Mémoire Liège

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G. SCHALICH : LE "MEMOIRE LIEGE"

Je tiens à exprimer ma gratitude à Monsieur W. Fréson (membre du CLHAM), qui a eu l'amabilité de me traduire le texte allemand.

 G. Schalich

"Ces dernières années, sous l'influence clairvoyante du Roi, l'Armée Belge a fait des progrès considérables. Elle ne semble pas capable de conduire un combat offensif, mais, en ce qui concerne la défense de la Patrie, elle ne doit pas être sous-estimée". (Mémoire Belgique, du 01 Jun 1939)

Introduction

"En fait, l'Armée Belge ne fut pas sous-estimée. Jusqu'au 10 Mai 40, lorsque les Allemands envahirent les Etats de l'Ouest européen, l'action des services de renseignements, contre la Belgique, fut très active, car, celle-ci, comme en 1914, jouait un rôle décisif, dans les plans allemands.

Plusieurs mémoires, rédigés au moyen d'abondants rapports particuliers, facilitèrent l'estimation de l'ennemi.

Il ne s'agît pas, ici, d'essayer de donner une vue globale des activités des Services de renseignements allemands, en Belgique, ni de lever le voile, sur les actions de renseignements des différentes divisions déployées, le long de la frontière germano-belge, ou de celles de la Gestapo et d'associations nazies illégales, des Cantons rédimés; ces thèmes, très intéressants, ne peuvent être, ici, qu'effleurés. Tout ceci pourra, peut-être, être éclairci dans un prochain article.

Nous ne voulons, principalement, ici, que nous borner au "Mémoire Liège", qui fut édité par l'Abteilung "Fremde Heere West" (Section "Armées étrangères occidentales"). Cette section est comparable au "2ème Bureau" français et à l'"Intelligence Service" britannique.

L'Abteilung Fremde Heere West

L'Abteilung Fremde Heere West (FHW) a pour origine la "2ème Section", qui, après la première guerre mondiale, suite au traité de Versailles, fut, tout comme l'ensemble de l'Armée allemande, réduite à son minimum. Lors du réarmement accéléré, promulgué par Hitler, cette "2ème Section" fut très fortement agrandie et divisée en deux sections, une de celles-ci, devant s'occuper des armées étrangères de l'Ouest, fut baptisée "Abteilung Fremde Heere West", l'autre, ayant comme mission de se renseigner sur les armées de l'Est, prit le nom de "Abteilung Fremde Heere Ost (FHO).

Les activités de renseignements de la section FHW, qui, de 1937 à 1943, était commandée par le Colonel LISS, se déroulaient, donc, surtout en France, en Grande Bretagne, en Belgique, etc... mais aussi en Italie amie et en Suisse neutre.

En Belgique, si on doit en croire le Colonel LISS, qui, après la guerre a heureusement publié ses souvenirs, Liège et ses environs étaient d'un intérêt particulier.

L'origine du "Mémoire Liège"

L'EMG allemand avait, déjà en 1912, rédigé un mémoire sur Liège et préparé un coup de main, pour s'emparer, dans les temps les plus courts, de la ville et de ses forts. Le responsable du mémoire et du coup de main n'était autre que le Général Ludendorff, qui, en 1914, ne prit part que fortuitement aux combats pour la prise de Liège et qui, plus tard, devait devenir avec Hindenburg Commandant en Chef des armées allemandes.

Comment ce "Mémoire Liège" de 1940, qui nous occupe, a-t-il pu voir le jour? En grande partie, cela n'exigea qu'un travail, très peu romantique et encore moins dramatique, qui n'avait rien de commun, avec ce qu'on peut lire dans un roman d'espionnage.

Pour commencer, il a suffi de reprendre le mémoire de 1912 et de le remettre à jour. Puis, on procéda à l'exploitation de tous les journaux possibles et de la presse militaire spécialisée; de ce travail, comme dit le Colonel LISS, un spécialiste habile peut déjà tirer bien des renseignements. Pensons ici aux constructions militaires, aux déplacements de troupes, aux descriptions de nouvelles armes, etc. qui, avec une bonne connaissance de la situation actuelle des pays, permettent de tirer des conclusions étonnantes.

D'autres renseignements furent glanés en déambulant sur le terrain, qui, presque toujours, était couvert par des routes et des chemins. Cette façon d'agir permit de découvrir facilement, entre autres, des abris de tir ou des positions d'infanterie, et on put souvent les expertiser sans se faire remarquer, car la Belgique n'avait malheureusement pas pris beaucoup de mesures de sécurité pour la protection de ses positions. Tous les renseignements obtenus étaient alors comparés avec des photos aériennes, les avions survolant, de même, le plus souvent, le terrain, sans être inquiétés; comparés aussi aux conversations anodines avec des civils, obtenus aussi par les Services de renseignements des Divisions frontières, voir même avec des cartes-vues (ex. du Canal Albert et de ses ponts).

Tout ce qui vient d'être décrit, n'était que travail de routine et aurait pu être effectué par n'importe quel service normal de renseignements européen. On pouvait aussi progresser dans ce travail en employant d'autres moyens, entre autres des déserteurs d'armées étrangères, de véritables traîtres et des espions (V-Manner = Hommes de confiance) et, finalement, le hasard fait souvent bien des choses. Nous verrons que tous ces moyens se rencontraient à Liège, mais nous verrons aussi, que l'opinion, de nos jours encore souvent émise, selon laquelle Liège et surtout le Fort d'Eben-Emael ne sont tombés en 1940 que grâce à un grand nombre d'espions, ne reflète pas la réalité.

Le "Mémoire Liège" (Denkschrift Lüttich) du 15 Jan 1940 fut édité en 500 exemplaires, qui furent distribués entre autres à l'Adjudant de la Wehrmacht auprès du "Führer", à l'Attaché militaire allemand à Bruxelles et aux 4ème et 6ème Armées.

Quelques unités de ces deux armées devaient effectivement opérer, dès le 10 Mai 1940, dans l'espace liégeois et se trouvaient déjà déployées en partie, sur la frontière. L'attaque, déjà prévue depuis longtemps, dû pourtant être retardée.

Occupons-nous, maintenant, du Denkschrift Lüttich, de ses annexes et suppléments.

I. Le "Denkschrift Lüttich" du 15 Jan 1940

Le mémoire, qui, sans ses annexes, se compose de 40 pages, commence par un résumé historique sur la Position Fortifiée de Liège (PFL), puis passe à la situation du moment. Il constate dès le début "le remarquable... et profond enchaînement du périmètre défensif de la position fortifiée du front Est."

Les cinq zones suivantes avaient bien été relevées:

1. la ligne avancée

2. la ligne des grands ouvrages (nouveaux forts)

3. la ligne des forts

4. la défense de la ville

5. la défense de la Meuse

On en arrive alors à parler des troupes, qui ont été localisées dans la région de Liège :

Les troupes du III C.A. 260 Officiers 7.200 hommes de troupe
La 5 D.I. 575 Officiers 15.800 hommes de troupe
La 4 D.I. 575 Officiers 15.800 hommes de troupe
La 11 D.I. (en partie) 500 Officiers 10.500 hommes de troupe
La 2 D.C. (en partie) 85 Officiers 2.600 hommes de troupe
Les troupes de forteresse 275 Officiers 11.200 hommes de troupe
Totaux : 1.670 Officiers 59.100 hommes de troupe

En réalité: les troupes du III C.A.; les 2ème et 5ème D.I., les 1er et 2ème Régiments Cyclistes Frontière, une partie du 1er Lanciers, ainsi que les troupes de forteresse.

La 4 D.I. se trouvait au Nord de Tongres, la 11 D.I. à l'Ouest d'Overpelt et la 2 D.C. sur la Gette, pas loin de Tirlemont.

Dans l'ensemble, les Allemands avaient trop fortement estimé les forces belges en présence et s'étaient trompés dans la localisation de certaines unités, cela ne les empêcha pas de reprendre l'entièreté de ces troupes présumées dans une annexe de trois pages, en donnant des détails inquiétants.

On avait aussi très clairement reconnu la manière, dont la sûreté de la frontière était organisée, aussi bien les objectifs, que les troupes qui devaient en exécuter la mise en place.

"La sûreté du secteur compris entre Maastricht et Elsenborn et s'étendant entre la frontière et la PFL relevait, elle aussi, de la dite PFL et était assurée par le Régiment Cyclistes Frontière, renforcé de deux compagnies mixtes, formées par le 2ème Régiment de Carabiniers Cyclistes et le 1er Régiment de Lanciers. Leur mission était :

  1. En collaboration avec la Gendarmerie, la surveillance de la frontière et la mise en alerte des trouves, en cas d'attaques ennemies. Ceci avait été réalisé en installant des postes d'alerte aux points stratégiques, sur les routes et en des endroits, proches de la frontière, possédant une bonne vue panoramique. Ces postes d'alerte sont équipés de postes radio et de téléphones. Ils devaient aussi assurer la mise en place des obstacles sur les routes principales.

  2. Mise à feu des innombrables charges explosives, préparées de longue date, sur les routes, et destruction d'ouvrages (ponts, maisons, etc.) dans le champ de tir des fortifications, ainsi que le placement de mines, devant empêcher l'ennemi de contourner ces destructions. Les postes d'alerte et de destruction sont établis dans des maisons de gardes-frontière, dont le renforcement des caves augmentait un peu la résistance.

  3. Empêcher une invasion, par surprise, en offrant une forte résistance sur les positions avancées."

Il n'y a pratiquement rien à ajouter.

Le point IV du mémoire donne une description du terrain autour de Liège, de l'infrastructure et du réseau fluvial; ici, il suffisait de mettre le mémoire de 1912 à jour.

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Une attention particulière était portée aux ponts de la Meuse et du Canal Albert, situés entre le pont routier d'Yvoz et le pont de chemin de fer de Visé :

Ex.: Le Pont du Commerce (actuellement, Pont Albert 1er)

"Environ 100 m. Ouverture en grillage de fer - piliers en pierre – balustrades en barres de fer - accès et sortie du pont en maçonnerie - sur la rive gauche, derrière le pont, écluse avec batardeaux et des gouttières latérales artificielles."

La partie principale du mémoire concerne naturellement les cinq. zones du périmètre défensif de la PFL, surtout les 2ème et 5ème zones. Les différents secteurs d'une zone sont toujours décrits suivant un certain schéma:

1. description du tracé et de la construction de la ligne

2. description du terrain

3. description du fort et des blocs

4. le cas échéant, description des forces en présence et de leur façon de mener le combat

La position avancée, située entre Sippenaeken et Stavelot, est trop fortement évaluée par les Allemands; on y trouve bien des groupes de fortins pour Mi ou FM, prévus pour trois servants, et formant une sorte de point d'appui, mais, pas question des fortins, décrits pour canons antichar et Mi, à huit servants, ni des nids à mitrailleuse indépendants, répartis devant cette ligne.

Par contre, les Allemands ont bien prévu la manière de combattre des Belges sur cette ligne:

"Il y a des indices, qui laissent supposer, que les occupants de la position avancée ne se laisseront pas entraîner dans des combats sérieux et que, devant une attaque d'un ennemi supérieur en nombre, ils se retireraient à travers les ouvrages fortifiés, derrière l'ancienne ligne des forts."

Venons-en aux ouvrages fortifiés et aux forts mêmes. Afin de ne pas toujours nous répéter et d'éviter les confrontations, nous présenterons seulement quelques annexes comme exemples, le reste étant considéré dans son ensemble.

  1. Le Fort de Battice

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Les trois nouveaux forts Aubin-Neufchâteau, Battice et Tancrémont formaient un bouclier, qui fut décrit dans le mémoire selon le schéma donné ci-dessus.

Le Fort de Battice y est décrit de la façon suivante :

"Le Fort de Battice avec ses positions de combat, qui s'étendaient sur ses deux côtés, a pour mission de couvrir de front Est de la PFL et, en cas d'attaque venant de l'Est, de fermer le plateau de Herve. Il contrôle particulièrement les grandes routes Aix-la Chapelle - Liège et Eupen - Liège. Le Fort de Battice comprend les dispositifs de combats suivants, qui sont très modernes et reliés entre eux par des galeries souterraines:

Situation d'après le "Mémoire Liège"

Situation réelle

Aux abords de l'entrée, des locaux de casernement et un abri de tir camouflé en maison

Exact;

c'était réellement une maisonnette

2 coupoles blindées, au centre de la position, ayant chacune un Ø de 6 m
C. 120 Nord. et C. 120 Sud, chacune d'un diamètre de 5,75 m
4 coupoles blindées, de 5,5 m de Ø
B. IV, B. VI et A-Nord, ayant chacune un Ø de 3,53 m; une fausse coupole avec le Ø des coupoles de 120 mm
2 coupoles blindées de 2,5 m. de Ø dont 5 en dehors du massif; 7 sur Bloc ATK en béton, prévues pour des tirs de flanquement, soit dans les fossés , soit sur la partie extérieur Nord
7 cloches de Mi de 2,95 m. de Ø et 2 POC (Poste d'Observation Cuirassé), un de 1,95 m Ø, l'autre de 1,7 m sur le massif du fort; en dehors de celui-ci 2 cloches de Mi de 2,95 m. de Ø et deux POC de 1,7 m Ø
2 Blocs ATK sans coupole blindée (un pour la défense de l'entrée, l'autre pour flanquer une partie du fossé Sud
Bloc d'entrée et Bloc CE, ce dernier flanquant avec Bloc II la ligne de chemin de fer
Le fort est protégé à l'Ouest, au Sud et à l'Est par un fossé anti-chars, largeur au fond 6 m., par endroit, allant jusqu'à 2 m.; largeur aux bords supérieurs d'environ 17 m Par endroit allant jusqu'à 50 m.; le mur extérieur de 2 à, 5 m. de béton

Fond, 10 m. de large

au moins 15 m en sa partie supérieure

épaisseur du mur extérieur de 1,5 à 2 m de béton

escarpement de 45°
exact
L'entièreté de la position est entourée d'un réseau de barbelés
Exact : un simple obstacle anti-personnel, mais en plus, le long du chemin de fer et des bâtiments extérieurs, un obstacle ATK de 5 rangées de rails, et plus loin, des obstacles Tétraèdres
en outre, le fort est défendu par une batterie AA
il n'y avait que 4 Mi ca
Un 2ème bloc d'entrée se trouve environ à 800 m au Sud du fort et comprend 5 coupoles blindées de 2 m. de Ø
exact, mais seulement une cloche Mi de 2,95 m de Ø et un POC de 1,7 m de Ø
La position est renforcée par un grand nombre d'abris de tir (fortins) de construction moyenne
exact, à savoir, une ligne d'abris reliant les forts entre-eux, et qui, en cas de guerre, devait être occupé par l'Infanterie
La force de l'effectif, en artilleurs de forteresse, est d'environ 750 hommes
ce chiffre est à peu près exact
Equipement (artillerie)
Equipement (artillerie) existant

8 canons de 75 mm

6 canons de 75 mm

8 canons de 105 mm
4 canons de 120 mm
4 canons de 150 mm (obusier lourd de campagne)
quelques mortiers de tranchée
4 canons de 220 mm
(Van Doren)
1 canons de 280 mm
5 mortiers de tranchée de 105 mm

 En ce qui concerne l'équipement d'artillerie, il faut remarquer, que les allemands eux-mêmes trouvaient les données "douteuses" ("zweifelhaft"), et, dans l'Annexe 3 du mémoire, on peut lire ce qui suit :

"Il est fort douteux, que ces canons, sous coupole, d'un calibre supérieur à 155 mm, n'entrent en action; toutefois, ces calibres pourraient probablement être mis en action par l'Artillerie d'Armée en position dans les environs proches du Fort."

  1. Les huit forts réarmés

Les allemands eurent naturellement plus facile pour juger les huit forts réarmés, car ils connaissaient encore ces ouvrages de 1914-1918; ils y avaient même entrepris des améliorations pendant cette période. Pour les forts de Barchon, d'Evegnée, de Fléron et de Chaudfontaine, en ce qui concerne la construction et le nombre de coupoles, le mémoire donnait toujours la réalité; ces forts possédaient le même nombre de coupoles qu'en 1914. Pour les quatre autres forts, d'Embourg, de Boncelles, de Flémalle et de Pontisse, on avait, dans les années 30, enlevé plusieurs coupoles des massifs centraux. Cela avait, en partie, échappé aux Allemands. Pour Flémalle et Pontisse, on avait, en effet, remarqué, que les coupoles avaient été enlevées des massifs centraux et que les ouvertures, laissées par ces travaux, avaient été refermées au moyen de béton, et on ne se trompait pas sur le nombre de coupoles existantes, tandis que pour les forts d'Embourg et Boncelles (respectivement 4 et 5 coupoles sur le massif central en 1914), les Allemands n'avaient pas remarqué, que ces deux forts ne possédaient plus, chacun, qu'un POC et aucune coupole d'artillerie sur leur massif central respectif. Ainsi, du point de vue artillerie, le front Sud de Liège fut trop fortement évalué par les allemands.

Les ouvrages extérieurs servant de prise d'air, avaient, eux aussi, complètement échappé. Un grand atout pour ces vieux forts réarmés...

  1. Les quatre forts non réarmés

Quatre forts de 1914, se trouvant à l'Ouest et au Nord-Ouest de Liège, ne furent pas réarmés, étant donné qu'on voulait concentrer tous les efforts contre une invasion venant de l'Est. Les allemands s'aperçurent que le Fort de Loncin était devenu "Monument National" et que les forts de Lantin, de Hollogne et de Liers ne semblaient plus armés. Il faut dire, que pour les forts de Lantin et de Loncin, on parle quand même de nouvelles coupoles blindées sur les saillants des massifs, mais cela ne devait être, sans aucun doute, que les anciennes coupoles escamotables pour un canon à tir rapide de 57 mm qui, après 1914, avaient été transformées par les Allemands en coupoles d'observation. Les Allemands considéraient que ces quatre forts n'avaient uniquement "qu'une valeur de points d'appui dans la ligne de défense des forts."

  1. La défense périphérique de la ville

Sur les voies d'accès à la ville de Liège, les allemands avaient repéré plusieurs abris de tir (fortins) pour C. ATK et pour Mi, ainsi que des tranchées d'infanterie le long de la Meuse; tout cela était exact... Ils n'accordaient qu'une capacité de défense limitée à la Citadelle et au Fort de la Chartreuse. Que dit le "Denkschrift" sur ce fort, où eut lieu le rassemblement du CLHAM en Dec 1982 ?

"La Chartreuse est une construction de l'époque hollandaise (1815-1830). Elle domine la ville au Sud-Ouest et se trouve à une altitude supérieure de 60 m à celle de la ville. Son champ de tir est réduit en hauteur par les constructions d'habitation et limitée sur 2 Km par les hauteurs s'étendant entre Jupille et Chênée. La Chartreuse tout comme la Citadelle a été cédée en 1891 et est utilisée comme caserne; le massif n'a plus qu'une capacité limitée de défense. Actuellement, on construit de nouveaux bâtiments de casernement dans la cour."

  1. La défense de la Meuse au Nord de Liège, avec le Fort d'Eben-Emael

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Sur la rive Est de la Meuse, les abris de tir de St Rémy jusqu'à la frontière hollandaise ont bien été reconnus, de même que les fortins, sis directement sur la rive Ouest de la Meuse et derrière le canal Albert (ligne Herstal-Hallembaye). Au Nord d'Eben-Emael, on remarqua les fortins "sans échelonnement en profondeur", mais, au lieu de cela, "de fortes fortifications de campagne, de grande densité et d'une profondeur d'environ 5 Km, ainsi qu'une grande quantité de positions d'artillerie.

Et ci-après, la description non commentée du Fort d'Eben-Emael. Le lecteur pourra s'en faire une idée au moyen des deux dessins ci-joints.

"Le Fort d'Eben-Emael est le pilier de coin de la défense de la Meuse. Il a comme mission d'empêcher par son feu à longue portée l'approche de la vallée de la Meuse et du Canal Albert, au Nord de cette ville. Le Fort se trouve à une hauteur de 60 m au-dessus de la Meuse et du Canal Albert, protégé par les versants à pic de la profonde tranchée du canal. Il se compose de positions de combat des plus modernes, reliées entre-elles par des galeries souterraines. Les entrées se trouvent dans la pente Sud-Ouest de la hauteur, s'étendant entre la Meuse et le village d'Eben-Emael.

Positions de combat du Fort d'Eben-Emael :

Proche du Bloc d'entrée, on trouve des bâtiments de casernement et un fortin pour la défense de cette entrée. Ce fortin est camouflé en maison.

Au milieu du Fort, il y a une position très étendue d'environ 7 m de large sur 50 m de long (des casemates pour personnel ou pour artillerie à tir à longue portée.

6 coupoles blindées de 5 m de Ø (dont une sur fortin pour flanquer la partie Sud, du côté du canal).

7 coupoles blindées de 5 m de Ø chacune (dont une sur fortin pour flanquer le fossé Nord, rempli d'eau, et une sur fortin pour flanquer le fossé Sud, à sec).

5 coupoles blindées de 2 m de Ø chacune (dont deux sur Bloc d'artillerie, comme POC ?).

5 coffres de flanquement d'artillerie sont répartis dans le Fort; trois de ces coffres, placés en direction du Nord, dont la mission principale est de flanquer le cours Nord du Canal Albert; les pièces des deux autres coffres sont dirigées ver le Sud.

6 blocs ATK sans coupole blindée (dont un pour la défense de l'entrée, un pour flanquer le fossé Ouest (à sec), un pour flanquer le fossé Sud (à sec) et deux pour balayer le coin Nord de la position).

Le Fort est entouré d'un obstacle en fil de fer barbelé et protégé par une batterie AA. La position est renforcée sur ses côtés par un grand nombre d'abris de tir (fortins) de construction moyenne. A la lisière Sud du Fort il y a un fossé anti-chars à sec. A la lisière Nord un fossé anti-chars plein d'eau. Sa largeur en sa partie supérieure est de 20 m. en moyenne, la largeur du fond de 10 m.

Equipement (d'après le rapport du 20 Aou 39 - douteux, doit encore être contrôlé) :

8 canons de calibre 75 mm

8 canons de calibre 105 mm

5 canons de calibre 150 mm (obusier lourd de campagne)

4 canons de calibre 220 mm

1 canon de calibre 280 mm

5 mortiers de tranchée de 105 mm

D'après un rapport du 01 Avr 36, deux batteries du Fort auraient reçu des canons de 240 mm, à longs tubes.

Rien qu'en artilleurs de forteresse, la force est d'environ 1.200 hommes."

 Comme on le voit, cette description n'est pas très exacte, ni complète. Pour les unités parachutistes, qui devaient atterrir sur le fort, le 10 Mai1940, des études particulières avaient été exécutées; cette mission étant des plus secrètes, aucune mention de ces études ne fut faite dans le "Mémoire Liège".

Le Fort et ses alentours furent observés jusqu'à la dernière minute. On fit, par exemple, de toutes nouvelles photos aériennes stéréoscopiques, on fabriqua des modèles du fort, on disposa même de documents de firmes allemandes, qui avaient participé à la construction du fort (Hochtief AG, Dyckerhoff & Widmann, qui, du reste, existent encore de nos jours). Etant donné, que ces deux firmes n'avaient été employées que pour des travaux d'excavation et pour le pré bétonnage, malgré, qu'en Belgique, encore actuellement, on entende souvent prétendre le contraire, les documents en question ne devaient pas être de grande importance. Finalement tous ces efforts n'apportèrent pas une pleine clarté, et c'est aussi la lacune de notre mémoire. On ne pouvait pas localiser les blocs des forts, on ne connaissait pas l'armement, ni l'équipement des coupoles, on ne savait rien sur l'organisation dans l'ensemble, ni sur l'intérieur. Un supplément au mémoire apporta, du moins, en ce qui concerne les forts réarmés, quelques éclaircissements. Il s'agissait de changements de canons dans les coupoles, et cela devait se révéler exact : les obusiers de 210 mm avaient été remplacés par des canons de 150 mm à longs tubes, les canons de 120 mm par des canons de 105 mm, les canons de 57 mm par des obusiers de 75 mm et les canons de 150 mm par des mortiers et des Mi.

C'était le commencement. Nous verrons qu'un événement arriva, qui apporta d'importants renseignements, surtout sur les nouveaux forts.

II. La ligne de fortins autour de Liège

Deux descriptions devaient compléter le "Denkschrift Lüttich", l'une avait trait aux positions sur le Canal Albert, l'autre aux lignes de fortins situées avant, entre et derrière les forts de Liège. Ci-après, quelques mots au sujet de ces lignes de fortins.

Les Belges possédaient aux environs de Liège plusieurs lignes de fortins, ces derniers n'étaient pas seulement situés dans les intervalles des forts, mais aussi répartis dans les cinq zones de défense. Les fortins pouvaient être équipés de Mi ou FM, mais aussi, en partie, de canons A.TK et de projecteurs. Ils  possédaient aussi des mâchicoulis, permettant de laisser tomber des grenades à main à l'extérieur. Quelques-uns, munis d'une cloche d'observation, étaient occupés par des troupes de forteresse, car ils servaient de poste d'observation d'artillerie. Les Allemands se sont évidemment intéressés à ces lignes de fortins,puisqu'ils devraient ici se heurter aux positions d'infanterie belge, et s'ils s'étaient rendu compte lors de la première guerre mondiale, quelle force une bonne position d'infanterie, bien construite, pouvait avoir. On édita donc une carte à l'échelle 1:40.000, sur laquelle chaque fortin fur reporté, on y annexa un fascicule, dans lequel chaque fortin était décrit, les données étaient souvent d'une exactitude ahurissante. On pouvait manifestement s'approcher sans problème des fortins et parfois même en prendre les mesures.

Malgré que la plus grande partie de la position avait été exactement reconnue, bien des erreurs apparurent. Certains fortins, dont la construction avait été terminée peu avant 1940, n'étaient pas repris, par contre, plusieurs petits bâtiments du Service des Eaux et des maisons ordinaires, nouvellement construites, y sont repris comme "fortins". Une petite partie au travail était marquée de points d'interrogation; on constata, le plus souvent, qu'il n'y avait rien de spécial à ces endroits. Dans l'ensemble, ce document permit aux allemands de rassembler d'importants renseignements.

III. L'affaire Tancrémont

En Nov 1939, un Belge d'expression allemande, originaire des Cantons rédimés, abandonna son poste au Fort de Tancrémont, où il avait probablement servi dans le Bloc P. Peu. après, il déserta en Allemagne. On l'interrogea très longuement et avec habileté, au QG- de la 4ème Armée. Le succès fut si grand, que le Chef de la section "Fremde Heere West", de ce temps-là, dans ses "Souvenirs", s'exprimait avec admiration.

En effet, le déserteur donna une description détaillée du Fort de Tancrémont.

C'était tout autre chose que des généralités, il apportait, bien des données exactes, que nous ne trouvions pas dans le "Denkschrift" : construction du fort, description de chaque Bloc, ainsi que son armement, des occupants et de leur mission, des moyens d'observation, des Blocs extérieurs au Fort, des constructions souterraines, des stocks de munitions, et donnait même la répartition des postes de garde; en plus, il apportait deux plans du fort, un de ces plans donnait la position au niveau de la terre, l'autre la position souterraine. Les deux plans sont d'une exactitude inquiétante, il en est de même, des plans succins de plusieurs fortins des intervalles, dépendants du fort et qui étaient reliés téléphoniquement avec ce dernier. Evidemment on releva plusieurs erreurs, les différentes mesures n'avaient pu être qu'estimées, et le déserteur n'avait pas été souvent dans certaines parties du fort mais cela ne nuisait aucunement à l'impression générale; on avait plutôt l'impression que ce déserteur avait prévu sa désertion de longue date et qu'il avait voulu préalablement regarder, vérifier certaines choses particulières. Il était clair, que ces renseignements n'auraient pas seulement une influence sur les opérations concernant le Fort de Tancrémont, mais aussi celles concernant tous les forts et en particulier, les nouveaux forts.

On connaissait maintenant la manière d'opérer d'un nouveau fort belge, ainsi que sa façon de collaborer avec les autres forts. Il ne fut pas très difficile aux spécialistes en fortifications, allemands, de tirer des conclusions et d'établir des combinaisons (genre d'armes d'assaut et de troupe, à mettre en action; terrains repérés à éviter; etc.).

Ce déserteur a donc fait du tort à la Belgique. Il est bien connu que d'autres ressortissants des Cantons rédimés, mobilisés par la Belgique, avaient aussi déserté, parce que depuis 1918, ils se sentaient toujours Allemands; un état d'esprit, que les Belges, dans les premières années après le rattachement de ces Cantons rédimés ont malheureusement renforcé. Toutefois, le plus grand nombre des Belges d'expression allemande a, en 1940, et ceci est prouvé, fait son devoir envers la Belgique.

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Plan des dessus, Fort de Tancrémont:

1. coupole pour JM (jumelage de mitrailleuses), direction de tir Sud-Ouest;

2. coupole pour FM avec périscope éclipsable, direction de tir Ouest (rue);

3. grille de fer (largeur 1,5 m) avec tunnel. Hauteur du tunnel 2 m, longueur 14-15 m. A l'Ouest chemin d'accès avec des murs bétonnés. Largeur de ce chemin 1,5 m, longueur 20 m;

4. Deuxième grille (largeur 1,5 m);

5. Entrée avec troisième grille de fer. Derrière la grille pont roulant. Sous ce pont un puits de 5-5,5 m avec escalier à l'entrée normale;

6. coupoles pour deux canons de 75 mm chacune, tournables et éclipsables;

7. coupoles pour JM ou FM avec périscope éclipsable; deux créneaux chacune;

8. coupoles pour JM. Sous ces trois coupoles un grand et profond puits, car on a voulu à l'origine une coupole avec un canon de 150 mm.

9. Bloc Mortier;

10. puits de tir pour les mortiers. Epaisseur du béton du BM : 2 m;

11. coupole pour FM avec périscope éclipsable;

12. cheminées de salle des machines (ouvertures avec grilles 60x70 cm);

13. accès au fort à la rue avec grille de fer;

14. fossé anti-chars; largeur au fond 15-20 m, largeur aux bords supérieurs d'environ 20-50 m, profondeur d'environ 5-4 m. Escarpe du terre, contre-escarpe est un mur de béton blanc.

15. coffres;

16. a et b postes de gardes pour le cas d'une alarme;

17. casernes du temps de paix;

18. maison de garde pour l'officier de garde;

19. WC;

20. la statue de la Sainte Barbe;

21. entrée au glacis (fermée par des grilles de fer);

21a. guérite;

22. baraque pour le gardien en chef (maintenant inhabitée);

25. prise d'air principale: bloc d'entrée avec coupole pour FM et cheminée télescopique. Le bloc est caché par le sol.

24. Chemin à la prise d'air principale, largeur 5 m, longueur 100 m, sans murs;

24a. Nouveaux obstacles près du bloc. A l'entrée du chemin 24 des mines.

25. Chemin à la baraque 22;

26. Prise d'air observatoire. Le bloc est caché par le sol; sans entrée, mais avec coupole pour FM et périscope escamotable. A coté de la coupole cheminée télescopique.

27. Guérite, toujours occupée.

28. Maison du garde-forestier.

50. Quelques positions Mi ÇA avec tranchées.

51. Position Mi CA, camouflée en grenier.

52. Poste double, n'est occupé qu'en temps d'alarme.

54. Fausse coupole, mal camouflée.

55. Emplacements individuels pour poste double en temps d'alarme.

Cliquer pour agrandir

Plan des dessous, Fort de Tancrémont:

Caserne souterraine:

25. Galerie Caserne Souterraine - Prise d'air principale.

58. Galeries de la caserne.

59. Ecluse.

60. Lavoir.

61. Atelier.

62. Chambre pour Sous-officiers.

63. Radio.

64. Chambres de troupe.

65. Infirmerie et magasins.

66. Chambres pour officiers.

67. Ventilateur.

69. FM, battant la galerie.

72. WC.

Bloc d'entrée:

1. Entrée.

2. Pont roulant.

3. Ecluse

4. FM, battant l'entrée.

5. Logement de la garde.

6. Logement de la garde.

7. Moteur pour le pont roulant.

8. Infirmerie pour les gazés. Ici on trouve aussi toutes les clés du Fort.

11. Escalier (5x19 marches).

13. Galerie inclinée.

14. Puits de l'ascenseur.

15. Moteur pour l'ascenseur.

16. Projecteur.

17. FM, battant l'entrée.

20. Galerie menant au fond du puits.

Bloc II (coupole de 75 mm).

48. Galerie B II - Prise d'air observatoire.

49. Galerie B II - B.E.

50. Galerie avec écluse.

51. Ecluse.

52. Couloir menant aux magasins à munitions.

53. Magasins à munitions.

54. Ascenseur pour les munitions.

Coffre III (coffre double):

57. Galerie B III - C III.

41. Couloir.

42. Mi.

43. Projecteur.

44. canon anti-chars de 47 mm.

45. canon anti-chars de 47 mm.

46. Projecteur.

46a. Mi.

47. Magasin à munitions.

IV. Conclusion

Le "Mémoire Liège" pouvait donner une bonne vue d'ensemble de la PFL, sans pourtant fournir des détails importants, qui, en temps de guerre, durent être arrachés par des combats sanglants. Ce document et ses annexes et suppléments ont permis de clarifier des questions importantes, en particulier, en ce qui concerne le Fort de Tancrémont. Au cours des combats de mai 1940, il s'avéra à plusieurs reprises, que les troupes d'assaut allemandes n'étaient pas au courant de ce qu'elles devaient attaquer; certains officiers même semblaient à peine connaître le "Denkschrift". Mais il est plus vraisemblable, qu'on ne voulait entreprendre, quoi que ce soit, que si l'on possédait des éléments constructifs, sûrs. Personne ne voulut risquer sa vie pour des suppositions, ce qui, pour les nouveaux forts, est particulièrement le cas. On préférait donc rassembler soi-même les renseignements nécessaires pour l'attaque. Toutefois, l'énoncé fondamental du "Mémoire Liège" détermina les opérations militaires allemandes en mai 1940. Ce n'est pas ici la place de relater une nouvelle fois le combat des forts, mais, pour terminer, mentionnons encore, que c'est justement le fort sur lequel les allemands étaient le mieux renseignés, qui tint le plus longtemps : le Fort de Tancrémont se rendit un jour après la capitulation de la Belgique.

 Bien sûr, après la première et seule attaque, qui échoua sur ce fort, les Allemands se contentèrent de le verrouiller, étant donné que "le fort équipement, décrit dans le "Denkschrift", ne s'était pas vérifié"; ce qui n'empêcha pas les Belges, renseignés par leurs P.O. extérieurs, de faire subir de lourdes pertes à l'ennemi par leurs tirs d'artillerie. Que ceci ait pu se passer, malgré les renseignements que possédaient les Allemands, est remarquable.

Sources:

Bundesarchiv Militärarchiv Freiburg i. Br.:

Denkschrift Lüttich + annexes et suppléments M6194;

Die Werkgruppe Tancrémont + annexes M 6194, 45;

Erkundungen belgescher Festungen v. Februar 1941;

RH 111 III/292.

Bibliographie

Ulrich Liss/Westfront 1939-40/Neckargemünd 1959;

Oberkommando des Heeres (OKH)/Denkschrift über die belgische Landesbefestigung/Berlin 1941;

Jean-Louis Lhoest/Les Paras allemands au Canal Albert/Paris 1964;

Walther Melzer/Albertkanal und Eben-Emael/Heidenberg 1957.

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Dernière modification :
31 mai 2008