - 3,20 mètres
  • coup n° 24 - 4,20 mètres

Pour chacun de ces quatre coups, il y eut de gros morceaux de béton arrachés et les trous avaient 2 x 2 m de dimensions. Trois des quatre coups se trouvaient groupés.

Les coups tirés sur les installations souterraines, qui se trouvaient sous une épaisseur de terre de 27 mètres et étaient protégées par 40 cm de béton, étaient également satisfaisants :

  • Le coup n° 6 perça un mur latéral de 30 cm de béton et pénétra profondément dans le sol.
  • Le coup n° 11 traversa le toit du magasin ouest, perça trois châssis à munitions et termina sa trajectoire dans le sol.
  • Le coup n° 18 traversa 40 cm de béton à l'entrée du magasin est et ensuite les 30 cm du sol avant de rester fiché dans le sous-sol.

Il en fut conclu que l'obus 35 cm Rö Gr. 42 Be pouvait percer un mur en béton de 4 mètres (?). En ce qui concene les utilisations au front, on ne sait rien.

Nous concluerons qu'il y eut au moins 24 coups d'essais tirés par le M1.


La revue publie quelques photos, difficiles à reproduire ici. Nous les commentons néanmoins.

Photos B. et C. (pages 7840 et 7841)

 L'obus Rö est suspendu à la grue de chargement; on voit nettement sa forme en flèche avec deux surépaisseurs.

 Photo D. (page 7841)

 L'obus est prêt à entrer dans le tube.

 Photo E. (page 7842) et Photo F. (page 7842)

 L'obus entre dans la culasse.

 Photo G. (page 7843)

 On amène sur la plateforme la charge propulsive.

Photo H. (page 7843)

Vue du trou dans la terre (provoqué par la chute du projectile)

Photo J. (page 7844)

Dégâts sur un mur latéral du fort.

Photo K  (page 7844)

Entrée d'un obus dans le béton; trou rond bien net et ferraillage percé.

Photo L (page 7845)

Trou percé dans le châssis à munitions (coup 11).


Nous attendons avec beaucoup d'intérêt l'étude détaillée annoncée par Waffen-Revue et concernant les essais de cet obus Röchling peu connu.

Remarque : il nous semble que cet obus Röchling est en quelque sorte l'ancêtre de l'obus anti-char actuel sous-calibre, dénommé APFSDS (Armor Piercing Fin Stabilised Discardinq Sabot).

Date de mise à jour : Mercredi 28 Octobre 2015