Tome II - Fascicule 12 - octobre-décembre 1985

L'Organisation Todt

A. HARVENGT


Chapitre 1. Qui était Fritz Todt ?

Fritz Todt termina la guerre 1914-1918 comme lieutenant-pilote de la Luftwaffe et fut ensuite employé, puis directeur de la firme "Sager-Woerner", firme spécialisée dans la construction de routes et de tunnels.

Il s'affilia très tôt au parti nazi et dès 1922, gagna la confiance d'Hitler. Il fonda le "National-Socialisticher Bund Deutcher Technik" à Flossenburg près de Kulmbach qui devint un centre d'instruction pour son personnel gradé.

Dès l'avènement du national-socialisme en 1933, il fut chargé de la construction des autostrades allemandes et en 1938, il reprit du Génie de Forteresse l'achèvement de la ligne Siegfried (appelée Westwall depuis 1944).

Il était à la fois ministre du Reich de l'armement et des munitions, Inspecteur-Général du réseau routier allemand, Inspecteur-Général des Voies d'Eau et de l'Énergie, commissaire aux Travaux publics et à l'Urbanisme, général de brigade de la Luftwaffe.

Suite à la campagne de Russie, il ne cacha pas son manque de foi en la victoire du IIIe Reich. Il devint gênant pour Hitler, ce qui explique son accident d'avion et sa mort en février 1942. (1)

(1) THORWALD J., Les morts mystérieuses du IIIe Reich, Paris, édit. A. Bonne, p. 150.


Chapitre II. L'organisation Todt - Définitions et évolutions (2)

(2) Toute la documentation sur l'OT provient du Handbook sur l'Organisation Todt, Ministère de la Santé publique.


1. Comment définir l'OT ?

Hitler voyait dans l'OT : "Une organisation destinée à jouer un rôle décisif dans l'effort de guerre".

Todt lui-même disait : "Nous sommes une organisation sans jamais avoir été organisés".

Pour le gouvernement allemand : "L'OT représente une milice dont les membres prêtent le même serment à Hitler que les soldats de l'armée régulière".

L'OT elle-même se déclarait : "Un corps chargé de constructions militaires dans un but défensif".

Au fond, l'OT était un trait d'union entre le gouvernement allemand, qui décidait des grands travaux, et les firmes qui devaient les exécuter. C'était une Reichsbehörde, a government agency, diraient les Britanniques, pour l'accomplissement de travaux de grande envergure.


2. Son évolution

Lorsqu'en septembre 1939, l'OT fut mise sur le pied de guerre, deux grands changements y furent apportés :

  • création en son sein d'une direction administrative pour la zone du front (Frontführung) qui reprenait la tâche du D.A.F. (Deutsche Arbeitersfront) et formait ainsi des unités mobiles de l'OT ou Bautruppe.
  • ceux qui s'engageaient dans les firmes de construction furent d'office enrôlés dans l'OT. La firme elle-même fut alors appelée "Firmen Einheit" ou "OT-Einheit" ou tout simplement "Einheit" (unité).

Le chef de l'OT à l'échelon gouvernement était l'Inspecteur-Général pour la construction des routes, le Dr Todt.

Le contrôle central de toutes ces unités était encore faible en 1940, car l'OTZ (OT Zentrale) n'existait pas encore, l'échelon administratif de l'OT était l'Einsatz (action ou chantier) quelle que soit leur importance.

Ce n'est qu'à la mort de Todt, en février 1942, que Speer, qui lui succéda, y mit quelque coordination :

  • création de l'OT Zentrale, dépendant directement du Ministère de l'Armement et des Munitions ;
  • mise sur pied d'une hiérarchie pour marquer l'importance des chantiers :

l'Einsatzgruppe (Eu) ou action à l'échelon groupe d'Armées ;

l'Einsatz (E) ou action à l'échelon Armée ;

l'Oberbauleitung (OBL) comme secteur de construction de base et E.M. administratif ;

le Bauleitung (BL), chantier dépendant de l'OBL ;

l'Abschittsbauleitung, comme secteur secondaire ;

la Baustelle comme chantier local de moindre importance.

De plus, on instaura un contrôle plus efficace sur les firmes de l'OT par la mise en vigueur d'un type uniforme de contrat.

En 1943, l'OT devint vraiment une industrie pour la défense. Des unités spéciales et des états-majors spéciaux furent créés. On vit notamment apparaître le "Speer-Stab" (état-major Speer) pour diriger les réparations des dommages causés par les bombardements, la Ruhr étant une des régions les plus touchées (Einsatz Ruhrgebiet).

On créa également la "OT Bergmannkompanie" (compagnie de mineurs) pour la construction de vastes installations souterraines.

En 1944, le débarquement allié devenant de plus en plus probable, il fut décidé d'abandonner les constructions secondaires au profit de la construction de rampes pour V1 et surtout, de hâter l'achèvement des fortifications à la côte ouest. C'est dans ce but que le commandant de la 7e Armée allemande donna l'ordre de transformer tout le groupe OT sous son commandement en unités mobiles dans le double but de :

  • pouvoir les employer comme troupes de secours en cas de débarquement ;
  • venir en aide aux troupes du Génie opérationnel.

Pour faciliter la tâche du "Gebietsingenieur", trait d'union entre l'OT et le commandement de l'armée, la mise en oeuvre de l'OT était divisée en trois catégories :

  • les Festungsbautruppe : détachements pour la construction de positions fortifiées à la côte ;
  • les Bautruppe dans la zone de bataille et de communications pour la construction de types spéciaux, comme des ponts, chemins de fer, etc. C'est un échelon d'unités mobiles ;
  • les Bautruppe pour les territoires de l'arrière comprenant des sections telles que constructions de chemins de fer, de moteurs d'avions, Nachschubtruppe pour l'approvisionnement des zones de combat, des Arbeitstruppe (travailleurs) et des unités de transport (NSKK).

Notons que vers le milieu de 1944, la désorganisation fut grande au sein de l'OT Front qui fut alors répartie en quatre zones :

  • les zones de combat à l'ouest et face aux Russes ;
  • les zones fortement bombardées à l'intérieur du Reich ;
  • l'Einsatzgruppe Italien (groupe d'action en Italie) ;
  • l'Einsatzgruppe Viking (Norvège et Danemark).

L'armée allemande étant bientôt repoussée sur ses propres frontières, Speer ordonna la réunion de l'OTZ et de l'Amt Bau, deux sections de son ministère ayant des missions analogues. En même temps, il créa des organismes spéciaux dénommés brigades, d'un effectif de 30.000 hommes. Ces brigades étaient subdivisées en bataillons, compagnies et pelotons. Les travailleurs allemands s'appelaient "Frontarbeiter", les étrangers des "Frontlegionnäre". Tous avaient droit au salaire et allocations du personnel de la Wehrmacht.

De ce qui précède, nous pouvons conclure que depuis sa mise sur pied de guerre en septembre 1939 jusqu'à la capitulation de l'Allemagne, nous pouvons distinguer deux grandes périodes dans la mise en oeuvre de l'OT :

  • de 1939 jusqu'aux grands raids alliés en 1943, l'OT était une organisation auxiliaire de la Wehrmacht. C'est la période d'organisation stable et permanente (ex. l'EGW jusqu'en 1943) ;
  • de 1943 à mai 1945, elle est arrivée au rang de seul organisme du Reich responsable du programme entier de la production de guerre pour autant que celle-ci soit influencée par les raids aériens des Alliés. C'est la période d'organisation courante adaptée aux circonstances.

Voyons ces deux organisations un peu plus en détail.


3. Période d'organisation stable et permanente

Le quartier-général de l'OT est l'OTZ, sous la direction de Dorsch, directeur administratif pour l'OT de Speer. L'OTZ s'occupe des directives fondamentales pour le fonctionnement administratif et opérationnel ainsi que de la répartition territoriale de la main d'oeuvre. Sa tache primordiale est dans le secteur économique au point de vue de la standardisation du matériel et des plans d'exécution. Il donne ses directives à tout le personnel OT réparti sur tout le territoire d'Allemagne et des territoires occupés.

Nous avons vu comment Speer, dès 1942, avait hiérarchisé les différents Einsätze (actions) en EG, E, OBL, BL, suivant l'importance des chantiers. Ce sont leurs états-majors qui exécutent les ordres de l'OTZ, régularisent les relations entre l'OT et les firmes de l'OT d'une part, entre les firmes et les travailleurs d'autre part.

Les décisions prises par le commandement suprême des forces allemandes étaient donc d'abord filtrées par l'OTZ, transmises aux EG, qui les transmettaient aux Einsätze, OBL, etc. Ces décisions étaient alors exécutées en accord avec le commandement stratégique ou tactique du secteur.

L'OBL (Oberbauleitung) était le secteur de base c'est-à-dire que l'état-major de l'OBL était le dernier dans la hiérarchie qui contrôlait son propre programme par contact direct et par supervision des firmes de l'OT. Il comprenait plusieurs BL (Bauleitunge).


4. L'Organisation courante

L'OTZ avait été créé pour coopérer avec les armées de campagne. L'Amt Bau dépendant également du ministère Speer, avait comme mission de coopérer avec les autorités civiles de la Défense et les autorités militaires à l'intérieur de l'Allemagne en ce qui concerne la production de guerre d'importance vitale. À la base, l'Amt Bau était en relation avec les "Rüstungskommissionen" (commissions d'armement) et les "Reichsverteidigungskommissionen" (commissions de la défense du Reich) et comprenait un certain nombre de sections ou "Amtsgruppe".

De plus, l'Amt Bau avait la collaboration de certains organismes spéciaux qui lui étaient rattachés.

Considérant la situation stratégique d'une part, et la similitude des fonctions de l'OTZ et de l'Amt Bau d'autre part, Speer ordonna la fusion de ces deux organismes en un seul sous la dénomination : Amt Bau-OTZ.

Après le débarquement en juin 1944, l'OT comprenait toujours 8 EG et 22 Einsätze. Les Einsatzgruppe avaient la même autorité d'exécution que l'EGW auparavant. Quant aux Einsätze, répartis sur le territoire par Gau, ils étaient surtout un élément de liaison entre l'EG et la sous-commission d'armement du Gau. Les liaisons entre l'Einsatz et la sous-commission d'armement s'effectuaient par l'entremise de quatre délégués de la construction de l'OT, affectés près du Gauleiter. Ce dernier avait donc en plus de ses fonctions de chef de la contribution civile aux efforts de guerre, également les fonctions de Commissaire de la Défense du Reich.


5. Méthodes d'opération

Nous venons de voir que la période 1939-1945 pouvait être divisée en :

  • période d'organisation stable et permanente ;
  • période d'organisation courante rendant la période d'organisation stable et permanente, l'OT faisait usage de deux méthodes d'opération :

- l'une mobile, lorsque les Bautruppe suivaient les armées allemandes victorieuses comme lors de l'avance en Belgique et en France en 1940 ou en Russie en 1941-1942.

- l'autre stationnaire, comme à l'ouest lors de la construction des grands travaux de défense de 1941 à juin 1944, période pendant laquelle l'OT pouvait être comparé à une armée de remplacement (Ersatzheer). L'OTZ pouvait en effet être comparée à l'OKH (Oberkommando des Heeres), les états-majors de l'Einsatzgruppe West à un état-major de Groupe d'Armées, celui de l'OBL à un état-major de division, etc.

Cette organisation stationnaire était caractérisée par une standardisation à outrance qui devait fortement simplifier les estimations des délais d'exécution et des quantités de matériaux nécessaires.

Il existe une certaine tendance à vouloir attribuer la méthode mobile à Todt et la stationnaire à Speer. Cette idée semble inexacte, car ce sont plutôt la situation stratégique et la situation économique qui ont imposé ces méthodes à l'un et à l'autre.


Chapitre III. Les structures internes de l'OT


1. Structure d'un état-major de l'OT

Les états-majors de l'OT sont semblables à tous les échelons, qu'il s'agisse d'un Einsatz, d'un OBL ou d'un BL. Le schéma de l'organisation est le même, mais le personnel affecté à un Einsatz sera évidemment plus nombreux que pour un BL. On y trouve généralement :

  • le bureau du directeur de la firme de l'OT qui prend suivant l'importance de l'action, le titre de Einsatzbauleiter (colonel), Oberbauleiter (major) ou Bauleiter (capitaine) ;
  • la section technique : de la firme de l'OT ;
  • la section administrative : de la firme de l'OT ;
  • le Frontführung : personnel organique de l'OT. Il est à la fois le personnel de contrôle et de liaison entre l'OT et la ou les firmes de l'OT. Le grade du chef de cette section correspond également à l'importance de l'action : Oberstfrontführer (colonel), Ueberfrontführer (major), Frontführer, Truppenführer, Rottenführer... Tout ce personnel fait partie de l'OT, en tenue brune, semblable à celle de l'Arbeitsdienst (Service du Travail). À remarquer cependant que les grades du personnel appartenant à la Frontführung sont définitifs car c'est le personnel organique de l'OT. Les grades du personnel des firmes, chef de chantier y compris, donc également le directeur, sont temporaires et ne valent que pour la durée du contrat avec l'OT.

En plus de ces quatre sections principales, il y avait des sections secondaires : renseignements, service de santé et service de liaison SS.

Ce n'est qu'aux échelons les plus élevés que cette organisation se compléta quelque peu. C'est ainsi qu'à l'OTZ, ou à l'Einsatzgruppe West, il y avait en plus trois sections importantes :

  • une section personnel ;
  • une section de mise au travail (Arbeitseinsatz) ;
  • une section presse, éducation et propagande.

À ces échelons (comme pour les grands états-majors) les différentes sections sont appelées "Abteilungen" ou "Referate", cette dernière étant une subdivision de la précédente.


2. Le personnel

Le personnel de l'OT, ou travaillant pour l'OT, pouvait donc se subdiviser en trois catégories :

  • le personnel organique de l'OT (Frontführung) ;
  • le personnel des firmes de l'OT, lié temporairement à l'OT par contrat ;
  • les travailleurs, volontaires ou forces, fournis aux firmes par l'OT pour l'exécution de leur mission.

Pour le travail ce personnel était réparti sur :

  • l'état-major de l'action ;
  • le chantier ;
  • le camp (commandé par un Lagerführer).


3. Les firmes de l'OT

Ces firmes peuvent être comparées à des unités de l'armée, qu'il s'agisse de firmes enrôlées de leur propre gré ou de firmes assignées pour l'OT (abgestellt für OT). Elles étaient engagées pour effectuer des constructions sous l'administration de l'OT comme un soldat qui a prêté serment au Führer.

Dès qu'elle était enrôlée, la firme prenait la dénomination de "OT Einheit" ou "Einheit" (unité) et était sensée opérer comme unité autonome avec son personnel technique et le matériel indispensable.

L'inspection de ces firmes se faisait par le personnel OT de la section Frontführung des états-majors d'action.

Ces firmes ont pratiquement dirigé l'OT jusqu'en 1942, car elles étaient soutenues par l'Industrie du bâtiment du Reich. Elles étaient supposées détenir en tous temps un minimum de personnel technique et d'équipement, sinon le personnel de contrôle OT pouvait lui refuser le renfort en main d'oeuvre étrangère qu'elles réclamaient, si elles ne possédaient plus le personnel technique et le matériel requis, elles avaient à choisir entre deux solutions pour pouvoir rester à l'OT :

  • ou bien se joindre à d'autres petites firmes pour former un ARGE (Arbeitsgemeinschaft = communauté de travail ; avec une "Federführendes Unternehmen" (entreprise dirigeante) ;
  • ou bien se laisser descendre au rang de sous-traitant (Nachunternehmer) au profit d'une firme plus importante (Hauptunternehmer).


4. Les programmes de construction

Ces programmes étaient établis pour une période approximative de 6 mois par l'état-major de l'action, et ce d'après la spécialité de la firme : construction de ponts, de routes, abris bétonnés, etc.

Tous les prix, depuis ceux des matières premières jusqu'aux salaires, étaient fixés par le "Reichskommissar für Preisbildung" (commissaire du Reich pour les prix) ou bien standardisés par l'OT. C'est d'ailleurs cette standardisation à outrance qui devait fortement simplifier et activer l'exécution des travaux.

Le nombre de personnes prévu pour une firme de l'OT était strictement réglementé. Comme les firmes d'autre part, étaient pénalisées financièrement lorsqu'il y avait un trop grand écart entre la date prévue pour l'achèvement des travaux et l'état de leur avancement, certaines firmes essayèrent d'engager un surplus de main d'oeuvre ce qui était contraire à la réglementation en vigueur. Il en résulta un contrôle sérieux par les autorités allemandes du travail pour les firmes de l'OT sur le territoire du Reich et par les autorités militaires en ce qui concerne les firmes de l'OT occupées dans les régions occupées.


5. Contrats entre les firmes et l'OT

Les relations entre les firmes et l'OT étaient réglementées par une variété de contrats. Au début ces contrats laissèrent une latitude assez grande aux firmes en tenant compte de leur capacité productive. Mais au début de 1942, lors de la réorganisation par Speer, ce dernier créa également une sous-section de l'OTZ, la "Referat Vertrage" (section de contrats). Dès ce moment tous les contrats furent standardisés, et toutes les firmes furent mises sur le même pied.

Le but principal de cette standardisation était d'assurer le commissionnement complet des firmes avec leur personnel formé, ainsi que l'outillage, tandis que l'OT endossait la responsabilité de trouver le matériel de construction et la main-d'oeuvre nécessaires. L'OT vendait ou louait ce matériel à la firme, et la main-d'oeuvre était engagée sous forme de volontariat (Hilfswillige) ou de travail forcé (Zwangsarbeiter).

Cette standardisation avait également pour but d'uniformiser les salaires, les allocations ainsi que les bénéfices des firmes.

Le contrat se subdivisait en deux parties :

  • les conditions de travail à effectuer (Auftragsbedingungen) ;
  • l'engagement officiel (Vertragsurkunde).

Cette partie avait toujours priorité sur toutes les clauses annexes éventuelles qui auraient pu se trouver dans le contrat.

Les types de contrats les plus utilisés étaient :

  • le "Selbstkostenerstattungsvertrag" (contrat basé sur le rembousement des frais). La firme avait tous ses frais généraux remboursés et obtenait en plus 4,5 % comme bénéfice ;
  • l'OT "Leistungsvertrag" (contrat basé sur le rendement). L'OT fournissait le matériel et la main d'oeuvre payée. Le bénéfice de la firme était calculé sur la base des salaires payés. C'était le contrat le plus utilisé parce qu'il répondait le mieux aux exigences de l'OT.


6. Entraînement militaire du personnel OT - Les écoles

Tout employé allemand d'une firme de l'OT était enrôlé avec un uniforme et subissait un entraînement militaire consistant en drill au fusil et tir ainsi qu'un entraînement général du combattant.

Cet entraînement se déroulait le dimanche ou après les heures de travail. Il était donné et contrôlé par des membres de la Wehrmacht.

En cas d'invasion, ces hommes avaient à grossir les rangs des forces armées dans leur secteur. C'est ainsi qu'au début de 1944, lorsque le danger d'invasion se précisa, l'EGW reçut l'ordre du Commandement militaire que chaque firme de l'OT avait à fournir une unité de combat. Ces unités étaient armées d'engins de toutes marques capturés en 1939-1940. Toutefois on essaya de garder une certaine uniformité d'armement par unité.

En plus de cet entraînement militaire, le personnel OT avait à suivre des cours dans les "Führerschule" (écoles de commandement). La plus ancienne était celle fondée par Todt lui-même à Flossenburg. Il y en avait d'autres comme celle de Neu-lsenburg (Franckfurt), de Inowlodz et Posen (Pologne) et La Haye en Hollande.

Ces cours avaient la dénomination "Lagerwesen" (vie des camps) sous la direction d'un chef SA (Sturmabteilung des formations nazies). Les cours de formation militaire y étaient complétés par des sous-officiers de la Wehrmacht. Ces écoles formaient environ 50 hommes par mois.

L'école la plus importante à l'ouest était la Frontführerschule de Pont-Callec en France. Les cours y duraient 27 jours et étaient suivis d'un séjour de huit jours dans un "Schutztkommando" (cours de sécurité) à Pontivy, sous la direction de personnel SS. Les candidats étaient alors renvoyés à Pont-Callec pour une ultime période de 10 jours.

Citons également les "Erziehungs" et "Schulungslager" (écoles de redressement pour travailleurs récalcitrants) sous la direction de personnel SS et SA.


7. Les salaires

La variété et l'étendue des constructions a demandé l'expérience d'environ 600 professions appartenant à 40 nationalités différentes. Cela posa évidemment des problèmes d'administration et surtout de salaires.

Au début des hostilités, ces salaires étaient très variés et le personnel était rétribué différemment dans chaque firme sur la base de son contrat avec l'OT.

Ce n'est qu'en 1943 qu'un tarif uniforme fut fixé pour tous les travailleurs de toutes les nationalités, l'allemande comprise, mais à l'exception des Russes, des Polonais et des Juifs.

Les travailleurs étrangers ne bénéficiaient pas de la sécurité sociale allemande, mais ils étaient affiliés à des organismes assureurs étrangers sous contrôle de l'OT.

Les étrangers étaient uniquement utilisés comme travailleurs manuels. Certains pouvaient être classés comme "Facharbeiter" (spécialiste).

Aucun ne pouvait être commissionné officier (Führer) et cela dans aucune des branches de l'OT. Les grades les plus élevés qu'ils pouvaient atteindre étaient : Hilfspolier (contre-maître adjoint) ou Hilfslagerführer (adjoint au commandant d'un camp).

Normalement un congé payé était accordé aux travailleurs libres après 6 mois de travail ininterrompu.

Le voyage était gratuit, cependant la périodicité des congés ainsi que leur durée, étaient souvent laissés à l'appréciation des chefs de chantier.


Exemple : la base de sous-marins de Saint-Nazaire

Édifiée par l'organisation Todt, c'est une énorme construction en béton armé couvrant, dans le bassin de Saint-Nazaire, une superficie de 300 m x 125 m, soit 37.500 m². Ses 14 alvéoles permettaient de recevoir une vingtaine de sous-marins. Dans la partie arrière, au fond des alvéoles, était installé un arsenal pour les réparations. En dépit de nombreux bombardements, la base est sortie intacte de la guerre. La sortie sous-marine du port est une écluse couverte, à l'abri des bombes, construite pour permettre aux sous-marins allemands de se faire écluser en toute sécurité. Le bloc protégeant l'écluse, surmonté actuellement d'une terrasse panoramique, est percé de meurtrières pour la défense rapprochée et d'une tourelle.


Exemple : la batterie de la pointe du Hoc

Située sur le sommet d'une falaise haute de 35 mètres, à une demi-douzaine de kilomètres à l'ouest d'Omaha, elle était composée de six grosses pièces de 155 françaises. Les canons étaient placés à ciel ouvert, dans des encuvements bétonnés. Au printemps de 1944, deux casemates étaient achevées mais les pièces n'avaient pas été montées à l'intérieur. Autour des cuves et des bunkers étaient dispersés quelques abris et soutes servant de logements aux 150 hommes qui composaient l'effectif de la batterie. Des couloirs souterrains reliaient entre eux ces ouvrages ainsi que le poste de direction de tir et d'observation. Ce dernier, à demi-enterré, était installé à l'extrême pointe de la falaise. À partir d'avril 1944, la pointe du Hoc fut périodiquement bombardée par l'aviation alliée. Camouflées dans un petit chemin creux, bordé de haies, les six pièces de 155 ne joueront aucun rôle le jour de l'invasion. La pointe du Hoc reçut 698 tonnes de bombes dans la nuit du 5 au 6 juin 1944. Le 2e bataillon de "Rangers", spécialement entraîné, prit la position d'assaut dès l'aube du 6 juin, en escaladant la falaise à l'aide de cordes et d'échelles démontables.


Date de mise à jour : Mercredi 28 Octobre 2015